La première chose que l’on regarde de Grégoire Delacourt

18/06/13 par  |  publié dans : Livres, Romans | Tags : , ,

première
Contrairement à la majorité, nous n’avons pas été éblouis par La Liste de mes envies, grand succès de Grégoire Delacourt – certes efficace et bien écrit. Le roman nous a toutefois rendu curieux et désireux de suivre la carrière de son auteur. La première chose que l’on regarde a donc très rapidement rejoint notre liste de livre à dévorer.

Un récit tendre et captivant

Arthur Dreyfuss vit à Long, un trou perdu en France. La vingtaine, il bosse en tant que garagiste et n’attend pas grand chose de la vie. Jusqu’au jour, où une jeune femme frappe à sa porte. Et ce n’est pas n’importe quelle jeune femme… puisque c’est la célébrissime Scarlett Johansson. Cette dernière souhaite fuir pendant quelques temps sa propre vie. Prisonnière de son corps, elle voudrait être aimée juste pour elle. Lui, est prisonnier de son enfance : sa petite sœur a été mangée par un chien, son père a quitté le foyer du jour au lendemain et sa mère est dans un asile.

“Il aimait ses failles de porcelaine. Ses chutes. Toutes ces choses brisées à l’intérieur, comme chez lui. Ces choses peut être, comme l’écrivait Follain, “qui attendent que les délivre une écriture”.”

Leur rencontre va tout changer. Ils vont partager leurs souffrances, leurs espoirs. Ils vont s’apprivoiser, jusqu’à découvrir leurs secrets respectifs. Là où beaucoup d’hommes auraient tout fait pour mettre dans leur lit la plus belle poitrine du monde, Arthur, et son caleçon schtroumpfs, se contente de lui offrir un toit pendant les six jours qui vont suivre.

scarlett_johansson_mariee_portrait_w532 Mais au final, est-ce vraiment Scarlett qui se trouve là devant lui ? Qu’irait faire une star hollywoodienne, mariée à Ryan Reynolds à l’époque des faits, au fin fond du trou du cul de la France chez un petit garagiste sans le sou ? Ne tentant pas de duper son lecteur trop longtemps, l’auteur nous apprend que le corps de Scarlett est en réalité celui de Jeanine Foucamprez, jeune mannequin complètement paumée et pâle copie d’une star américaine. Cette révélation s’accompagne d’une autre, plus tragique quand Delacourt laisse entendre que cette relation ne va pas se terminer par un happy ending. Ce récit qui s’annonce donc tragique est soutenu par son écriture : remplie de détails, elle n’hésite pas à s’égarer dans des digressions, à offrir un cadre à cette histoire, tout en l’agrémentant d’une pointe d’humour.

“Elle vivait un méchant conte de fées où l’on ne sait plus qui trompe qui du corps ou du désir et qu’au matin, dans ce genre de cruauté, les princes n’ont pas le génie du baiser qui ressuscite, qui ramène la paix, l’envie de vivre et la douceur des choses. Ce sont des matins de tristesse et de solitude. Des matins de douleur. Des matins féroces. Il faut beaucoup de temps aux princesses blessées.”

Scarlett Johansson attaque Gregoire Delacourt

7759615981_la-premiere-chose-qu-on-regardeUne relation amoureuse pas comme les autres, où l’on se rend compte qu’un simple moment d’égarement peut tout changer en une fraction de seconde. Malheureusement pour l’écrivain, la star américaine dont il s’inspire n’a pas apprécié le clin d’œil. Le 5 juin 2013, Scarlett Johansson poursuit les éditions Lattès et demande au tribunal français d’interdire la cession des droits et d’adaptation de l’ouvrage – ainsi qu’un dédommagement de 50 000 euros environ (sic).. Si l’actrice gagne ce procès, la littérature pourrait en prendre un sérieux coup. En effet, il sera alors impossible pour un auteur de citer une marque, une star (ici : “violation et exploitation frauduleuse des droits de la personnalité”) ou un monument sans risquer une assignation… Avec ce buzz inattendu, Grégoire Delacourt et son dernier roman pourraient devenir les emblèmes de la liberté de l’écrivain, l’image de Scarlett pourrait par contre en pâtir. Reste à espérer que la blonde pulpeuse se rende compte de la bêtise de cette plainte.

La Première chose que l’on regarde de Grégoire Delacourt
Ed. JC Lattès
Déjà disponible en librairies.

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