Quand Lewis Trondheim rencontre LastMan #FIBD2015

17/02/15 par  |  publié dans : BDs&Mangas, Livres | Tags : , , , ,

Lewis Trondheim et Balak  ©Emi

Lewis Trondheim et Balak ©Emi

Le Festival d’Angoulême réserve de belles surprises du côté des rencontres croisées. Celle entre Lewis Trondheim et le trio de LastMan a été l’une des plus sympathique de ces 4 jours, entre francs éclats de rires et leçon de BD.

Président du 34ème FIBD, Trondheim est un habitué du Festival. C’est sa 26ème participation à l’événement (et la petite mascotte du Fauve est de lui). Pour les trois jeunes auteurs qui l’accompagnent, Angoulême est plus récent. Si Bastien Vivès écumait les rues pavés de la ville quand son ex-copine y résidait, ce n’est que la 3ème fois qu’il fait le voyage avec ses deux acolytes. Et autant dire qu’ils n’ont pas fait le déplacement pour rien vu que LastMan est reparti avec le Prix de la Meilleure Série.

Comment clôturer une série ?

Lastman

A l’occasion de la fin du premier cycle de LastMan, les invités reviennent sur le fait de boucler une série. Pour Trondheim, c’est un acte positif, car il est important de savoir s’arrêter avant de faire n’importe quoi avec l’histoire. Il faut savoir où l’on veut aller et stopper une fois l’objectif atteint.
Bastien Vivès précise que terminer un album n’est pas compliqué, ce qu’il l’est c’est le chemin parcouru pour arriver à cette conclusion. Selon lui, comme dans les films, il faut éviter de tomber dans le piège des 20 minutes inutiles qui prennent place avant la résolution finale. Il précise qu’il envie la manière décomplexée dont les mangakas envisagent leur travail, sans penser à la fin de leur série, en allant où ils veulent.

Balak revient sur le fait qu’il est important pour un dessinateur de se faire plaisir. C’est un acte masturbatoire. Le fait de travailler à trois pour LastMan, leur permet de stimuler leur création en permanence, mais aussi de les canaliser. Ils ont une perpétuelle double position de créateur/lecteur. Ce qui leur permet de ne pas se lasser ou de partir dans tous les sens.

Garder l’énergie du début est toujours quelque chose de difficile précise Trondheim. Il faut arriver à prendre conscience du moment où l’on devient moins bon. Ce qui est d’autant plus compliqué quand on travaille seul et que personne dans notre entourage ne le dit.
C’est pourquoi la dynamique de LastMan fonctionne si bien. Il y en a toujours un qui a plus de recul que les autres. Par exemple, expliquent les invités, quand Bastien Vivès veut faire une scène de “chiale avec une nana”, les deux autres sont là pour lui rappeler qu’il n’y a pas eu de baston depuis 50 pages et qu’il serait temps de s’y remettre.
Pour Trondheim, le problème en France vient du fait que l’on n’ai pas, comme aux USA ou Angleterre, de pôle d’écriture. Ici, l’Auteur est au centre de tout et a une tendance à la mégalomanie. Pour lui, travailler à plusieurs pourrait donner quelque chose d’incroyable.

La narration au cœur de tout

L.10EBBN001591.N001_LASTMANt1_JAQ_FRC’est en lisant des auteurs comme Cipis ou Larcenet, qui mettent en avant la narration plutôt que le dessin, que Bastien Vivès s’est plongé dans la BD. Ce-dernier a eu envie de traiter de la religion (qu’il n’apprécie pas), mais y a renoncé car il sentait que c’était un sujet “un peu trop chaud”, qu’il serait difficile pour lui d’en parler avec un discours constructif. Il est en effet plus facile de rire sur une chose que l’on aime. LastMan est né d’une envie de faire un “truc de cul”. En grands fans d’hentaï (manga érotique), Balak et Bastien Vivès voulaient réaliser un ouvrage qui soit à la fois plein d’aventures, populaire et dynamique. Quand l’éditeur, Casterman, s’est dit partant pour faire un manga à la française – dans la veine des mangakas japonais -, ils ont décidé de profiter de cette ouverture pour faire quelque chose destiné à un plus large lectorat. Le sexe n’était donc plus le point essentiel. Sanlaville a ensuite rejoint l’aventure à la demande de Vivès.

Si la série est bourrée de clins d’œils en tout genre, les trois auteurs sont très attachés leurs personnages et ne veulent pas faire de chaque page un cliché. Les références doivent passer inaperçue et ne pas déranger la lecture. Ils fonctionnent beaucoup avec le premier jet. Si ça ne marche pas du premier coup, c’est que ce n’est pas bon. Il faut que les choses soient efficaces, percutantes immédiatement.

Trondheim insiste sur le fait, qu’en BD, il faut savoir raconter des histoires mais aussi faire des dessins, des cadrages, des dialogues. Si on n’est pas capable de faire tout cela, il faut mieux changer de voie. Sanlaville conclue sur le fait qu’avec la reconnaissance des blogs aujourd’hui, il y a de plus en plus de dessinateurs émergents qui ont beaucoup de mal à se remettre en question quand on leur dit qu’ils ne savent pas raconter d’histoire. Ce qui est sur, c’est que ce n’est pas le cas de ces quatre-là.

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