Olivier G. Boiscommun

02/08/09 par  |  publié dans : Auteurs, BDs&Mangas, Livres | Tags : ,

Olivier Boiscommun a signé treize albums en quatorze ans. Une bonne moyenne pour un dessinateur à l’univers si particulier qui s’ouvre de plus en plus. Est-ce l’effet de la maturité ou des propositions qui lui sont faites ? Au fil de ses albums, Boiscommun a évolué, tout en gardant ce coup de crayon si particulier, qui fait de chacun de ses dessins une vraie signature.

Onirisme et fantaisie

Le tout premier album d’Olivier Boiscommun révèle l’univers mystérieux du dessinateur. Joe raconte l’histoire d’un jeune garçon en proie à d’étranges transformations. Il vit reclus, loin de son père qui ne le comprend pas et dans le secret de son amour pour la jeune Béatrice.

Joe, éditions du Cyclistes, 1995

Plus que l’histoire, c’est l’ambiance créée par Boiscommun qui va être le fer de lance de son style. Le dessin tout d’abord : les traits sont allongés, creusés, travaillés ; chaque figure est posée, pensée, dosée, pour rester proche du réel en prenant la distance nécessaire pour nous entraîner vers un autre monde. En ce sens, son dessin peut se comparer à ceux d’un Crisse ou d’un Loisel qui offrent une esthétique propre à la bande dessinée, s’extirpant juste ce qu’il faut des codes du dessin anatomique pour le bien fondé de leur univers graphique.

Cela convient généralement à des dessinateurs proches de l’Heroic Fantasy. Ici, l’histoire flirte juste avec l’étrange et le fantastique pour exprimer par métaphores les changements que ce jeune garçon ressent à l’aube de son adolescence.
La beauté de l’album, outre la justesse du dessin de Boiscommun, se révèle également par sa technique de couleurs directes. Ce lavis de noir & blanc, totalement maîtrisé, rend l’atmosphère encore plus énigmatique et la qualité de l’édition permet d’avoir un album d’une grande finesse. Remarquable pour un premier essai.

Il use parfois de « tours », provoquant beaucoup d’effets avec un peu de malice. Boiscommun aime, par exemple, jouer avec l’enfermement/non-enfermement des dessins dans leur case et la continuité d’un même plan à différents moments de l’action. Ce principe, à la fois facile et technique, a un charme qui opère à chaque fois.

Des débuts prometteurs

Déjà tout jeune, le petit Olivier est marqué par la bande dessinée en lisant Astérix. Il s’oriente vers un lycée d’Arts Graphiques à Paris et fait ses débuts dans le monde du travail comme styliste. Travailler en indépendant lui rend la vie difficile et il décide de “galérer” pour quelque chose qu’il aime vraiment. La lecture d’albums comme ceux de Bilal et Loisel pousse Olivier Boiscommun à passer le concours d’entrée des Beaux-Arts d’Angoulême. Ses qualités graphiques lui permettent de rejoindre directement la seconde année. Là, il participe à un album collectif : Les enfants du Nil, conçu en partenariat avec les éditions Delcourt. Guy Delcourt le met en relation avec Joan Sfar et Jean-David Morvan pour travailler ensemble sur la série Troll. Olivier Gaston Boiscommun signe son premier contrat avec une grande maison d’édition, sa carrière et sa réputation sont lancées.

Troll est une série d’Heroic Fantaisy comptant six albums à ce jour et dont les trois premiers sont réalisés par Boiscommun. L’histoire de Morvan et Sfar s’éloigne des scénarii traditionnels du genre, propose pas mal d’humour et de burlesque pour un monde envoûtant. Le dessin de Boiscommun sert parfaitement cet univers : bien ancré dans la fantasy, voire dans la féérie, le graphisme n’apporte aucune dureté, aucune exagération et le trait est assez élastique pour s’adapter au burlesque.

En 1998, Boiscommun réalise Halloween, aux éditions du Cycliste, sa première maison. L’album reprend une fois de plus un personnage d’enfant, cher au dessinateur. Cette fois, Olivier Gaston est également le scénariste de cette histoire se passant la nuit d’Halloween. Une jeune fille erre et pleure son grand frère disparu. Sur son chemin, elle fait la rencontre d’un étrange individu qui tente de la réconforter, non pas en lui expliquant la beauté de la vie, mais en lui parlant de la mort. Cette première version de l’histoire ne comporte pas plus de 30 pages et un déroulement scénaristique plein d’ellipses. Son succès fut relatif, pourtant, l’album démontre que Boiscommun touche davantage, graphiquement et esthétiquement lorsqu’il est lui-même l’auteur de ses histoires. Les scénarii qu’il développe lui correspondent, sont plus vrais, aussi plus compliqués que ceux qu’on lui propose.

