Zinc Editions : au fond la forme

01/04/11 par  |  publié dans : Livres, Romans | Tags :

En ces premiers jours de printemps, vous vous extasiez à la vue d’une pâquerette qui a transpercé le bitume ? Vous êtes donc prêts à recevoir ce breuvage Made in Zinc Editions. Avant de rencontrer son éditeur, Envrak s’attarde sur trois œuvres de leur catalogue éclectique et original; surprenantes et bougrement intéressantes autant dans les choix que les formats.

Sur la PISTE DE LouP DES CARPATHES

Igor KRALIK

Couverture réalisée par Igor Kralik

Tel un premier jet, c’est un texte raturé, gribouillé, annoté et baignant dans son jus qui nous est présenté volontairement dans cette œuvre. Ce choix du “non lissé” est pour le moins pertinent. L’auteur, sans pudeur ni faux semblant, dévoile ses états d’âme de slovaque Sans Domicile Fixe, qui vagabonde dans les rues froides et pas toujours bien fréquentées de Paris “la lumineuse”. Avec un langage simple, ou plutôt, “grâce” à sa maîtrise approximative de la langue française, Kralik plonge le lecteur dans un malaise exacerbé par la puissance de ses mots/maux. Comme un journal intime, il décrit en quelques lignes l’instinct de survie, la solitude, les effets secundaires, les reflex de sa defence… Pas d’amertume dans ses propos, mais un regard aiguisé sur le monde de la rue. Les illustrations, qu’il a également signées, ont toutes leur importance; la puissance des couleurs ne fait qu’accentuer la rudesse des propos et des situations. De l’encre noire, du jaune moutarde, du rouge sang, quelques touches de bleu aux pastels à l’huile. La force à l’état brut. Des traits instinctifs, pour des arrêts sur image tristement sincères. On se laisse attendrir par ce « loup de la rue », tout en pensant à la fin de la trêve hivernale qui vient d’en jeter d’autres sur le pavé…

CAPACITE DE COMBATTRE JUSQ’AU BOUT, Igor Kralik

« COMPAGNIE FEMININE : Il as refuser, depuis le début de son aventure dans les rues de Paris, compagnie féminine. Il avais peur, que ça le déconcentre dans son combat pour devenir comme avant. »

Kralik a eu plusieurs vies avant de se retrouver dans la rue : fils d’un riche industriel, joueur de Hockey professionnel puis chef d’entreprise, suivant le chemin de papa malgré lui … C’était la belle vie avant la crise qui finit par le pousser sur les trottoirs de Paris avec seulement 50 € en poche. Artiste refoulé, la rue sera son tout premier atelier. Son talent inné et son envie de s’en sortir feront le reste. Il se relèvera, lui qui, bridé jusqu’alors, se découvre des talents de peintre et d’écriture qui le conduiront bien au chaud sous les projos des galeries d’art parisiennes.

Naissance d’une

Olivier Apprill, Armelle Ritter

La 13ème édition du Printemps des Poètes, c’était du 7 au 21 mars dernier. Pour ceux qui seraient passés au travers, voici un bel exemple de poésie contemporaine.

Illustrations d’Armelle Ritter

20 poèmes, 20 intrigues, 1 point commun, ou plutôt “une”. Mais qui est-elle ? Tout au long de ses poèmes, Olivier Apprill semble vouloir nous la décrire si parfaitement… Ses émotions, ses actions, ses travers, en long, en large. Et pourtant le doute persiste. Au fil des mots on se surprend à laisser voguer notre imagination. On fantasme. Mais qui est-elle ? N’est-ce pas cela la magie de la poésie ? La liberté totale. Les mots défilent; tous semblent être savamment orchestrés dans un texte très rythmé. Des jeux de syllabes, de sonorités et une accumulation de mots rendent la lecture parfois haletante, à en donner presque le tournis. Puis les phrases s’allongent, on prend le temps de s’en imprégner. On s’attarde alors davantage sur les illustrations à l’encre noire d’Armelle Ritter, qui peuvent surprendre au premier abord par la force de leurs traits. Et on finit par se laisser prendre. On cherche des formes familières qui seraient autant d’indices pour dévoiler qui “elle” est. On rêvasse…
Naissance d’une ,c’est une œuvre qui se mérite. On y retourne souvent, on fait des pauses, puis on reprend ; on relit le poème précédent, on se plaît à y trouver de nouvelles subtilités. Drôle de sensation, tout groggy que l’on est. On reprend son souffle, et l’on se rend mieux compte de l’expérience qui vient de nous être offerte. Une chose est sûre, on s’en souviendra !

Encre d’Armelle Ritter, extrait sonore lu par Olivier Apprill, ici

Amère Baltique

Laurent Peyronnet, Fred Moret

Photomontage de Fred Moret

Envie de faire plaisir et surprendre un amateur de polar ? Envrak vous conseille de lui offrir, ou plutôt de lui envoyer Amère Baltique. Un format vraiment plaisant et plus qu’original pour ce polar écrit en 7 cartes postales. La curiosité du destinataire sera attisée par l’intrigue qu’il lira jour après jour ; la chute pour le moins inattendue, digne d’un bon film à l’américaine, le fera sûrement sourire. Il se plongera tour à tour dans la peau d’un détective et dans celle de son commanditaire, le faisant voyager entre Stockholm, Tallinn et Saint-Pétersbourg dans un milieu mafieux à souhait.

«Saint-Pétersbourg, le 10 janvier
Monsieur,
Vous avez frappé à la bonne porte, les enquêtes généalogiques sont ma spécialité. Comme convenu, j’ai trouvé les documents à l’hôtel Kamp d’Helsinki, et j’ai donc quitté l’excellent confort de ce palace finlandais pour les moins vingt degrés de l’hiver baltique. J’ai embarqué sur le train Sibelius, le même qui ramena Lénine en Russie à l’aube de la révolution, et j’ai lu votre lettre. Comme vous le souhaitez, nous correspondrons à présent par cartes postales, en touristes, pour plus de discrétion. (…)»

Le style d’écriture est direct, correspondance oblige, et ultra fluide. L’intrigue, intelligemment menée empêche de décrocher de la première à la dernière carte. Le graphisme des illustrations quant à lui est tout simplement énigmatique. Sous forme de collages d’images et de phrases choc empruntées au texte, les visuels sont de vraies chasses au trésor que l’on s’amuse à scruter pour y dénicher le moindre indice. La curiosité enfantine prend le dessus, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Saint-Pétersbourg, le 25 janvier. Mon chéri, Bravo pour ton “poison”

Lire aussi : l’interview de Frédéric Moret, éditeur de Zinc Editions

* Sur la PISTE DE LouP DES CARPATHES, Igor KRALIK, 16€ (http://www.igorkralik.com)
* Naissance d’une, Olivier Apprill, Armelle Ritter, 18€, format plié 28 X 14 cm
* Amère Baltique, Laurent Peyronnet, Fred Moret, 7€, format 220 x 110mm

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