Un coup à prendre – et à lire

08/01/11 par  |  publié dans : Livres, Romans

Le premier roman de Xavier de Moulins ressemble à une petite formule anodine. Et comme en ce début d’année la reprise est difficile, réfugions nous dans l’enfonçage du quatrième mur et testons la critique à formule : c’est quoi un premier roman français en 2011 ?

Le roman à la première personne : check

La première personne devrait être interdite aux premiers romans. N’importe quel débutant connaît cette règle d’or : « En art on ne parle bien que de ce qu’on connaît bien ». D’où l’inclinaison à écrire uniquement sur ce qui nous entoure, avec les risques inhérents : nombrilisme, éthos, affect, immobilisme. Xavier de Moulins, parisien, 39 ans, s’est séparé de la mère de sa première fille et a donc vécu l’expérience monoparentale. Aujourd’hui, il écrit un premier roman sur un parisien trentenaire qui se sépare de sa femme et se retrouve malgré lui obligé d’affronter son rôle de père. C’est trop facile, et on voit déjà les limites de la chose : quelque part du côté de la porte d’Italie. Et pourquoi pas un roman de S-F en Mongolie profonde ?

LethémedeSociété : check

Post féminisme, post métrosexualité, post-vie à deux : les hommes trentenaires se cherchent une masculinité. Redécouvrent au passage que les mômes, on en prend pour au moins 18 ans (25 avec l’inflation). Surtout, que ça peut être difficile de les concilier avec la tournée des bars, les bédos et l’insouciance en général. Le regard hautain du pédiatre qu’on vient déranger pour un bobo, les virées à la pizzeria parce qu’on n’a pas envie de cuisiner, chez les suédois pour acheter des lits superposés, et la société que c’est d’la merde d’abord, bref, le papa à l’aise comme un poisson hors de l’eau… Un coup à prendre rend tout ça avec une acuité triste et aphorique qui résonne fort dans le cœur de Madame Figaro : tout en lutinant un Somewhere tout frais, le magazine saute sur l’occasion pour nous parler des papas coqs, ces grands tourmentés. Ils seraient 15 % en France à élever seuls leur progéniture. Nous, on aurait plutôt envie de relire Teen Spirit, de Virginie Despentes. D’autant que la question n’est pas là. Un coup à prendre c’est, au fond l’histoire d’un mec qui ne supporte pas que sa petite bombe sexuelle perso soit devenue une maman qui ne se maquille pas tous les jours, se ride sur les bords, et n’a pas tous les jours envie de passer à la casserole. Le récit pathétique d’une lâcheté, d’un égoïsme, d’usure dans le couple, de crise de la quarantaine, d’un personnage si mâle et si pathétique – jusqu’à, un an après, la queue entre les jambes, pleurer sur celle qu’il a perdue. Bref : un gentillet antidote à la vie à deux, au célibat, et aux gamins (ouaip. Les trois) qui touche du doigt le cliché de pourquoi les hommes quittent leurs femmes pour d’autres, plus jeunes. Pour le coup, ça fait pas très magazine féminin.

Une structure « moderne » : check

Chapitre 8, « Chez moi » : Antoine loue un appart. 5 pages.
Chapitre 9, « Chez Alice » : Antoine va chercher ses affaires chez son ex. 6 pages.
Chapitre 10, « Chez le banquier » : Antoine demande un prêt. 6 pages.
Chapitre 11, Chez le vendeur de machine à laver », 4 pages. Antoine aménage son appart…

Ok. Quelques chapitres courts, pour mettre du rythme, ça peut passer – histoire de ménager le temps de cerveau disponible – mais comme les antibiotiques, ça doit pas être automatique. Quand on étire des événements en cherchant le rythme à tout prix, ça se voit, ça commence à faire énumération plus que prose : artificiel et agaçant. Antoine enchaîne les passages obligés du jeune divorcé de manière presque mécanique (Ikéa, c’est laid, les banquiers, c’est filou, et la société de consommation, c’est nul). Nous, on est même pas arrivés à la moitié du livre qu’on se demande si on est pas dans Martine va à la plage.

Un nom connu : check

Le darwinisme culturel est ainsi fait qu’il est plus facile de monopoliser les rotatives et les médias quand on s’appelle Loana ou Xavier de Moulins, et tant pis pour le reste de la meute. Avoir un nom, vous voyez, c’est déjà une partie du boulot marketing de faite, via PurePeople par exemple. Bon, on va pas refaire le monde et encore moins demander à Xavier d’abandonner sa particule, mais appréciant « Paris Dernière » jusque dans notre petite ville de Provence, ça fait mal de se dire que sans ce patronyme là, Un coup à prendre passerait totalement inaperçu.

Dans le genre premier roman, on avait préféré Comment je n’ai pas rencontré Britney Spears

Lire aussi : Sur le même thème, Somewhere, drame de la demi-star. Dans la même catégorie, Houellebecq : à ne pas revendre sur Ebay
Un coup à prendre, de Xavier de Moulins, Au diable Vauvert, 17 euros

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1 commentaire

    bcolo  | 20/01/11 à 19 h 16 min

  • Les bédos ? C’est quoi ?

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