Dexter, le tueur de ces dames

02/01/08 par  |  publié dans : Médias, TV | Tags : ,

Miami, l’une des capitales américaines du fric et de la beauté taillée à coups de chirurgie esthétique. Dexter Morgan est expert médico-légal spécialisé dans le sang, le nerd de service transparent pour ses collègues. Il entretient une relation platonique avec Rita, divorcée d’un mari mis en taule pour l’avoir tabassée elle et leurs deux enfants. Avec sa tête de vainqueur, Dexter a des airs de gendre idéal. Ne vous y fiez pas. Dexter est un tueur en série redoutable, qui n’aime rien tant que de découper ses proies en morceaux avant de les balancer dans un sac poubelle au fond de l’océan. Incapable de ressentir la moindre émotion, sans amour et sans haine, il est tout simplement en proie à des envies de sang irrépressibles. Sa particularité : il a été entraîné par son père adoptif, flic, qui a deviné très tôt son goût pour le sang et l’a astreint à un « code » de conduite : ne jamais se faire prendre, et ne tuer que ceux qui le méritent – violeurs d’enfants et meurtriers eux-mêmes. Dexter en a ainsi supprimé des dizaines…

La saison 2 de Dexter s’est achevée en décembre dernier sur Showtime (chaîne câblée et lieu de résidence de Weeds et Californication) aux Etats-Unis par un finale particulièrement attendu. La série a régulièrement obtenu des scores d’audience au top. Au point qu’elle devrait être rapatriée la rentrée prochaine sur la grande sœur de Showtime, CBS (lieu de résidence des Experts). En France, c’est Canal qui assure la première diffusion, avant que TF1 ne prenne le relais incessamment sous peu.

Une bonne tête de vainqueur, m’enfin on évitera de le lui dire…

On aime Dexter pour tout un tas de bonnes raisons, malgré tout un tas de gros défauts.

Déjà, comme Envrak fait les choses bien, on a d’abord apprécié les trois romans originaux de Jeff Lindsay : Ce cher Dexter, Dexter revient (Le Seuil), et Dexter in the Dark (pas encore traduit en français à ce jour). Et on est tombé sous le charme de ce personnage « héros » que la morale la plus élémentaire réprouve, mais qu’on est par ailleurs tout à fait disposé à aimer. Que ceux, au résumé d’un fait divers particulièrement horrible, qui n’ont jamais entendu une petite voix leur souffler que le responsable mériterait ou qu’on lui coupe les c… ou une balle dans la tête, lui jettent la première pierre.

Il est le vengeur masqué, cette petite voix qui répare ce que les insuffisances de la justice sont incapable de punir, un sombre héros au sens Batmanien du terme. Et en même temps il y a là un sous-texte si américain et grossier – ce n’est ni plus ni moins qu’une justification de la peine de mort – qu’on passe les premiers épisodes de la série à se sentir légèrement nauséeux d’adhérer au personnage.

Par ailleurs, Dexter est un père de substitution doué avec les enfants de Rita, il fait son boulot avec zèle (c’est là qu’il pioche ses futures victimes). Il conspue la politique de Bush. Et puis il a des circonstances atténuantes. Tout môme, il a assisté au meurtre sauvage de sa maman et est resté deux jours à baigner dans son sang avant que les flics – dont Harry, qui décidera de l’adopter – ne viennent le trouver. De quoi lui bousiller le cerveau.

Les romans, narrés à la première personne, sont empreints d’un humour à la fois noir et piquant (witty), et tiennent autant du thriller que de l’étude de personnage. Ils se lisent avec plaisir, même si les intrigues sont faiblardes et Jeff Lindsay écrit avec les pieds.

Surtout, il se montre incapable de tenir les rênes de son personnage sur la durée. Car bien qu’il s’en défende et clame à longueur de pages que les humains sont de drôles de figures pathétiques, Dexter ne tarde pas à se découvrir une âme.

Sa libidio atrophiée ne restera pas longtemps insensible aux charmes de Rita. Et son dédain pour les passions et faiblesses bassement humaines ne fera pas long feu quand sa sœur adoptive, Deborah, sera elle-même sous la coupe d’un tueur en série. Ni Hannibal Lecter, ni Patrick Bateman, mais plutôt Frankenstein. Ok, c’est un ressort dramatique intéressant que de savoir comment la « créature » va s’engager sur le chemin de l’humanité, concilier son besoin de tuer avec son taf et la petite vie de famille qu’il construit avec Rita. N’empêche qu’au bout du troisième bouquin, Dexter continue de revendiquer sa pseudo insensibilité, et ça finit par taper sur les nerfs. Bref, si les romans réservent quelques surprises (dont un élément tellement politiquement incorrect qu’on ne le verra hélas jamais dans la série), on n’ira pas se jeter dessus à moins d’avoir un long voyage à occuper.

Le casting est toujours un élément primordial de la qualité d’une série.

