Les voyages de la bande dessinée

01/04/08 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

Avril, le printemps, les oiseaux qui chantent et la perspective d’un été ensoleillé (enfin tout dépend où l’on habite). C’est également la saison de la préparation de voyages, histoire de découvrir le monde et, paraît-il, de mourir un peu moins idiot. Mais il n’y a pas qu’en achetant un billet d’avion que l’on peut voyager, la preuve : qu’ils viennent de loin ou qu’ils retracent les pérégrinations de personnages dans un monde éloigné, les albums que nous vous présentons aujourd’hui vont vous faire découvrir du pays.

L’Orient

L’Orient et la bande dessinée c’est une grande histoire d’amour. Les plaines arabiques nous ont donné quelques belles images ces derniers temps, en la personne de Marjane Satrapi et son incontournable Persepolis. Plus récemment, c’est le Liban qui était à l’honneur à travers les cases de Zeina Abirached racontant une nuit à Beyrouth dans un style graphique proche de celui de Satrapi. En dehors de ces quelques exemples, l’Orient ne connaît que peu d’auteurs de bande dessinée. Pourtant, nombreux sont les héros à avoir foulé les terres désertiques et chaleureuses d’Orient ; nombreux sont les auteurs à s’en être inspiré. Tintin, Blake et Mortimer et même Astérix y sont allés faire un tour, plus récemment c’est Duchazeau et Vehlmann qui nous en parlent.

Les Cinq conteurs de Bagdad, scénario de Fabien Vehlmann, dessin de Frantz Duchazeau, Dargaud, collection Long Courrier, octobre 2006, 68 pages.

Le Calife de Bagdad, grand amateur de récits, décide d’organiser un concours de contes, avec mille et un participants, ayant trois ans pour écrire le meilleur texte possible. Le gagnant aura la richesse et les honneurs, le dernier, la mort. Autant dire que conter ne s’improvise pas au pays des Mille et une nuits. Le fils du Calife prend l’initiative de réunir les quatre meilleurs conteurs de Bagdad, de leur offrir un voyage autour du monde pendant les trois ans que dure le concours, afin de créer ensemble une histoire qui traversera le temps et les frontières. Dubitatifs, les quatre lettrés décident de consulter une cartomancienne afin de s’assurer de la bonne marche du voyage. Malheureusement, la voyante ne leur prédit pas que des réjouissances, leur dévoilant même l’issue du concours. Partant avec le fil de leur destin comme ligne d’horizon, les conteurs et le fils du Calife vont faire en sorte de créer leur histoire tout en évitant les pièges de leur destinée parfois funeste.

Comme à son habitude, l’univers graphique de Duchazeau nous plonge totalement dans l’histoire. On ne survole pas les paysages, on nage à l’intérieur, on découvre les mêmes horizons que les personnages, comme si on y était. Les émotions et les ambiances de ces contrées nous entourent et nous font pleinement voyager.

L’Extrême Orient

La bande dessinée asiatique rime la plus part du temps avec manga japonais. Difficile pour les autres contrées avoisinantes de se faire un nom à côté de ce géant qui a conquis le monde entier. Pourtant, la Chine et la Corée relèvent le défi et se font peu à peu une place au soleil (levant ?).
Le manhwa, la bande dessinée coréenne a vécu longtemps dans l’ombre de l’oppresseur japonais. Les premiers auteurs composaient leurs manhwa pour divertir les populations soumises plus que dans l’idée d’établir une production artistique. Stylistiquement, on se rapproche bien sûr du manga, avec une prédilection pour les petits formats et le noir et blanc. Dans les années 80, Kim Su-jeong crée l’un des premiers personnages à grand succès, Dooly. A partir de là, se développent de nombreuses revues, popularisant le manhwa en Corée, mais pas encore dans le reste du monde.

Dooly

L’Empire du milieu ne fait guère mieux que celui du Matin calme. Là-bas, la bande dessinée se nomme manhua (oui, je sais à la prononciation française, ça donne le même son que le manhwa). Elle bénéficie peut être d’une plus large vitrine en France grâce à l’année de la Chine en 2005 et à la création des éditions Xiao Pan. Cette maison d’édition française s’est spécialisée dans le manhua en publiant environ deux albums par mois. Grâce au travail de Patrick Abry, son créateur, la Chine peut s’enorgueillir d’avoir un temps d’avance sur son homologue coréen, du moins en ce qui concerne le marché franco-belge. Le style chinois est souvent plus doux, voire plus lyrique que le style manga habituel. On peut en voir un exemple avec un album édité par Xiao Pan :

Le Pavillon de l’aile ouest, scénario de Sun Jiayu, dessin de Guo Guo, Xiao Pan, septembre 2007, 111pages

Le Pavillon de l’aile ouest est à l’origine une pièce du théâtre chinois, écrit par Wang Shifu, auteur de la fin du XIIIème siècle. Inspirée d’une histoire antérieure, sûrement d’origine mongole, cette pièce a été célébrée dans toute la Chine jusqu’à nos jours. L’adaptation de Sun Jiayu et de Guo Guo lui donne un nouvel aspect.
L’action se déroule sous la dynastie des Tang (618-907), dans la ville de Pu Zhou et nous conte les émois de deux jeunes gens, issus de milieux différents. Pianpian, la jeune femme, vit recluse dans un Temple avec sa mère et toutes ses servantes. Elle est la fille d’un défunt ministre du royaume et sa mère veille à son éducation et à sa bonne tenue. Arrive dans la ville le jeune Chen Yuqing, poussé par des racontars à se loger au Temple afin de voir la jeune femme. Il est alors complètement épris par sa beauté et elle par sa liberté. Mais leur amour semble impossible.

La trame de cette histoire n’a rien d’original, surtout en la résumant ainsi en quelques lignes. Pourtant, cet album mérite le détour par la beauté et la pureté de son ensemble : la poésie de chaque instant vécu par ces deux jeunes gens, la finesse et la volupté du dessin et de l’atmosphère créée, le soin de l’édition. Le pavillon de l’aile ouest ne peut bien sûr pas à lui seul démontrer ce qu’est le manhua, mais permet de se familiariser avec un style, un atmosphère et une finesse particuliers à l’art chinois.

L’Afrique

En dehors des pays francophones où la bande dessinée franco-belge a pu trouver un certain écho, le reste du continent est peu marqué par la bande dessinée. Comme souvent, on y trouve majoritairement des comics d’importation, mais peu de production locale. L’un des pays les plus dynamiques en ce qui concerne la bande dessinée est le plus méridional de tous, l’Afrique du Sud.
Il n’est pas très étonnant, au vu de l’histoire du pays, que cette forme d’art soit d’abord de production « underground ». En Afrique du Sud, le neuvième art n’est pas tant une source de loisir qu’un véhicule pour un message politique ou social.

Globalement, le style graphique majoritaire dans le pays, mélange les inspirations des arts africains mais également une ligne nette bien que peu appliquée de l’underground. Les fanzines sont les principaux moyens de diffusion d’une bande dessinée, et il est alors compréhensible que cette production peine à sortir du ghetto, si vous me passez l’expression.

A gauche Jason Bronkhorst, à droite Joe Daly

Les échanges entre l’Europe et l’Afrique ne sont donc pas encore très dynamiques. Peu de bandes dessinées franco-belges trouvent une édition en Afrique, sorti des grands classiques, et peu de productions africaines voient les rayons de nos librairies. Cependant, pour beaucoup d’Africains, leur album préféré reste Tintin au Congo. Comme quoi, les polémiques…
Les voyages se poursuivent, le mois prochain !

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2 commentaires

    Diana  | 10/04/08 à 11 h 03 min

  • J’adore tes chroniques BD! moi qui n’en lis jamais, cela me donne sérieusement envie de m’y mettre!

  • Marlène  | 16/04/08 à 13 h 59 min

  • Merci merci
    moi aussi ça me donne envie de m’y mettre;-)
    non je plaisante…

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