La case aux vampires

17/06/09 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : , , ,

Lorsqu’on évoque les vampires, cela apparaît rapidement d’un classicisme à faire peur. Maintes fois visité, le thème continue d’alimenter les scénarii des bande-dessinées contemporaines, quelle que soit leur origine géographique. Le vampire est bel et bien un thème universel et éternel.

Dracula

Comment parler des vampires, sans évoquer le plus célèbre d’entre eux, Dracula. Le comte Dracula est né sous la plume de Bram Stoker en 1897. La plus part des albums sont assez fidèles au récit de l’écrivain irlandais, sans peu de fantaisie.

Yves H. a tenté une approche intéressante de l’œuvre de Stoker en 2006 avec Sur les traces de Dracula. Cette mini-série explore trois pistes pour comprendre le mythe de Dracula : le premier album, Vlad l’empaleur revient sur la personnalité du prince de Valachie au XVème siècle, qui se délectait du sang de ses ennemis. Les albums suivant nous éclairent sur la personnalité de Bram Stoker et les conditions de rédaction de son œuvre, inspirée par un peintre Hongrois lui contant l’histoire de Vlad Tepes. L’atmosphère cruelle du personnage et de l’époque guerrière est retranscrite dans ce travail pluriel entre Yves H, son père Hermann, Séra et Dany. Le traitement des vampires dans ces albums, et plus précisément de Dracula, est très proche du livre de Stoker. Ce n’est pas étonnant étant donné la perspective pratiquement historique de ces trois albums, s’achevant sur la Transylvania.

Dans le même esprit, on trouve également le travail de Pascal Croci avec deux albums Dracula, le prince Valaque Vlad Tepes et Le mythe raconté par Bram Stoker aux éditions Emmanuel Proust. La démarche est assez semblable mais le dessin très dur et expressif de Croci colle davantage au thème.

A coté de ce traitement quasi historique, d’autres auteurs prennent beaucoup plus de liberté avec le récit tout en ne réussissant pas toujours à s’affranchir des clichés sur le personnage. La série de comics Dracula de Gerry Conway et Gene Colan, parue entre 1974 et 1979 se fond complètement dans le moule des clichés sur le sujet. Certes, il ne fallait pas s’attendre à beaucoup plus d’une équipe habituée à des blockbusters commerciaux, mais cela nous donne une belle vision des clichés sur le comte. Dracula y apparaît tel Christopher Lee dans Le cauchemar de Dracula sorti en 1958 : il est vêtu d’une sorte de smoking noir et blanc, recouvert d’une cape rouge en son revers et un col amidonné remontant vers le visage. Que ce soit au niveau des scenarii ou des traits du comte, tout reste dans l’identification rapide du thème.

Nous ne nous éterniserons pas sur les adaptations très fidèles autant narrativement que graphiquement, pour évoquer d’autres interprétations plus personnelles et notables. Hippolyte, jeune auteur français, signe sa première bande dessinée en adaptant fidèlement l’œuvre de Stoker. L’originalité réside dans le graphisme. Il utilise la technique assez rare de la carte à gratter : à partir d’une planche totalement noire, Hyppolyte creuse son dessin pour faire apparaître des zones blanches, comme sortis de l’obscurité. Le résultat est impressionnant et les couleurs apposées par-dessus conviennent à la noirceur du thème tout en donnant un rendu totalement inédit. Le graphisme anguleux de l’auteur et la présence écrasante du noir, notamment pour les visages transforment la lecture de l’œuvre de Stoker en une interprétation fantaisiste proche de l’illustration jeunesse. La fidélité narrative au livre renforce le choix décalé du graphisme et lui donne une légitimité. Une version très réussie.

Les vampires d’aujourd’hui

Outre Dracula, le thème des vampires reste très exploité au sens large. S’il y eut une vague dans les années 60 et 70, consécutivement aux films avec Christopher Lee et sous l’hégémonie américaine, les bande-dessinées plus contemporaines ne manquent pas l’occasion de recourir à ce thème porteur. L’adaptation au cinéma du roman d’Anne Rice, Entretien avec un vampire puis des séries télé, tel que Buffy ont vivifié le thème sans nécessairement lui donner un coup de jeune. La bande dessinée peut s’enorgueillir d’avoir voulu enrichir le thème tout en jouant sur les clichés.

L’une des séries phares de ces dernières années sur le thème reste Rapaces. Jean Dufaux, scénariste prolifique, livre ici quatre tomes d’une série qui s’appuie sur les bases du thème : un univers proche du gothique, une ambigüité sexuelle et un érotisme constamment planant, une vie plutôt nocturne même s’ils peuvent sortir le jour. On oublie les récurrences plus liées à Dracula, que les années 70 préféraient voir illustrer comme le sommeil dans un cercueil, pour faire évoluer les personnages dans un monde très contemporain, à New-York de surcroit. Enrico Marini illustre parfaitement ces personnages aussi attrayant que repoussant, bien ancrés dans le paysage urbain. Les deux compères semblent livrer une œuvre laissant de coté les mauvais clichés sur les Vampires pour ne prendre que ce qui en fait un sujet attrayant.