La série pâtit elle aussi d’avoir le cul entre deux chaises, entre un personnage qui dans une version rêvée aurait pu être un observateur privilégié de nos tribulations et de la société américaine (quoi que cet aspect là soit déjà très présent dans les séries actuelles), et les lois sérielles qui le condamnent à évoluer (character arc) pour en faire un personnage « attachant ». Tout en lui faisant subir les pires incongruités pour maintenir l’intérêt du spectateur. Voir entre autres le retour de l’ex-mari de Rita, opportunément sorti de taule pour apporter son lot d’emmerdes, puis la venue de sa mère, deux évènements qu’on a du mal à qualifier autrement que comme très Desperate Housewives, très rebondissement cul-cul ou encore « vous vous endormiez ? Regardez ce que je sors de mon chapeau de scénariste ! ». Ce sont ces ratages d’écriture patents qui font paradoxalement le sel de la série, entre un personnage qui demande à aller dans un sens et ses démiurges qui le poussent dans un autre.

Dexter est remarquablement interprété par Michael C. Hall (découvert dans Six Feet Under en croque-mort homo), qui apporte ses airs d’enfant de chœur/brave gars et sa voix grave au service d’un personnage tout aussi charismatique que dans les livres. Il est l’intérêt principal de Dexter, une présence introspective en apesanteur qu’on accompagne avec effroi et délectation. Impressionnant. Il faut souligner aussi le travail du reste du casting. On apporte une mention spéciale au rôle de la sœur adoptive de Dexter, Deborah (Jennifer Carpenter), dont le langage de poissonnière qui mitraille les fuck contraste avec ses airs juvéniles, et à Doakes, nemésis de Dexter car seul flic à soupçonner sa vraie nature. Et on est soufflé par Rita, incarnée par Julie Benz. Dans le roman, sa présence est réduite à la portion congrue, et on l’imagine facilement sous les traits de Shelley Duval dans Shining de Kubrick (c’est à dire le rôle de la mère de Dany, vous suivez ?).

Là où son personnage aurait donc facilement pu être tête à claques, Benz joue dans la série l’équilibre parfait entre la fragilité/la douceur d’une femme violemment meurtrie, et la force nécessaire pour tenter de reconstruire sa vie et garder l’homme qu’elle aime. Le tout en conservant miraculeusement un indéniable sex-appeal (on vient d’ailleurs de faire une recherche d’images avec le filtre adulte désactivé – on revient dans 5 minutes, le temps de se remettre). Sa présence est essentielle, elle est le pivot autour duquel évolue Dexter.

De Rita à Julie, ça zoom dans la Benz…

Enfin, il faut reconnaître qu’en dépit d'”hénaurmes” facilités d’écriture, les scénaristes sont autrement plus doués que Jeff Lindsay. Alors que la première saison reprend l’intrigue du premier roman, la deuxième vole de ses propres ailes en insistant sur la lente transformation de Dexter de psychopathe exclusivement rationnel et calculateur, en tueur muni d’un supplément d’âme et déterminé à s’assumer comme psychopathe ET ayant droit au bonheur.

L’arrivée du personnage de la vénéneuse Lila (si elle entraîne, encore, un certain nombre de maladresse irritantes) et la confrontation de Dexter avec Doakes – inévitable – poussera les scénaristes à proposer leur propre explication du Code d’Harry, l’héritage du père adoptif, source et remède de tous les maux Dexteriens. C’est sans conteste un exemple comme un autre que l’œuvre transposée sur le petit écran a largement enfoncé son modèle « littéraire ».

Dexter est donc voué à passer d’une audience jusque là limitée mais solide (Showtime) au grand bain de l’Audimat (CBS). Les créateurs ont averti qu’il y aurait des ajustements inévitables. Les fans se demandent déjà si le ton de la série y survivra. A vrai dire, on a des doutes. Mais en attendant, Dexter vaut le coup d’œil.
Sources photos : Showtime via Celebutopia.com et Fhm.fr

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4 commentaires

    Elena  | 02/01/08 à 17 h 53 min

  • Je suis passée sur votre webzine par hasard et vous avez mes félicitations!C’est très bien faite!En plus j’ai décidemment beaucoup aimé ton article,tu écris très bien!La Iere série de Dexter vient de s’achever en Italie (oui,je suis Italienne)et j’ai franchement adoré ce personnage!Je trouve qu’il a été très bien construit,et l’acteur est génial.Malheureusement mon anglais nul m’empeche de lire les bouquins mais j’avais lu qu’il y avait pas mal de – nécessaires – différences,notamment la fin de la Iere série.J’attends donc la suite avec impatience…:)
    Encore mes félicitations!

    Elena depuis Venise!

  • Dolly  | 06/01/08 à 10 h 58 min

  • Alors, vous le savez je suis fan de tout ce qui se rapporte aux tueurs en série; je devrais donc être logiquement fan de cette série. Et bien non ? Quelque chose me gène dans cette série. Peut etre parce que l’esprit n’est pas assez noir ? Que pour moi un tueur en série c’est un vieux vicieux et pas un beau mec ? Je sais pas …

  • Boud  | 09/01/08 à 14 h 22 min

  • Beau mec… faut le dire vite

  • Bazarboy  | 22/01/08 à 10 h 10 min

  • dexter c’est de la dynamite.
    Un peu eu peur au mlieu de la 2éme saison, mais sur la fin ça se ratrappe bien (comprendre : on retrouve le Dexter que l’on aime : tueur)

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