Naoki Urasawa (3e partie) : les personnages

29/03/12 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags :

Naoki Urasawa aime les récits “chorales “, avec une multitude de protagonistes. Qu’ils soient de premier plan ou secondaires, ils ont tous un rôle à jouer dans la mécanique du maître, enrichissant (compliquant ?) toujours un peu plus le scénario.

Les personnages principaux et secondaires

Tout comme Osamu Tezuka, Urasawa reprend certains personnages déjà présents dans de précédentes séries ou simplement les noms de ceux-ci (le docteur Tenma de Monster, ne se retrouve pas en tant que tel dans Pluto, mais le nom, déjà utilisé par Tezuka dans l’œuvre originale, se répète). Cela induit une certaine continuité dans la création de Naoki qui, comme son prédécesseur, réutilise des patronymes ou des visages, comme un réalisateur de cinéma rappellerait un acteur fétiche.

Le mangaka s’inspire également de son ainé par l’intégration de nombreux rôles secondaires dans les récits. Ceux-ci servent à diversifier l’univers dans lequel ils sont plongés, en apportant des caractéristiques différentes – d’ethnie, de physionomie, d’attitude, de genre, etc. Cela confère une certaine originalité graphique, voire une fantaisie, permettant d’intégrer de la “couleur” à des histoires invariablement en noir et blanc. Pourtant, leur rôle n’est pas seulement de servir le décor mais principalement le récit. L’exemple de 20th Century Boys est, sans doute, le plus explicite. Le scénario se développe autour d’une bande de copains d’école ayant écrit un “Cahier de prédiction”, imaginant des attaques terroristes. Devenus adultes, ils se sont perdus de vue, avant de devoir déjouer l’avancée machiavélique d’un tyran. Ce gourou maléfique ne sort jamais à visage découvert et tout le monde ignore son nom. Il se fait appeler “Ami”. Le héros, Kenji, sait qu’il s’agit d’un de ses camarades d’enfance car seul l’un d’eux peut connaître le Cahier de prédictions. Le nombre de ses amis crée autant de possibilités d’identifier Ami et donc de suivre de fausses pistes. Ici, comme dans d’autres séries, (Happy ! et Pluto, surtout), la multitude de personnages secondaires produit un détournement d’attention et sert une construction narrative faite de rebondissements.

Question d’identité

Tous ces protagonistes ont un rôle qui évolue au fil du récit. Se pose alors souvent la question de la nature même de ces participants, de quel coté sont-ils, méchants ou gentils ? Comment identifie-t-on le héros dans les œuvres d’Urasawa ? Comment est représenté l’ennemi ? Autant de questions qui restent sans réponse tant le maître utilise toutes les possibilités. Dans 20th Century Boys, le méchant, “Ami”, reste inconnu jusqu’au dénouement ; il est masqué et son identité est le cœur même du sujet.

The "Monster"

Pluto est le nom même de celui qui détruit les robots (Pluto) ; cette fois on sait comment l’appeler, mais on ne le voit pas et on ne sait pas qui il est. Dans Happy! ou Yawara !, les séries sportives, il n’y a pas de vrais “méchants”, même les yakusa de Happy !se montrent parfois complaisants. Il n’y a donc pas une dualité manichéenne dans la représentation du bien et du mal chez Urasawa, les héros peuvent être accusés d’être les ennemis (20th Century Boys) et les hommes les plus vils peuvent être, en outre, les plus séduisants (Monster).

Qui est là ?

Le mangaka joue avec ses personnages en les faisant disparaître. Certains sont absents depuis le début, mais tiennent une place importante, comme la mère de Kanna, la nièce de Kenji dans 20th Century Boys, le frère de Myuki Umino dans Happy ! ou le fils du professeur Abullah dans Pluto. Pour certains, on ignore s’ils sont morts ou non, on assiste même à une passation du rôle de héros principal entre Kenji et sa nièce Kanna dans 20th Century Boys, lorsqu’il disparaît. Souvent, l’être absent tient le haut du pavé ou justifie la quête des héros.

Ce trouble d’identité, cette présence/absence constante, ce changement de rôle sont personnifiés par les nombreux transgenres présents dans quasiment toutes les séries, qui portent plus ouvertement cette mouvance de la personnalité.

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