C’est bon, la honte : 90′ d’Enquêtes Exclusives

11/09/11 par  |  publié dans : Médias, TV | Tags : ,

J’ai honte.

  

J’ai traîné mes guêtres dans les cuisines des restaus chinois les plus miteux. J’ai travaillé avec la douane, et fait tomber un trafic de mayonnaise contrefaite. J’ai pécho un nombre incalculable de mules aux aéroports, je suis incollable en amants maléfiques, en drames familiaux, virées sanglantes et en casses des années 80. J’ai démantelé des sweatshops en plein Paris et confondu des serruriers escrocs. J’ai côtoyé la BAC dans ses interpellations musclées, je tutoie les gendarmes de Saint-Tropez, j’ai passé mon brevet de premiers secours avec les pompiers de Paris, et fait tomber des marchands d’huile d’olive frelatée sur la Côte d’Azur. De nuits “à haut risques” aux plages “sous haute tension”, les “dessous de la nuit” et les “pièges de l’été” n’ont plus aucun secret pour moi.

Je regarde Enquête d’action. Ou bien Enquêtes exclusives. Ou 90′ enquêtes. A moins que ce ne soit Appels d’urgence ? Elles se ressemblent toutes, au titre et au sujet près, leurs présentatrices des déclinaisons également bonnes et lisses : petites filles dévoyées et interchangeables de Charles Villeuneuve, qui présenta en son temps Le droit de savoir. Autant de “magazines” qu’on imagine co-montés par le ministère de l’Intérieur, tout à la gloire de la police et de l’ordre quotidien. C’est pondu et rediffusé au kilomètre, au point qu’on soupçonne les producteurs de se refiler les images d’une émission à une autre : “tiens, tu m’échangerais une interpellation de camé sur les Champs contre un car-jacking à Marseille ?”.

C’est ma rubrique “nécro” à moi, ma petite page des chiens écrasés, mon shot de fait div’ d’amour. En début de soirée, ou plutôt en retour de soirée, ça passe nickel, je suis paix et amour envers mon prochain, si faible, si humain : le fêtard du samedi soir qui s’est pris une bouteille sur la tête, le touriste qui s’est fait avoir sur la provenance de son camembert basque par un forain véreux… ecce homo. Mais après quelques heures de ce régime – (à raison de 2 épisodes de 90′ enquêtes à la suite = 3h), je pourrais aussi bien être en re-descente d’ecstasy que ça me ferait le même effet : l’oeil torve et la bave aux lèvres, je relève discrètement un pan de rideau pour observer la rue, et vérifier qu’aucun jeune à capuche ne tente de piquer la boîte aux lettres de ma voisine Jeanine.

De “ces français qui trichent” aux “nouveaux justiciers de la route”, le vice est ma maison.

J’ai honte.

C’est bon, la honte.

(Illustration : P-A)

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