Les ignorants : des bulles dans le vin

25/10/11 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : , ,

Qu’ont en commun un auteur de bande dessinée et un vigneron en Anjou ? Tout et rien, mais surtout l’ignorance de ce que sait l’autre, de qui il est et de comment son métier s’exerce. Étienne Davodeau incarne son propre personnage s’immisçant dans le travail de Richard Leroy. Il va suivre, pendant une année, la production de son vin et s’initier à la dégustation. De son côté, Étienne entraîne Richard dans une imprimerie, chez un éditeur ou encore rencontrer des auteurs connus. À la croisée de ces mondes, les deux hommes se rendent compte des nombreuses analogies qui existent entre leurs professions, pourtant peu liées. Une découverte de productions passionnées, authentiques et personnelles.

Etienne Davodeau découpe ce gros pavé de 272 planches en une vingtaine de chapitres évoquant chacun un thème ou un moment que les deux hommes partagent. Il rapporte les faits chronologiquement, tels qu’il les a vécus, à la manière d’un reportage qui aurait pour but de suivre les labeurs d’un viticulteur. Mais Davodeau, toujours en quête d’humanité, ne laisse pas Richard Leroy au milieu de sa vigne, au milieu des cases de la bande dessinée, il y participe, aidant à la production du vin, quelles que soient les saisons. Il entraîne également Leroy et le lecteur, dans la découverte d’une production de livres, avec plusieurs rencontres de professionnels (salon du livre, dédicaces, imprimeurs…) autant que le vigneron lui propose des dégustations, des échanges avec d’autres vignerons et des cavistes. Le charme opère à chaque sujet, donnant envie d’en savoir plus, de ne plus regarder une bouteille ou un livre sans voir le terroir, l’homme, les conditions, les mésaventures, le talent et le travail. Davodeau n’a pas pour but de promouvoir une certaine bande dessinée plutôt qu’une autre, mais entraîne forcément des lecteurs dans son sillon et dans sa sensibilité.

Une narration parfaitement dosée

Le trait de l’auteur est toujours aussi souple, emprunté à la ligne claire, mais en encore plus épuré, préférant quelques touches de gris en aquarelle à une couleur qui ferait oublier la poésie de chaque lieu. Davodeau ne manque pas de rendre justice à l’homme, à la terre et tombe pile dans une mouvance du « consommer mieux », voire de « décroissance ». Il a la subtilité de ne jamais faire de son livre un acte militant, juste la rencontre entre des savoirs et des ignorances. Tout le long domine l’envie de goûter aux vins, aux albums présentés, de se laisser séduire par cette narration parfaitement dosée. À boire absolument !

Les ignorants, scenario, dessin et couleurs d’Etienne Davodeau, Futuropolis, octobre 2011, 272 pages

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