Oh les mauvais romans !

18/02/11 par  |  publié dans : Livres, Romans

Déjà que le mot est laid : adolescent. Il sent la sueur d’après-midi, les appareils dentaires fétides, les ongles sales.
Mais cette créature est un lecteur à part entière. Parfois, elle va au ciné, souvent elle erre à la Fnac avec ses copines, bref, elle a de l’argent. On ne compte plus les maisons d’édition s’étant engouffrées dans la brèche ado, mues par l’appât du gain et parfois, par un engagement intellectuel convaincu. Une fois lancées, c’est à qui baptisera sa collection du nom le plus attrayant : Wiz et Bliss chez Albin Michel, Exprim’ chez Sarbacane, Macadam chez Milan, Millézime chez Bayard, Black Moon chez Hachette, Scripto chez Gallimard… C’est ça, le champ lexical du 10/15 ans.

Au cas où tu n’aurais pas compris, ces livres sont pour toi, le jeune. Mais fais attention : parmi eux, il y en a des moches. Des nuls. Des mal écrits. Des pas écrits du tout. Des qui font perdre toute crédibilité à l’éditeur. En voilà deux.

Twilight a des ailes : Hush, hush, de Becca Fitpatrick, collection MsK, éditions du Masque.

“Il laissa la porte de la salle de bains ouverte et la bougie allumée. Un regard avait suffi à me convaincre que ce garçon n’était pas étranger aux salles de sport. Une musculature aussi développée n’arrivait pas par hasard.”

L’histoire: une lycéenne qui s’appelle Nora habite dans un trou paumé des States. Son père vient de mourir et sa mère travaille vachement. Nora est donc une ado hyper autonome. En cours de bio, pour un travail sur la reproduction, elle doit s’asseoir à côté d’un pur B.G. aux mauvaises fréquentations. Il a un nom de caniche, il s’appelle Patch. De poussées hormonales en virées nocturnes au parc d’attractions, Nora va s’apercevoir que Patch est un ANGE, mais un ange déchu donc c’est pour ça les cicatrices en V dans le dos en fait ! On apprend aussi que le père assassiné de Nora, c’était pas du tout un hasard… La conclusion, c’est que l’amour est plus fort que la mort, plus fort que les anges.
Hush, hush, c’est si nul que c’en est drôle. Parfois. La plupart du temps, c’est mal écrit. On s’ennuie car le récit manque de rythme, les rebondissements rebondissent mal. C’est d’une banalité même pas étonnante. C’est du Stephenie Meyer sans Stephenie Meyer. Et déjà que cette phrase ne veut rien dire, alors je vous laisse imaginer.
Par ailleurs, quiconque comprend le titre de ce roman est prié de se manifester.

Le prodige en plastoc : Pastel Fauve, de Carmen Bramly, JC Lattès

“J’ouvre la porte à toute volée et lui jette mon soutien-gorge à la tête comme j’aurais aimé le faire avec ma rancoeur”

Carmen Bramly, 15 ans, n’a pas été publiée en collection jeunesse. Non, Carmen écrit pour les grands, ceux qui ont vécu, ceux qui savent ce que souffrir veut dire. Pour ceux qui déjà, ont cessé de rêver.
Réveillon sur une île bretonne, Paloma, 14 ans, est chaude comme la braise. Ce soir, elle jouera à Pierre le grand jeu de la Séduction, elle l’a décidé, et pour le traîner jusqu’à son lit elle se pare de ses plus beaux atours de femme. Ils s’aimeront sur une plage déserte, mais Paloma, complètement bourrée, ne se souviendra de rien. Ah oui, et aussi, à Paris, Paloma a Peter Doherty pour voisin. Elle dort avec son caleçon sale sous son oreiller.
Ce livre, c’est le top du top. Du début à la fin une question le surplombe: mais QUI a pu vouloir publier ça ? Imaginons Monsieur l’Editeur assis dans son grand bureau, une pile de manuscrits sur sa table en verre. Sans doute Carmen est-elle la fille d’un copain. Il ouvre Pastel Fauve. Il le lit. Il rit. Il trouve ça pourri. Après corrections, il publie. Il n’y a aucune logique. D’autant qu’à la rentrée littéraire, on a à peine parlé de Carmen Bramly et que la concernant, JC Lattès aurait dû deviner que le défaut médiocrité l’emporterait forcément sur l’argument précocité.

Tu en as marre qu’on se foute de toi et qu’on sous estime tes goûts, le jeune, et tu as raison. Mais rassure-toi: il y a aussi de très bons livres qui paraissent chaque mois à ton attention, des livres délicats, des livres qui évadent pour de bon. Lis Je m’appelle America (Bayard), Hier tu comprendras (Nathan), Gueule de Bois (Sarbacane), Le chagrin du roi mort (Gallimard), etc., etc. Ils te soigneront des nuisibles Paloma et Nora.

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1 commentaire

    Kik  | 12/11/11 à 13 h 53 min

  • En tant que bloggeuse de littérature pour la jeunesse, je dis MERCI pour cet article !
    MERCI !

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