Fantaisie, Fantasy

Autres séries phares d’Olivier Gaston Boiscommun : Le livre de …. Cette fois, ce fut un grand succès commercial pour ces deux albums réalisés d’après les scenarii de Denis-Pierre Filippi. A destination de la jeunesse, ces albums sont une sorte de diptyque, dont les titres reprennent le nom des personnages principaux, Le livre de Jack, Le livre de Sam. Jack et Sam sont deux adolescents des rues, se trouvant, à la suite d’une sorte de rite d’initiation dans un manoir abandonné. Jack doit y pénétrer et en rapporter la preuve. Il en ressort avec un livre qui raconte en fait tout ce qu’il fait. Voulant le rapporter, les deux amis se retrouvent dans une sorte de monde parallèle où chaque livre est le récit de la vie d’une personne.

Si l’histoire de Filipi tient la route et se révèle parfois même assez originale, les dialogues et le scénario sont plats et cousus de fil blanc, même pour des albums à destination des enfants. Loin de la force trouvée dans Halloween, Boiscommun explore toute la fantaisie de son trait, s’amuse avec les couleurs. Pour ces albums, il abandonne la couleur directe au profit de l’encrage préliminaire permettant une plus grande précision du dessin.

Anges surfe sur le même esprit que Le livre de Jack. Plutôt à destination du jeune public, Anges est une série mettant en scène deux anges chargés des lieux et des âmes de l’église Saint-Eustache à Paris. Chacun avec son caractère et sa physionomie particulière prend sa charge de travail et sa responsabilité auprès des fidèles. Les péripéties ne manquent pas de bouleverser le quotidien de ces deux « monstres », de l’histoire saugrenue au burlesque le plus drôle. Même si le public visé est encore une fois les enfants, Anges séduit par son humour.

La mise en couleurs est pratiquement toujours assurée par Boiscommun lui-même, à l’exception du tome 3 de Anges. C’est pour lui une manière d’innover, d’essayer de nouvelles techniques, lavis, acrylique, gouache, aquarelle, noir et blanc, couleur directe, encrage préliminaire ; bref un panel de coloriste assez complet. Les teintes qu’il utilise s’accordent merveilleusement à son dessin et en révèlent d’autant plus la grâce et la poésie. Elles font partie intégrante de son dessin et ne sont en rien un artifice. Boiscommun est un vrai graphiste dont chaque case pourrait être sortie des albums et faire l’objet de sérigraphie.

Boiscommun n’est pas du genre à vouloir s’ennuyer dans la vie. Il aime profiter des bonnes choses, même jusqu’à l’excès. Il travaille beaucoup, produit pratiquement un album par an. En 2004, il fait en même une crise cardiaque, à 33 ans. Heureusement ce n’est qu’une alerte, il reprend vite ses crayons.

Pietrolino sort en 2007 et 2008. Pour sa dernière série à ce jour, le dessinateur est associé à Alexandro Jodorowsky, célèbre scénariste, entre autres, de l’Incal. L’histoire est celle d’un mime, effectuant des saynètes avec son théâtre ambulant dans les cafés parisiens au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Pietrolino se moque des soldats allemands dans ses sketchs et fait gagner la France. Après dénonciation, la gestapo vient l’interpeller. Dans une grande cruauté, le nazi lui brise les mains. Jamais Pietrolino ne pourra s’en resservir.

Une fois encore, le dessin de Boiscommun enchante une histoire pleine de poésie, de tendresse et d’espoir. Cette fois, il est ancré dans une réalité évidente, mais réussit à entraîner le lecteur loin du quotidien. Le scénario de Jodorowsky est bien tenu, bien écrit, sans fioriture, sans excès, très bien ajusté. C’est peut être l’une des meilleures histoires sur laquelle se soit appuyé Boiscommun et il en ressort un diptyque délicieux.

Olivier Gaston Boiscommun est un dessinateur au graphisme particulier, souvent juste, mais qui a besoin d’un scénario qui le touche pour développer le meilleur de lui-même.
Les images sont la propriété des éditions du Cycliste, Delcourt, Humanoïdes Associés

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2 commentaires

    Le Nem  | 04/08/09 à 10 h 23 min

  • Merci pour cette découverte ! Je ne connaissais pas cet artiste mais j’aime beaucoup le dessin … je vais aller jeter un œil bienveillant à ses œuvres.

  • André  | 24/09/09 à 1 h 18 min

  • cela me fait agréablement plaisir de voir une personne qui a pu réaliser son rêves d’enfant.Bonne continuation

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