Naoki Urasawa (2e partie) : un conteur d’histoires

28/03/12 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

                                                  La désolation du 39e conflit mondial

Né en 1960, Naoki Urasawa développe très vite une bonne maîtrise graphique en copiant les planches de ses maîtres, notamment celles d’Osamu Tezuka. Pourtant, il se lance dans la bande dessinée presque par hasard, en 1982. Quatre ans plus tard, il connaît un immense succès au Japon avec Yawara !. En vingt-cinq ans de carrière, Urasawa a donné naissance à des séries phares, louées pour leur construction scénaristique, le caractère de ses personnages et le style graphique totalement maîtrisé.

Une narration parfaite

Tous les grands maîLe Dr. Tenma s'enlençant dans l'opération de Johantres de la bd internationale ont pour point commun d’élever au même niveau d’exigence la narration graphique et littéraire. Cette parfaite alchimie entre ces deux techniques de récit est d’autant plus frappante chez Urasawa qu’elles s’exercent sur des histoires complètement différentes. On l’observe dans sa mise en scène, l’équilibre entre dessin et écriture. Les deux avancent au même rythme, sont de qualité égale et racontent la même chose. Cela peut paraître une évidence qui est pourtant souvent oubliée par les auteurs. Certains vont préférer un dessin qui complète un récit ou l’inverse, peu utilisent la narration graphique et littéraire sur le même mode.

Graphiquement, les séries sportives sont sans doute les plus difficiles à réaliser car le mouvement y prend une place importante. Happy ! et Yawara ! en témoignent, rendant, avec une déconcertante facilité, toute l’intensité d’un match. La maîtrise du suspense fait également partie de la palette de talents de Naoki Urasawa. Monster happe le lecteur du début à la fin, avec une intrigue crescendo, tout comme 20th Century Boys, où lâcher le livre une fois entamé devient impossible. La trame n’est jamais linéaire, le découpage en épisodes et l’utilisation de flash-back sont, en outre, des sources importantes de construction/déconstruction du récit, permettant au mangaka de jongler avec les situations et les informations (Pluto est, sans doute, l’un des meilleurs exemples de récit en flash-back). Ce puzzle scénaristique rend tous ces ouvrages captivants.

Le contexte géopolitique

Urasawa choisit précisément les scènes de ses actions : le contexte géopolitique dans lequel il plonge ses protagonistes n’est pas le fruit du hasard, ni de l’indifférence. Il est l’un des rares auteurs japonais à expatrier ses héros, tantôt en Allemagne (Monster), tantôt en Orient (Pluto), ou bien dans des contextes historiques précis. Ainsi, Jed Goshi et Taichi Hiraga-Keaton (respectivement héros de Pineapple Army et de Master Keaton), tous les deux métis, ont connu des conflits armés telles que la Guerre des Malouines (1982), ce qui les place au cœur de problématiques réelles, de préoccupations mondiales. Pourtant, ces éléments géographiques et historiques restent le plus souvent des contextes, c’est-à-dire un cadre pour des scénarios indépendants. Certaines séries s’appuient sur un environnement plus politique et utilise sciemment la situation dans laquelle elles sont plongées (Pluto et le 39e conflit d’Asie Centrale, 20th Century Boys et l’avènement d’un groupuscule obscur qui finit par dominer le monde). À n’en pas douter, ces conjonctures particulières donnent du caractère aux sujets exploités par le mangaka. Elles lui permettent, en toutes circonstances, de rester très réaliste, très ancré dans ses contextes, même pour des récits d’anticipation comme Pluto. De quoi insérer rapidement le lecteur dans l’histoire et donner, en plus du récit lui-même, un fil conducteur évident.

Lire aussi – Naoki Urasawa (1ère partie) : les oeuvres

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire