GTA quoi ?

02/06/08 par  |  publié dans : Jeux Vidéo, Médias

6 millions de jeux vendus en une semaine pour 500 millions $ de chiffre d’affaire, je suis, je suis… ?
C’était annoncé depuis des semaines par un énorme buzz, un marketing puissance 10 : fin avril, GTA IV serait LE produit culturel à posséder. Tant et si bien qu’on a fini par se dire qu’on allait se le prendre. Il faut ici mesurer l’importance de la chose : pubophobe au dernier degré, on avait en plus pas franchement été emballé par le concept GTA Vice City, joué en vitesse en bac à sable avec les codes triche, juste pour le plaisir de provoquer des courses poursuites et fusillades sans fin avec les flics. C’est donc que le bourrage de crâne a du être sacrément convaincant. Ou qu’on a suivi les avis unanimes des critiques (on aime bien les critiques, ici). Ou encore pour le simple plaisir de participer à la masse, pour une fois. On a apparemment pas été le seul dans ce cas, puisque le jour venu on a beau avoir fait 4 magasins et téléphoné à un 5ème, pas de GTA IV, fallait avoir réservé.

Rappelons que GTA à la base, c’est une petite frappe qui doit se frayer un chemin dans l’échelle sociale à coups de flingues, de deals de dope, de braquages en tous genres. Les flics font office de trophées de chasse, les os des passants sonnent particulièrement bien sous les pneus de voitures volées lancées à toute berzingue. Et on s’amuse bien avec les prostiputes avant de les tabasser pour leur piquer leur recette.

Objet de controverses et de critiques sans fin de la part des associations de familles et des gardiens de la morale – on se souvient du ramdam provoqué par l’inclusion « pirate » de séquences de jeu porno dans Vice City – la série des GTA s’est imposée dans la psyché des gamers comme un incontournable du jeu adulte et fun à la fois. Ce IV ème opus, donc (en fait le 9ème jeu de la série, allez savoir), est présenté comme la chapelle Sixtine. Mais qu’est-ce que c’est-il donc pourquoi ?

GTA revient, et il est pas content

Je vais te faire une proposition que tu peux pas refuser

GTA IV est un jeu de dernière génération de consoles. L’écart avec les Playstation 2 et Xbox est flagrant, les personnages gagnant en crédibilité dans leurs mouvements, et surtout leur apparence est débarrassée de l’effet anguleux et carré qui les caractérisait auparavant. La puissance de la Xbox360 et PS3 est telle que, couplés à un écran HD, les jeux sont vraiment devenus très agréables à l’œil. Là-dessus, GTA IV est l’un des rares jeux à posséder un trait, une identité visuelle propre, réaliste et cartoon à la fois – on pense au film A scanner Darkly par exemple. Même le ma-gni-fique Assassin’s Creed, à côté, fait limite transparent.

Cela fait un sacré bout de temps que les jeux vidéos sont sortis du modèle « La princesse a été enlevée, il faut aller sauver la princesse ». Sachant ça, GTA IV fait un effort particulier sur le scénario. Soit Niko Bellic, fraîchement débarqué des Balkans à Liberty City (New York revisitée) sur l’invitation de son cousin Roman. Niko réalise d’emblée que Roman lui a raconté des craques, c’est loin d’être la belle vie, le cousin vit dans un cloaque et gère une station de taxis miteuse. De coups fumants en rencontres, Niko réclame sa part d’american dream en tirant Roman derrière lui. Écrit comme ça, on dirait pas, mais selon ses auteurs le scénario ferait plus de 1000 pages. Les très nombreuses missions sont chacune introduites par une cut scene (ou cinématique) généralement très bien réalisée. Et si on n’échappe pas toujours aux clichés, si la psychologie a des ratés, force est de reconnaître que les personnages ont une consistance bienvenue. De même, les dialogues n’ont rien à envier à un (bon) film hollywoodien. Même réfractaire à la mythologie gangsta-neomafia-loi de la rue-fuck, on prend beaucoup de plaisir à suivre l’histoire. Mais ceci n’est rien que la partie émergée de l’iceberg.