La mode des univers gothiques donne surtout la série Requiem chevalier vampire et Claudia, série attenante. L’histoire est pour le coup assez décalée : un ancien nazi, mort au combat, renaît sur une autre planète appelée Résurrection. Il n’est alors plus humain, mais Chevalier vampire et rajeunit de plus en plus. Que ce soit sous les crayons d’Olivier Ledroit pour Requiem ou de Franck Tacito pourClaudia, les atmosphère oscillent entre science fiction et gothique, par le choix des couleurs, tournées vers le noir et le rouge, par de grandes cases aux traits durs, au cadrage rythmé. On est résolument face à des vampires de mauvaises espèces. Le goût du gothique dans les histoires de vampires revient facilement, que ce soit aux travers de films, de bandes dessinées ou en littérature. L’époque d’écriture de Dracula n’y est sans doute pas innocente : datée de 1897, l’œuvre de Stoker est contemporaine des créations des artistiques et littéraires prônant, depuis les Romantiques, une fascinations pour le Moyen Âge.

Le Moyen Âge servit d’ailleurs de nombreuses fois à un décor d’histoire de vampire, tel que Le prince de la nuit d’Yves Swolfs, sorte de bande dessinée phare sur le thème qui nous intéresse aujourd’hui. Swolfs pose les bases des histoires de vampires pour constituer la sienne. Il s’inspire du mythe tout en créant son univers. Ni très audacieuse, ni clichée, cette série de six albums évolue entre Moyen Âge et XXe siècle avec une certaine virtuosité. En cela, Le prince de la nuit correspond assez bien à une partie de la production sur le thème des vampires.

Les décalés

Parmi les albums les plus en marge de réalisations « classiques » vues plus haut, certains auteurs retiennent des vampires leur forte propension sexuelle. C’est le cas notamment d’Ataide Braz qui compose un Dracula ne réussissant pas à se séparer des plus lourds clichés et d’une atmosphère pesamment érotique. Plus loin dans le penchant sexuel, Jacula quitte l’érotique pour sombrer dans le pornographique cliché sur le sujet.

Plus intelligent et novateur, Volunteer est une série actuellement de 3 tomes mettant en scène des Vampires loin des clichés habituels. Volunteer est le nom d’une jeune femme abandonnée dans son enfance, devenue physionomiste dans une boite de nuit à l’âge adulte. L’époque est contemporaine, des mentalités des personnages à leur manière de s’habiller ou de se déplacer. Pas de langueur maladive et sensuelle des vampires « classiques » à la Carmilla, mais des attaques franches, tels de vrais prédateurs.

Autre décalage, l’âge des personnages : les auteurs argentins Calos Trillos et Edouardo Risso créent Je suis un vampire. L’histoire est celle d’un adolescent de 12 ans, vampire de son état, ayant passé 50 ans dans une crypte. Devenu immortel à la suite d’une malédiction, il était fils d’un pharaon. Seule sa belle-mère, seconde épouse du pharaon a été contaminée avec lui et reste son ennemie jurée. L’attitude des vampires change un peu des grands classiques : il plâne toujours entre les personnages la volonté de retrouver l’époque des pharaons, se meuvent en pleine journée, mangent dans le boui-boui du coin… Du même scénariste Cybersix innove d’avantage car il s’agit du nom d’une jeune femme artificielle, créée par un chercheur nazi et qui doit se nourrir comme un vampire.

Plusieurs auteurs ont choisi de traiter le thème des Vampires de manière innovante. Les éditions Carabas, avec le collectif Vampires et Vampyr, draco Malefius imperator de Gabriel Delmas, misent sur des graphismes étonnants permettant de surfer sur l’attraction du thème tout en y inculquant leur propre personnalité. Joan Sfar, avec Petit Vampire et Grand Vampire met son décalage naturel au service des non-morts. Le personnage principal des deux séries est en fait le seul et même vampire qui décida un jour de devenir petit. L’occasion pour Sfar de s’adresser aux adultes avec Grand Vampire et aux plus jeunes avec Petit Vampire.

Utiliser les codes des histoires de vampires est une évidence lorsqu’on veut en parler. Sinon, il n’y a plus de rapport avec ces êtres suceurs de sang. Par ailleurs, donner son empreinte personnelle au thème avec, notamment, un graphisme différent et intelligent permet de faire vivre le mythe et créer des œuvres à part entière.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire