Les Proies : Dans l’enfer de Kadhafi

24/09/13 par  |  publié dans : Livres, Romans | Tags : , ,

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Si Kadhafi espérait emmener son plus grand secret dans “sa tombe”, c’était sans compter sur Annick Cojean et le courage des femmes libyennes qui ont accepté de témoigner. En novembre 2011, la journaliste du Monde publiait un article à faire froid dans le dos. Une jeune femme confiait comment, à l’âge de 15 ans, elle est devenue l’une des esclaves sexuelles du Guide libyen.

“Toute protestation était impensable. ” Qui songerait, en enfer, à porter plainte contre le diable ?””

Cet article est devenu un livre, Les Proies. Dans la première partie, Annick Cojean laisse la parole à Soraya. L’ouvrage frappe là où ça fait mal. Il touche l’aveuglement dont ont fait preuve des milliers de gens, jusqu’aux plus hauts placés. Tout ceci n’était qu’un secret de polichinelle, le peuple préférant laisser faire par peur des représailles… Difficile de ne pas repenser à la visite de ce dictateur pervers en France en 2007 avec de sérieux hauts le cœur.

Le témoignage de Soraya est cru. Elle ne cache rien. Et pourtant, elle ne peut ni faire payer son bourreau, ni avoir une vie normale alors qu’elle est “libre”. La Libye et la religion musulmane font d’elle la victime d’une double peine. Elle a été rejetée par sa famille car elle a été déflorée avant le mariage, elle est également rejetée par la société qui l’a considère comme une pute ou une alliée de Kadhafi, et rejetée par la religion pour avoir pêché malgré elle.

“Car elle était victime. De ces victimes dont la société libyenne ne veut pas entendre parler. De ces victimes dont l’outrage et l’humiliation rejaillissent sur l’ensemble de la famille et de la nation tout entière. De ces victimes si encombrantes et perturbantes qu’il serait plus simple d’en faire des coupables. Coupables d’avoir été victimes…”

Ce récit douloureux est suivi d’une enquête de la journaliste, bien décidée à donner la parole aux victimes du Guide. Au final, on prend conscience du pouvoir d’un seul homme, suffisamment pervers et dément pour obtenir tout ce qu’il veut dans la plus grande impunité. C’est cela le plus effrayant. Car si Kadhafi est mort, on peut se demander si un autre, quelque part dans le monde, n’agit pas de la même façon (et entre nous, je pense que c’est le cas) (Oui, il y a au moins Kim Jong-Un, ndlr) . On prend aussi conscience que certaines personnes se cachent derrière une pseudo foi pour dissimuler leurs actes. Kadhafi a fait du sexe une arme de guerre pour faire régner la terreur autour de lui.

couv_cojeanCes témoignages pourtant n’ont pas suffi à faire de la question du viol un élément majeur de la reconstruction de la Libye. Le pays a préféré enterrer ces victimes, y compris celles encore en vie, pour faire comme si ces années d’horreur n’avaient pas existé. Aussi perturbant et dérangeant que ce livre peut-être, il doit être lu, car les gens doivent savoir. Il faut arrêter de cacher ce genre d’horreur derrière un voile de honte et de silence. Annick Cojean porte le flambeau de ce que le journalisme d’investigation devrait être toujours et encore…

Les Proies dans le harem de Kadhafi d’Annick Cojean
Ed. Le Livre de Poche / Déjà disponible en librairies

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