interview : muriel barbery auteur de “L’Elégance du hérisson”

01/05/07 par  |  publié dans : Auteurs, Livres | Tags : ,

Après avoir lu L’élégance du hérisson , j’ai voulu en savoir plus sur son auteur, Muriel Barbery. Tremblante de timidité, j’ai donc tenté ma chance en lui envoyant un courriel afin de lui proposer une interview pour Envrak. Quelle a été ma surprise en recevant quelques heures plus tard une réponse remplie de gentillesse de sa part. C’est donc une interview simple et sans leçons littéraires que nous offre Muriel Barbery.

L’Elégance du hérisson* est votre second roman, écrit six ans après le premier, Une gourmandise**. Pourquoi avoir attendu si longtemps entre les deux ?
Je n’ai pas « attendu », j’ai mûri, engrangé de la vie, fait des tentatives qui ne me plaisaient pas, mûri encore. Et puis je travaille à plein temps. Le statut d’auteur est ingrat : c’est sur son temps libre qu’on écrit parce qu’il faut bien gagner sa vie. Très peu vivent de leur plume. Il n’y a pas de solutions matérielles et financières qui permettent de se consacrer entièrement à l’écriture, même si c’est le projet le plus important de votre vie.

Qui ou quoi vous a inspiré cette histoire ?
Pour moi, L’élégance du hérisson ne se définit pas par son histoire. Il y a un récit, bien sûr, avec quelques développements, mais ce n’est pas le plus important. Le plus important, c’est le plaisir du style, de l’émotion authentique, des voix justes.

On retrouve certains personnages dans vos deux livres. Sont-ce des gens que vous connaissez et qui vous ont marqués ?
Non, c’est un roman : mes personnages sont inventés.

Etes-vous plutôt Renée, Paloma ou Kakuro ?
Les trois et aucun d’entre eux.

On note bien votre attirance vers la civilisation japonaise. En quoi vous fascine t-elle ? N’êtes-vous pas tentée de vous y installer ?
Le Japon : l’élégance et l’épure. Voilà ce qui me fascine. Et, d’une manière ou d’une autre, je vais y passer quelques mois en 2008.

Avez-vous fait certaines recherches pour votre livre ? Je pense notamment aux références littéraires ou artistiques que vous faites ainsi qu’aux débats palpitants entre Renée et Kakuro.
Non, je n’y évoque que des sujets qui me tiennent à cœur et qui ont fait ou font partie de ma vie.

Dans vos deux romans, on retrouve une grosse critique de la société. Or, avec toutes vos références littéraires ou artistiques ainsi que votre style parfois soutenu, votre livre cible un public relativement cultivé, celui que vous condamnez justement. N’y a t-il donc pas une contradiction entre les propos que vous tenez et la manière dont vous écrivez ?
Ce serait un très gros contresens que de penser que L’élégance du hérisson constitue une critique du « public cultivé », qu’il le condamne. Il s’agit d’une concierge et d’une petite fille éprises de littérature, d’art et de philosophie. A travers elles, j’évoque des œuvres que j’aime et dont j’ai eu la chance, parce que j’ai pu faire des études, parce que je viens d’un milieu relativement cultivé, de faire la rencontre. Si critique il y a, elle concerne l’appropriation illégitime de la culture par une certaine caste convaincue de ses prérogatives, pas la culture elle-même.

Et puis vous semblez dire, implicitement et évidemment malgré vous, que le style soutenu et les références culturelles sont destinés uniquement aux lecteurs cultivés. Je crois l’inverse : ceux qui n’ont pas eu la chance de faire des études, d’avoir du temps pour se cultiver, sont souvent ceux qui sont le plus spontanément sensibles à l’exigence littéraire et artistique. A la beauté et à la complexité de la langue ou à la profondeur des grandes œuvres.

Enfin, ce serait une erreur de considérer que ce roman « cible un public particulier ». Je reçois des lettres de lectrices et de lecteurs de tous milieux sociaux et l’écho qu’il trouve montre qu’il ne s’adresse pas à un public spécifique.

Avez-vous déjà une idée pour votre prochain livre ?
Oui, bien sûr. Et ça a un rapport avec le Japon. Pour le reste, plus j’en parle, moins ce sera facile de l’écrire. Donc, je n’en dis rien.

Un petit mot de la fin pour les lecteurs d’Envrak ?
Découvrez le go !

Merci pour vos réponses. Nous vous souhaitons une bonne continuation et espérons vous revoir très vite dans nos librairies préférées.

*L’élégance du hérisson, Gallimard, 2007.
**Une gourmandise, Gallimard 2000 ou Gallimard poche, 2002.

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10 commentaires

    engy  | 07/05/07 à 1 h 02 min

  • Ca m’intrigue le Go, j’aurais bien envie de tester. Sinon, j’ai moi aussi un mot de la fin pr les lecteurs d’Envrak : découvrez l’Elégance du Hérisson!

  • Bertrand  | 07/05/07 à 15 h 45 min

  • Pas très loquace, Muriel Barbery… Je reste dubitatif sur ton interview, Marie… Peut-être des questions plus neutres où tu ne montrerais pas autant tes interprétations personnelles. On dirait que ça l’a blessée.

  • Marie  | 07/05/07 à 15 h 55 min

  • Bertrand, voilà une réponse qu’elle m’a fait par mail lorsque je lui ai posé moi même cette question: “Vous ne m’avez absolument pas vexée ! Mais votre question pouvait comporter une ambiguïté et cela me permet de répondre de manière circonstanciée – aucun problème, au contraire.
    On pourrait développer en dissertant sur l’art littéraire mais je ne le souhaite pas. Je tiens à répondre sans délayer, le plus simplement et personnellement possible, en ne donnant pas de leçons littéraires. Ou bien je pourrais développer en parlant de moi mais ça non plus, je ne le souhaite pas.”
    Les questions neutres ne l’intéressant ni elle ni moi, je pense au contaire que cet interview montre sa personnalité, réservée mais généreuse, puisqu’elle nous a donné du temps à une période très difficile pour elle.
    J’espère que ça peut répondre à tes questions. ;)

  • Bertrand  | 07/05/07 à 20 h 35 min

  • Merci d’avoir levé mes doutes, Marie. :)

  • hub  | 21/05/07 à 12 h 07 min

  • Interessant, interessant, moi je ne trouve pas çà trop long. C’est bien d’interviewer les gens comme çà. Bravo, continuez toutes.

  • hub  | 21/05/07 à 12 h 08 min

  • Longue vie à votre “mag”

  • engy  | 21/05/07 à 12 h 14 min

  • Merci pour les encouragements hub :)
    PS : il y a quelques garçons dans l’équipe quand même (rapport au “continuez toutes”)!

  • Marie  | 22/05/07 à 10 h 57 min

  • Merci Hub.
    Je vois que tu as réussi à trouver l’accès à Envrak. :)

  • hub  | 23/05/07 à 11 h 01 min

  • ya des garçons?

  • Marie  | 23/05/07 à 14 h 11 min

  • Oui, il y a Rom1, Onomatt et une nouvelle recrue qu’on va bientôt pouvoir découvrir.
    Sans compter notre informaticien sans qui tout cela ne serait possible.

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