Les succès d’Osamu Tezuka

10/09/10 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres

Manga animalier aux formes rondes, aux crayons légers jusqu’à des personnages sombres et inquiétants qui évoluent dans une architecture de planches beaucoup plus travaillées et anguleuses, le style Tezuka est multiple. La forme du visage de ses personnages reste, elle, assez constante : de grands yeux ronds et des expressions caricaturales qui sont, aujourd’hui, l’apanage du manga. Plus tardif, on reconnaît le style Tezuka à la déformation du corps de ses protagonistes, assez élastiques, qui lui permettent de jouer, quasiment à l’infini, avec la composition de ses planches. D’un point de vue général, le style Tezuka est avant tout une manière savante et libre de raconter les histoires.

Astroboy

Comment parler des œuvres de Tezuka sans commencer par l’une des plus célèbres d’entre elles, Astroboy. Pourtant, la série est archi-connue, voire écrasante dans la bibliographie du japonais. Voilà pourquoi le choix, ici, est de privilégier d’autres séries, moins connues, mais d’égale qualité.

Ayako

Dans le Japon de l’immédiate après guerre, les Américains ont envahi le pays et récupéré la terre de propriétaires au nom du partage. La famille Tengé fait partie de ces anciens puissants, aujourd’hui réduit à quelques arrhes. Le père Tengé, véritable despote, fait régner un malaise sur toute sa tribu, soumet tout le monde à sa volonté parfois perverse. Son fils ainé lui concède les vertus de sa femme afin de s’attirer ses bonnes grâces. Jirô, le fils militaire, prisonnier de guerre, revient après des années de capture pour travailler auprès des Américains. Il découvre les siens, perdus de vue durant des années et aux prises au silence et aux secrets. Durant son absence, une nouvelle fillette a vu le jour, Ayako, qui porte déjà de nombreux secrets. Son retour sème le trouble dans cette famille qui se consume : le père regrette qu’il ne soit pas mort à la guerre, en honneur.
Jirô va littéralement faire imploser les Tengé après avoir honoré un contrat l’entrainant à commettre un attentat. Ayako en sait trop et il faut la faire taire. Elle sera alors enfermée dans un sous-sol de la maison, sans espoir de sortie.

Ayako est une saga familiale en trois tomes qui tend vers l’espionnage, l’aventure, le drame. L’entame de la lecture du premier tome ne se termine que pour dévorer le suivant à la même allure. L’histoire est prenante, haletante parfois, énigmatique, bref passionnante. On découvre dans ces albums, la maîtrise narrative d’Osamu Tezuka, son aisance innée à raconter des histoires, même sordides. S’il ne fallait lire qu’une seule série de Tezuka, ça pourrait être celle-là.

Barbara

Publié pour la première fois en France en 2005, Barbara a été créé un peu plus de trente ans plus tôt, entre 1973 et 1974. Aux éditions Delcourt, l’histoire est contenue en deux tomes. Barbara est une jeune femme recueillie par l’écrivain Mikura alors qu’elle se trainait près de la gare, à moitié sdf, à moitié ivre. Elle paraît sans limite, une bois-sans-soif immodérée, prête à faire la fête et sans pudeur. Rien à voir avec la vie calme et « publique » du célèbre écrivain. Barbara ne lui cause que des ennuis et pourtant, lorsqu’elle n’est plus là, Mikura est incapable d’écrire. Cette femme semble l’avoir ensorcelé. De plus, elle l’entraîne bien souvent dans un monde irréel.

L’histoire de ce manga n’est pas vraiment propice à un résumé tant elle est complexe et part dans tous les sens. Comme dans beaucoup de bandes dessinées japonaises, le récit est découpé en plusieurs chapitres racontant une histoire plus ou moins indépendante. Barbara relève de la période mystique des années 70 qui a marqué Osamu Tezuka. Le fantastique est très présent, jouant sur une frontière mince entre réel et imaginaire, surtout lorsqu’un des personnages est un écrivain en proie à des fantasmes sexuels particuliers et l’autre une jeune femme éprise d’alcool, au passé trouble et à l’identité mystérieuse.
Barbara est une œuvre intéressante de Tezuka car elle montre un nouvel aspect de l’auteur, loin des héros ou des drames quasi théâtraux. L’intérêt suscité par la lecture de ce manga est inégal tout au long du récit mais pas moins présent. Le lecteur ne sait jamais vraiment à l’avance où cela l’entraîne. Pour les fans de récit mystique, ésotérique et autre fantastique, Barbara fait mouche. Pour les autres, il faut se laisser séduire.

Black Jack

Black Jack est le surnom d’un jeune chirurgien qui opère dans l’illégalité la plus totale contre quelques millions de yen. Prétentieux, arrogant et vaniteux, Kuro Hazama de son vrai nom, n’a aucun diplôme et pourtant, sa technique et sa dextérité sont hors du commun. De part sa nature clandestine, Kuro – qui signifie “noir” en japonais – se trouve être, bien souvent, le praticien des bandits, criminels ou autres personnalités fortunées voulant cacher quelque chose. D’autres fois, il s’agit de personnes désespérées, pour qui Black Jack est le dernier recours. Mais cet homme solitaire et suffisant cache lui-même de nombreux secrets.

Paru en dix-sept volumes entre 1973 et 1983, Black Jack fait partie des longues séries de Tezuka. L’évolution du récit se fait en de multiples chapitres racontant chacun l’opération d’un protagoniste. Il se retrouve parfois dans plusieurs chapitres ou reviennent quelques albums plus tard, mais, bien souvent, nous ne les voyons qu’une seule fois. A l’instar des séries télé à épisodes, il existe un fil conducteur au-delà des péripéties des chapitres. On apprend peu à peu à connaître Black Jack, ses motivations et son histoire.
Black Jack est une série assez sombre, rare dans l’œuvre de Tezuka. Le cynisme du personnage, sa clandestinité, son coté ouvertement « bad boy », voire carrément anti-héros, ravissent les amateurs de Tezuka qui ose toujours, qui s’éloigne de ses productions précédentes. La noirceur de ces albums, la précision technique et médicale de l’ancien docteur, le surnaturel encore présent sont les point fort de cette série, probablement l’une des plus marquantes du maître japonais.

Histoire des trois Adolf

Une des œuvres les plus poignantes et les plus réussies de Tezuka. Mais pour cela je vous renvoie aux archives.

L’Œuvre de Tézuka est beaucoup trop grande pour un inventaire et beaucoup trop variée pour ne pas avoir mille avis différents. C’est l’une des forces de ce maître, qui peut conquérir tous les publics. Rares sont les auteurs, de part le monde, à avoir une telle production et c’est d’autant plus dommage lorsqu’on réduit son œuvre à Astroboy.
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    Ramuncho  | 08/10/10 à 11 h 59 min

  • Je comprends qu’il ne faille pas réduire tezuka à Astroboy, mais il aurait été pas mal de développer un peu quand même cette série incontournable…

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