Une avalanche de détails, de la vie partout où on pose les yeux

Des châteaux de sable en Amérique

Divisée en quatre îlots principaux, Liberty City est immense et regorge de vie. Quand on dit “immense”, c’est que chaque îlot a ses quartiers, chaque quartier a ses rues, chaque rue ses immeubles, chaque trottoir ses passants, le tout modélisé avec beauté. L’un des éléments clés du succès de GTA est le mode “bac à sable”, c’est-à-dire ouvert, qui autorise la libre circulation du personnage un peu partout en choisissant de suivre l’histoire quand on veut ou de faire des missions annexes. Ici, on peut prendre des heures et des heures rien qu’à explorer la ville. La circulation et le comportement des habitants changent selon le temps et le moment de la journée, et on assiste à des scènes et des bouts de vie saisissants. Certains fument, d’autres lisent le journal, on croise un saoulard ou un prédicateur des rues, une ambulance passe en trombe, un flic poursuit un jeune délinquant, un balayeur des rues va travailler… on a tantôt l’impression d’être dans un film, tantôt l’impression d’appartenir à un monde doté de son autonomie et son incertitude propres – par opposition à la trame ultra dirigiste d’un jeu classique.

Société du spectacle

Outre les missions qui font avancer le jeu, les possibilités offertes à Niko/au joueur sont immenses. Années 2000 obligent, téléphone portable et internet font désormais partie de la panoplie GTA. Au gré des rencontres, on a tout le loisir d’entretenir des amitiés et aller se divertir (!) en deux coups de portable et de voiture volée.

Un appel à Untel pour lui proposer d’aller se saouler et c’est parti pour une virée au rade le plus proche. Une ellipse plus tard, en sortant complètement défoncé, tout tangue, tout est trouble, le personnage titube et s’écroule au moindre faux pas, et on a le choix entre attendre que ça se passe ou prendre une voiture pour ramener notre comparse. Conduire dans ces conditions relève de l’inconscience et du masochisme pur, la voiture chassant à droite et à gauche, les flics guettant la moindre occasion pour bien vous faire comprendre qu’entre boire et choisir, il faut conduire (ou quelque chose comme ça). Et on risque, soi même, le mal de crâne.

Un appel à UnAutre, et nous voilà dans au bowling ou aux fléchettes pour des mini jeux pratiquables à loisir. Notre préféré étant le billard, particulièrement fun et réaliste : on peut choisir l’endroit où viser, l’angle de tir, le point de vue… et y passer des heures. Comme on peut aussi passer énormément de temps dans un cyber-café à surfer sur internet pour envoyer des mails, trier ses spams, répondre à des petites annonces sur le Meetic local, visiter des sites d’échanges de vidéo, acheter des sonneries pour personnaliser son téléphone. Et si on s’ennuie vraiment, on peut rentrer chez Roman et Niko regarder des petites émissions à la télé (!) ou aller faire un tour dans une boîte à strip-tease pour un lap-dance.

C’est un peu comme si le cinéma de James Gray ou si Les Promesses de l’Ombre de Cronenberg avaient fusionné avec Les Sims.

Allez, c’est décidé, ce soir je vois si les Américaines sont bonnes au pieu

Tu veux monter prendre un café?

Personnellement, on s’est senti tout chose lors de cette session où on a enfin réussi à séduire Michelle (qui nous a été présentée par Mallory, la copine de Roman). On l’avait déjà emmenée aux fléchettes, au bowling, au billard. A chaque fois, en la ramenant chez elle, on a eu le choix entre lui dire au revoir avec un chaste baiser ou tenter sa chance. Ce jour là on avait accompli une mission éprouvante, on avait du sang sur les mains.

Alors le soir venu, on a décidé de faire les choses bien et on a emmené Michelle au restau. En sortant, elle a avoué avoir passé un très bon moment. Et ce coup-ci on a choisi “tenter sa chance”. S’en est ensuivi une scène hélas pas explicite, mais évocatrice et rigolote et Niko est ressorti de chez sa belle quelques heures plus tard, la barre de vie remontée à bloc. Pour fêter ça, on a téléphoné à Roman et on est allé faire la tournée des bars. En rentrant, on a du semer les flics, on a explosé sa voiture, on est allé se coucher fourbu, mais heureux.

Troublant, stimulant, diablement chronophage (sans compter le mode multijoueurs en réseau et sa quinzaine de variantes), bigger than life. Alors si les défauts sont légion (bugs et aberrations de comportement qui empêchent l’immersion totale) et si on n’ira pas dire que GTA IV illumine notre vie, au moins faut-il reconnaître qu’on n’a pas envie d’acheter d’autres jeux avant un moment.

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1 commentaire

    Rubz  | 03/06/08 à 8 h 27 min

  • Très bon article ! Ha il est loin le temps du petit GTA en 2 D sur le pentium 200mghz de l’oncle qui avait pu se payer un pc ! ;o)
    J’vais ptet me remonter une config moi et reprendre une vie de no life ;o)

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