Oscar Wilde, plus fort que Sherlock

01/07/09 par  |  publié dans : Livres, Romans | Tags :

Gyles Brandreth

On connaissait à Oscar Wilde de nombreux talents : dramaturge, poète, essayiste, romancier… Voilà aujourd’hui le célèbre dandy esthète transformé en fougueux détective sous la plume du britannique Gyles Brandreth. Une idée qui paraît incongrue à qui n’a pas encore lu Meurtre aux chandelles, premier opus d’une série de neuf romans – trois ont déjà été publiés (le troisième est en cours de traduction française).

Car Brandreth, journaliste, écrivain, animateur télé, chroniqueur royal, comédien et même ancien député, est également un amoureux de l’ère victorienne clamant à longueur d’interviews qu’il a vécu toute sa vie sous le signe d’Oscar Wilde. Connaissant par cœur le moindre de ses aphorismes, Brandreth en saupoudre allègrement ses récits policiers, dans lesquels Wilde, flanqué de quelques camarades aussi illustres qu’Arthur Conan Doyle, Bram Stoker, ou encore Robert Sherard, mène de passionnantes enquêtes.

A mille lieux des romans historiques que le lecteur serait en droit d’attendre à la vue du célèbre visage étalé en couverture du Meurtre aux chandelles et du Jeu de la mort, les livres de Brandreth lorgnent avec délectation du côté des meilleurs Sherlock Holmes et dessinent une galerie de personnages évoluant dans toutes les strates de la société londonienne. Car Wilde lui-même connaissait tout : des bas-fonds de White Chapel aux dîners mondains où ses traits d’esprit faisaient mouche, en passant par les salles de théâtre dans lesquelles ses pièces triomphaient. Un pari osé, donc, pour Brandreth, qui se paye le luxe de tenir le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Mais le véritable défi est ailleurs : prêter à Wilde des lignes de dialogues crédibles, écrire “à la manière de”, et ne pas oublier d’insérer dans l’histoire des personnages ayant joué un rôle majeur dans la vie de l’auteur : son épouse Constance, ses deux enfants Cyril et Vyvyan, le jeune et magnifique Alfred “Bosie” Douglas, le père d’icelui – l’ignoble marquis de Queensberry – ainsi que ses amis célèbres. Sans oublier les établissements londoniens que Wilde fréquentait (certains existent toujours), et son appartement de Chelsea.

Avec intelligence, Brandreth n’occulte pas la pédérastie de Wilde, son aversion pour la laideur et son goût pour la bonne chère – d’innombrables scènes de repas arrosés ponctuent les pages. C’est ce soupçon de réalisme bien senti qui donne toute leur valeur aux romans, usant d’un cynisme particulièrement… wildien.

En Grande-Bretagne, le père de Dorian Gray reste, près de 110 années après sa mort, associé au scandale (sa passion pour les jeunes éphèbes le fit condamner aux travaux forcés pour “comportement indécent”). Les livres dont il est le héros pourraient bien contribuer à le réhabiliter outre-Manche, car on y découvre, derrière le génie littéraire qu’il a été, un homme dont les sarcasmes qui ont fait sa gloire cachaient une tolérance à toute épreuve (Wilde était notamment un fervent partisan de la cause féministe, un élément biographique hélas souvent occulté par son image sulfureuse et largement mis en avant dans Le jeu de la mort).

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

En résumé : Alors qu’il s’apprête à écrire les premières lignes de son roman le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde voit son quotidien soudainement bouleversé par la mort brutale de Billy Wood, jeune prostitué pour qui il éprouvait beaucoup d’affection. Tout semble indiquer, dans l’appartement où le corps est retrouvé, un meurtre rituel. Assisté de son ami Robert Sherard, Wilde décide de mener lui-même l’enquête.

La bonne idée : faire de Robert Sherard, ami et biographe d’Oscar Wilde, le narrateur d’un récit écrit à la première personne. Une trouvaille qui relève du génie et qui permet à Brandreth de s’éloigner définitivement et judicieusement du roman historique. Cette forme de narration sera reprise dans les opus suivants de la série, permettant en outre à Sherard de sortir de l’ombre.

Oscar Wilde et le jeu de la mort

En résumé : Au cours d’un dîner auquel il a convié une douzaine de ses amis, Oscar Wilde propose à ces derniers un jeu pour les distraire : chacun inscrit sur une feuille le nom de la victime de son choix et aux participants de deviner qui veut tuer qui. Mais la plaisanterie tourne court quand les victimes potentielles sont assassinées dans l’ordre exact où elles ont été tirées. Wilde se lance dans cette nouvelle enquête, d’autant que son nom et celui de sa femme Constance figurent sur la liste…

La bonne idée : inclure dans le récit un personnage absent du Meurtre aux chandelles et qui a pourtant joué un rôle capital dans la vie – et dans la mort – d’Oscar Wilde : celui du jeune Bosie, qui a inspiré à l’auteur le personnage de Dorian Gray, et qui le mènera malgré lui à sa perte.
Par ailleurs, Gyles Brandreth prête à Oscar Wilde quelques lignes particulièrement croustillantes, dont l’irrésistible : “Il est enterré au Père-Lachaise ? Ça ne veut rien dire. On y enterre n’importe qui!”*

 

Les deux romans sont disponibles en France aux éditions 10/18 dans la collection “Grands détectives”. Prix : 13,50 euros.

* Oscar Wilde est enterré au Père-Lachaise.

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