Breaking Bad

02/05/09 par  |  publié dans : Médias, TV | Tags :

La dernière pépite des séries télé US, à découvrir fissa.
Pas un foyer qui ne suive sa ou ses séries régulières, pas un média sérieux qui n’ait monté sa rubrique spécialisée… Drôles, inventives, iconoclastes, très bien écrites et réalisées, on en finit plus de faire les yeux doux aux séries américaines.

Par chez nous, Canal + tente des one shots de qualité forcément limités par le marché (exports à l’international insuffisants) et TF1 s’embourbe dans une politique sérielle inepte (Les Experts et les remakes des Experts partout, l’innovation française nulle part). C’est paradoxalement d’Hollywood que vient le salut des adultes normalement constitués et fatigués qu’on s’adresse à eux comme à des gamins de 12 ans ou à des ménagères qu’il ne faudrait surtout pas choquer, de peur qu’elles en oublient d’acheter leur lessive.

Dernière petite pépite en date : la série Breaking Bad, deux saisons et une vingtaine d’épisodes sur la chaîne câblée AMC, à découvrir en ce moment sur le P2P avant une prochaine diffusion sur… Arte.

Breaking Bad, ou bien “Péter un boulon” (et passer du mauvais côté) c’est ce qui arrive à Walt, prof de chimie dans un lycée tranquille, quand il apprend qu’il a un cancer en phase terminale. D’un naturel réservé, Walt n’arrive pas à se résoudre à annoncer la nouvelle à sa femme enceinte et à leur ado, handicapé léger. Mais devant la perspective de devoir les abandonner, et à la faveur d’une rencontre avec Jesse, un ancien de ses élèves devenu dealer de drogue, il décide de mettre à profit ses connaissances des molécules pour se lancer dans la production de métamphétamine ou crystal meth’ (proche du crack, avec des effets dévastateurs).

Entre cavales dans le désert et embrouilles avec des crapules, Walt bascule peu à peu du côté obscur, repoussant les limites de son introversion naturelle pour se dévergonder et tenir tête aux racailleux qui jalonnent son chemin, sans toutefois jamais perdre son sens des responsabilités. Et ce quand bien même il apparaît de plus en plus compliqué de cacher son passe-temps à sa famille et son beau-frère, agent de la DEA (les stups fédéraux). Petit à petit, il se noue un étrange rapport père-fils entre Walt et Jessie, un bras cassé tombé du nid d’une famille upper middle class, rejeté par ses parents et doté d’une pauvre estime de lui-même.

De Malcolm…

A première vue on marche dans les traces de Weeds (sur Showtime, depuis 2005) avec un sujet brulôt et un personnage rebelle dont son friandes certaines séries du câble. Mais Breaking Bad détonne et surpasse nombre de ses consoeurs par des qualités rares et précieuses.

Le personnage principal devant mourir à plus ou moins court terme, a priori, on ne risque pas de voir la série frappée du syndrome “respirateur artificiel” qui la maintiendrait en vie X saisons au mépris de toute cohérence créative (voir X-Files, prolongée bien au delà de son acmé, et dans une certaine mesure Lost). En soupesant ce postulat de départ, très excitant, le spectateur est d’emblée amené à lire les arcs narratifs entre les lignes :

Jusqu’où Walt sera-t-il prêt à aller ?
Qui de Jessie ou de Walt sauvera l’autre ?
Combien de temps Walt pourra-t-il cacher ses activités à sa famille ?
Comment tout cela va-t-il se terminer ? En taule ou six feet under ?

Dans le rôle de Walt, une composition stupéfiante de Bryan Cranston, connu chez nous pour le rôle du père neu-neu/fou-fou/cabot dans la série Malcolm (une sorte de Simpsons live longtemps diffusé sur M6). Dans Breaking Bad, visage marqué, limite buriné, crâne rasé, la transformation d’un personnage à l’autre est remarquable (rôle couronné d’un Emmy du meilleur acteur l’année dernière).

…à Breaking Bad. Ca décoiffe.

Fait exceptionnel, la réalisation impressionne tout autant par ses ambitions. La durée des scènes, poussées jusqu’à leur point de tension optimal, leur recherche formelle tiennent moins de la narration télévisée – où tout est répété deux fois, l’image redondante des dialogues – que du long-métrage d’auteur. On pense à Haneke, la manière de faire durer la crise à l’extrême en un long plan, ou encore à Half-Nelson, avec qui Breaking Bad partage quelques trucs de caméra et de montage (et une thématique prof-drogue-élève). C’est bien simple, il ne nous vient à l’esprit aucune série actuelle qui fasse cet effort là, de laisser ses personnages et son sens se révèler dans des interstices à interpréter.

Excellente mise en scène donc, excellente écriture – mais qui s’en étonnerait ? – excellente surprise que de voir débouler une série noire comme un fond de bong pas lavé depuis des lustres. De très bon augure pour le remake du Prisonnier produit par la même chaîne – puisqu’il faut se résigner à le voir remaker.

Breaking Bad est à découvrir d’urgence (deuxième saison en cours, une saison 3 déjà annoncée).

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Pas de commentaire

    Emilie  | 06/05/09 à 10 h 33 min

  • cette série est réellement époustouflante et chaque minute est délectable tout autant que surprenante… que viendrait dans cette histoire un groupe “folklorique” mexicain? un acteur remarquable bref à vos P2P!

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