La page blanche : qui suis-je ?

02/02/12 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : , ,

La page blanche est la hantise de tous les écrivains (et les chroniqueurs ? Ah non, pas eux, merci !). Sans s’en apercevoir, l’inspiration s’évapore et plus rien n’est jeter sur le papier. Mais lorsqu’il s’agit de sa propre vie qu’on oublie, comment imaginer la suite ? C’est ce qui arrive à Eloïse, jeune parisienne qui se retrouve, un soir, assise sur un banc, sans savoir pourquoi. Elle ne rappelle plus qui elle est, ni son nom, ni son adresse, ni à quoi ressemble son appartement. En revanche le plan du métro parisien et de tout ce qui sollicite la mémoire collective reviennent sans problème à son esprit. Les médecins qu’elle consulte ne voient rien de neurologique ni de médical. Comment reprendre le cour de sa vie, lorsqu’on ne se souvient pas de quoi hier était fait?

L’avenir est une source d’angoisse et de projection pour beaucoup d’entre nous, qui ne peuvent s’empêcher de fantasmer le futur, de l’anticiper ou de le préparer. C’est une grande étendue vierge, une sorte de page blanche sur laquelle on peut coucher toutes ses envies. Mais le passé, c’est le passé. On ne peut revenir dessus et le perdre, c’est perdre en même temps son présent et son futur, car le passé en constitue invariablement la base sur laquelle on s’appuie pour entreprendre la suite. La suite de sa vie, Eloïse ne sait qu’en faire. Elle ne connaît même pas le code pour entrer chez elle, elle a oublié qu’elle devait aller travailler et qu’elle ne copinait pas avec la petite grosse un peu ringarde du boulot. A partir de là, elle a tout pour être une nouvelle femme, une sorte de (re)naissance à trente ans, sans pourtant avoir à apprendre la vie en société et les us et coutumes de notre monde. Boulet aurait pu en faire un exercice philosophique, mystique ou plus nihiliste comme il a habitué son public. Mais en choisissant Pénélope Bagieu pour dessinatrice, il s’est naturellement orienté vers un récit contemporain, léger, féminin et drôle. Tout ce que la jeune artiste a développé sur son blog et sa précédente création (Joséphine).

Le récit en soit ne surprend pas vraiment son lecteur. Boulet y insuffle un bon rythme et les pages – blanches ou illustrées – défilent rapidement. Le plaisir de lecture est évident de même que la complémentarité des deux auteurs. Le scénario est taillé pour Pénélope qui lui rend parfaitement hommage, en utilisant toute la panoplie de ses talents et de son univers de jeune parisienne branchouille. La fin – qu’on ne révélera pas, bien sûr – peut surprendre, décevoir même, car un récit basée sur une question s’écarte difficilement de la confrontation avec la réponse imaginé par le lecteur. Ce n’est qu’un détail qui ne doit pas faire oublier la qualité de l’album, léger, amusant, avec de bonnes trouvailles et quelques longueurs. Simplement plaisant.

La page blanche, scénario de Boulet, dessin de Pénélope Bagieu, Delcourt, collection Mirages, 192 pages, 18 janvier 2012

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire