“Journal d’adam, journal d’eve”, Mark Twain

01/02/11 par  |  publié dans : Livres, Romans | Tags :

Il y a quelques temps, on découvrait ensemble l’univers poétique des œuvres parues aux Editions Vedrana et sa déjantée éditrice Melle Donic’.
Ayant « copiné » avec celle-ci, je lui demande au fil de nos échanges informels, de me filer sous le manteau les noms de petites maisons d’édition pas comme les autres. Celles qui en ont dans le pantalon. Qui osent ou qui ont simplement l’œil. Elle me balance quelques noms…
C’est ainsi que je découvre les éditions “L’oeil d’or” : « Avec un nom pareil, z’ont plutôt intérêt à être pertinents ceux –là ! …»

Créée en 1999 par Jean-Luc André d’Asciano, cette petite maison d’édition parisienne a publié depuis une quarantaine d’œuvres, diverses et variées.
Le monsieur ne cède pas au diktat de la « mode » littéraire, lui, non non, il publie tout simplement ses coups de cœur et, de nos jours c’est plutôt couillu. Il en a donc ! Ça, c’est de l’alternatif comme on aime.
Il y en a pour tous les goûts : des récits miniers aux œuvres traitant de l’architecture contemporaine, des romans fantastiques aux entretiens avec des chorégraphes de génie, du livre pour enfant, aux leçons de cuisine ; de tout je vous dis, on trouve de tout, mais que du qualitatif.
On m’offre à découvrir deux bouquins : Journal d’Adam , Journal d’Eve de Mark Twain et Examen critique de la pétrification de Thorne Smith tirés de la Collection “Fictions et Fantaisie”.
Première pensée: « sont pas français ceux-là », deuxième pensée : « me disent quelque chose tout de même », troisième pensée : « O.M.G. (« oups » en français), Tom Sawyer et Ma Sorcière bien-aimée».

Pas déçue de cette sélection, voici deux pépites à l’américaine (et oui… à « l’américaine »…) pour le plus grand plaisir de votre imaginaire…

Journal d’Adam, Journal d’Eve

Si on vous dit « Mark Twain », vous allez répondre Tom Sawyer à coup sûr, et là j’ai envie de vous dire « Oui, mais pas que… ! ».
Mark Twain (né en 1835), a eu plusieurs vies avant de devenir écrivain. Tour à tour typographe, journaliste, imprimeur, batelier sur le Mississipi (Tom Sawyer ça part de là), chercheur d’or dans le Nevada, puis reporter à San Franscisco, il a bien bourlingué avant de se poser et de se marier. Son vécu lui inspire bon nombre de ses œuvres, et il doit sa notoriété, il est vrai, aux Aventures de Tom Sawyer en 1876, puis aux Aventures de Huckelberry Finn en 1885. Mais, comme pour gommer nos lacunes, les Éditions “L’œil d’or” souhaitent publier l’ensemble de ses œuvres au rythme d’une par an. A ce jour, vous pouvez découvrir dans la Collection “Fictions et Fantaisies”, Lettres de la terre (2005), Le prétendant américain (2007), L’étranger mystérieux (2008) et Les aventures de Huckleberry Finn (2009).

Mark Twain

Et, et, et… Journal d’Adam,Journal d’Eve.
Voici le coup de cœur du mois. Simple et efficace, une modernité étonnante tant dans l’histoire que dans l’écriture pour une œuvre qui je vous le rappelle, date de la fin du XIXe siècle ! De la fraîcheur, de l’humour, un regard pertinent sur les relations homme/femme et l’éloge de la différence.
Sous la forme d’un journal intime, Mark Twain se glisse ici dans la peau d’Adam, puis dans celle d’Eve. Il nous plonge dans les premiers jours de la création du Jardin d’Eden. Ceux où Adam découvre un nouvel animal (Eve) qui ne cesse de le poursuivre et de l’observer, semblant vouloir se rapprocher plus qu’il ne le tolère de lui ; et où Eve, quant à elle, n’a de cesse de s’extasier devant tant de découvertes, qu’intuitivement elle a don de nommer, au grand damn de son cher Adam.
Lui est un bougon, un solitaire, un sauvage. Elle, la sensibilité, la curiosité et un modèle de sociabilité.
Beaucoup d’humour dans leurs pensées respectives du fait de leur ignorance. Une vision d’Adam sur la venue au monde d’un nouveau petit animal (Caïn son fils) qui prête forcement à rire. Mais à sa place vous en auriez pensé quoi, vous, de cette chose qui gueule à tout va et qui ne vous ressemble pas ? Vous l’auriez nommée comment ?
Point de naïveté dans ce journal. Simplement, la vision sur le monde et l’amour de deux êtres complémentaires, à la base de tout, et qui finalement les rendra inséparables.
Point de vision ni d’allusions pieuses, non plus. Nul ne doute qu’à l’époque de sa première parution, cela a dû faire jaser plus d’un puritain du Nouveau Monde ! Il fallait oser, et il l’a fait.
Applause and stand up pour un livre que l’on a lu, que l’on lit, et que l’on relira encore et encore. Pour l’éternité.

Illustrations de Sarah D’Haeyer

Extrait du Journal d’Adam :

LUNDI
La nouvelle créature, avec ses longs cheveux, est toujours fourrée dans mes pattes. Toujours à traîner à mes basques et à me suivre comme un petit chien. Et je n’aime pas ; je n’ai pas l’habitude d’avoir de la compagnie. Si seulement elle voulait bien rester avec les autres animaux… Ciel couvert aujourd’hui, avec un petit vent d’est ; je pense que nous allons avoir de la pluie… Nous ?… Où est-ce que j’ai bien pu dénicher ce mot ?… Je me souviens maintenant – c’est la nouvelle créature qui l’emploie.

MARDI
Longue contemplation de la grande cascade. C’est à mon avis ce qu’il y a de plus beau sur ce domaine. La nouvelle créature appelle ça les chutes du Niagara – pour quelle raison, je n’en ai pas la moindre petite idée, ça, c’est sûr. Elle dit que ça ressemble aux chutes du Niagara. Ce qui n’est pas une raison, pas du tout : encore un signe de sa sottise, à vouloir toujours n’en faire qu’à sa tête.
Je n’ai plus jamais l’occasion de donner un nom à quoi que ce soit. C’est elle, la nouvelle créature, qui donne un nom à tout ce qui se présente, avant même que j’aie pu protester. Et toujours le même prétexte – ça ressemble à la chose en question. Prenez le dodo, par exemple. Elle prétend qu’au premier coup d’œil, on voit immédiatement que « ça ressemble à un dodo ». Aucun doute que le nom lui restera, au pauvre animal. Ça me fatigue, les vétilles de ce genre, et ça ne m’avance à rien, de toute façon. Dodo ! Ça ne ressemble pas plus à un dodo que moi.

Extrait de « Journal d’Adam, Journal d’Eve » de Mark Twain , traduit de l’américain par Freddy Michalski, illustrations de Sarah D’Haeyer ; 10 €, Edition L’œil d’or, 2010.

Cadeau bonus

Oui, oui, oui, on le doit bien à Mark Twain… écoutons les paroles.
Lire aussi : Vedrana éditions, des livres à offrir

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