Naoki Urasawa (1ère partie) : les œuvres

27/03/12 par  |  publié dans : Auteurs, Livres | Tags : , ,

Au XXe siècle, le “Dieu des Mangas” était Osamu Tezuka. Aujourd’hui, le titre ne revient à personne, du moins la critique contemporaine ne l’utilise-t-elle pour aucun mangaka. Mais qui mériterait mieux cette distinction que Naoki Urasawa, digne successeur de Tezuka ? Une centaine d’albums, 9 séries parues au Japon, 6 en France, 4 blockbusters, 100 millions de titres vendus : qui dit mieux?

Urasawa commence véritablement sa carrière en 1986 avec une première série dont il délègue complètement le scénario. Pineapple Army avec Kazuya Kudô, se déroule aux États-Unis et a pour héros un métisse américano-japonais, militaire démobilisé, devenu coach de self défense. La série trouve rapidement son public et séduit par l’exotisme de son sujet, ainsi que des paysages éloignés du Japon. Ces caractéristiques se retrouvent deux ans plus tard, avec Master Keaton, où cette fois, il est question d’un anglo-japonais, archéologue à ses heures perdues. Les premières séries d’Urasawa se vendent bien, grâce à son dessin impeccable et à des scénarii efficaces, bien que pas encore très surprenants.

Pineapple Army et Master Keaton

Parallèlement à Pineapple Army, il développe sa première série sportive avec Yawara !. Le titre renvoie à l’héroïne, Yawara Inokuma, dont le grand-père, ancien champion de Judo, décide d’instruire sa petite-fille à cet art. Tout comme Happy ! – publié en France en 2010 – 2011 – évoquant le tennis, Yawara ! prend le sport comme prétexte à développer des scènes burlesques, des comiques de situations, des personnages hauts en couleurs, sur fond de compétition qui donne beaucoup de dynamisme aux albums.

 

Grâce à ses débuts prometteurs – dont les trois premières séries restent inédites en France -, Naoki Urasawa est devenu un dessinateur incontournable au Japon, ravissant toutes catégories de public, grâce à des histoires de gros durs, comme aux élucubrations de jeunes collégiennes. En 1995, il prend un nouveau virage, en choisissant le thriller. Monster connaît dix-huit albums et un succès populaire dépassant, pour la première fois, les frontières du Japon. Pour beaucoup, cette série est son premier chef-d’œuvre.

 Monster présente le docteur Tenma, jeune neurochirurgien japonais exerçant en Allemagne. Son avenir s’annonce brillant jusqu’au soir où il choisit, par déontologie, de soigner un jeune garçon blessé par balle à la tête au détriment du maire de la ville. Il sauve la vie de Johann Liebert. Le maire, lui, ne survit pas. Kenzo Tenma est tenu pour seul responsable et toutes les portes se ferment à lui. Il ne sait pas encore qu’il vient de briser sa  carrière pour sauver un monstre.

Le thème de Monster séduit, mais il ne fallait pas rater l’animation du suspens, surtout sur dix-huit albums. Urasawa développe alors la faculté d’étendre son récit à travers plusieurs personnages, des “histoires dans l’histoire”, permettant ainsi de tisser une trame narrative à la fois riche et surprenante.

Cette architecture du récit s’admire également dans 20th Century Boys (2002-2007 pour la version française), où il est question d’un gourou appelé Ami que la foule médusée par ses discours, élève au rang de sauveur du monde, accusant une bande d’anciens camarades d’école de terrorisme.

La série n’a pas égalé le succès de Monster, peut-être à cause du fait que l’on oscille souvent entre plusieurs genres (thriller, guerre, complot, aventure,politique, etc). Pourtant, en vingt-deux albums, 20th Century Boys, montre l’étendue de la maîtrise du mangaka : le scénario comporte de multiples facettes, des personnages ambigus, toute une panoplie d’intrigues éparpillées façon puzzle, qui semblent ne rien n’avoir en commun et qui, pourtant, fusionnent parfaitement à la lumière de nouveaux éléments. Quant au dessin, on ne l’évoque que rarement, tant la qualité n’est plus à démontrer : les personnages sont vivants, expressifs, animés, ayant une mobilité évidente et sans monotonie ; chaque case est pensée pour servir la narration, pour séduire et rendre l’action plus percutante encore, le suspense plus intense. Bref, Urasawa sait raconter des histoires en images.

Sa force de narration, l’adéquation qu’il met entre qualité du scénario et le dessin se retrouve en exergue dans Pluto. Cette série est née d’un album d’Osamu Tezuka, de la série Astro, le Robot le plus fort du monde. Urasawa reprend la trame et les personnages de l’album pour créer huit livres plus poignants les uns que les autres. L’histoire s’articule autour d’humanoïdes, vétérans du 39e conflit d’Asie Centrale et considérés comme les sept robots les plus forts du monde – dont Astro, massacrés les uns après les autres par une force inconnue.

correspondance entre les œuvres de Tezuka et Urasawa

 

En 2012 devrait être publiée BillyBat, dernière série en date, évoquant un jeune dessinateur de comics, présentant une bd dans la bd.

© Naoki Urasawa/Studio Nuts/Shogakukan/NTV/Kodansha

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