Maison-Close, une série Studio Canal

02/12/10 par  |  publié dans : Médias, TV | Tags :

Elles sont belles, intelligentes, drôles et surtout: elles sucent bien. Mais elles ne sont finalement pas que ça. Et c’est Canal+ qui veut nous en convaincre. C’est à se demander comment Jacques Ouaniche, dans l’océan bien pensant de l’univers audiovisuel français, a réussi à convaincre un diffuseur.

Maison-Close, de Mabrouk El Mechri (JCVD) est une série qui parle d’une étrange espèce: les femmes de tous les hommes, les tapins, les joueuses, les filles de joie, bref les putes.
Mais surtout c’est vraiment une série de fiction SUR les putes.

Difficile de faire le “pitch” sans dévoiler l’intrigue, sans vendre les belles recettes trouvées par les scénaristes.

Essayons tout de même:

Paris 1871, alors que le désordre de la Commune semble en voie de normalisation, que les Versaillais achèvent enfin de dépecer le résidu de fédéré au cimetière du Père-Lachaise et qu’Adolphe Thiers peut commencer à savourer un repos bien mérité, Hortense Gaillac doit retaper son établissement de luxe, remettre de l’ordre au sein de ses équipes et de nouveau proposer à une clientèle chic des poules à la hauteur de sa petite entreprise.

Bon. Vu comme ça, Maison Close pourrait passer pour un documentaire historique sur la nécessaire et juste remise en ordre de Paris après le sombre épisode de la Commune.

Pourtant, Maison Close est une série sur autre chose. Une série qui évoque cette belle époque française d’un Paris aussi dégueulasse que brillant, d’un pays aussi perdu que fascinant. Le tableau ne pourrait être parfait si au cœur de ce territoire mythique le Paradis n’hébergeait pas en son sein un bataillon de poules profilées avec intelligence pour les besoins du récit.

Qui sont ces gueuses ? (les vraies, pas l’odieuse république régicide…)

Hortense Gaillac, la “macasse”. Un chef d’entreprise moderne (au sens premier), bien plus sexe que Laurence Parisot, bien plus lesbienne que Catherine Lara et bien plus marketing que Steve Jobs. Elle tient son bordel d’une main de maître et porte finalement autant d’attention à son outil de travail qu’à la tenue de son établissement. Le commerce, c’est exigeant.

Véra, la superpute. Personnage saphique, Véra est belle, mûre et favorite d’Hortense. Elle rêve d’être libre, consciente que le turbin ne paye plus à l’approche des 40 ans. Véra a son baron: un jour il la sortira du nid, il lui fera des enfants. Véra est chanceuse, son avenir se profile vers une prostitution intégrale: en un éclair elle peut passer du “plein d’hommes chaque soir” à “toujours le même” ! Et pour une somme bien plus rondelette.

Rose, la mignonnette. Rose est jolie. Presque aussi jolie que cruche, elle recherche désespérément sa mère. Qui serait blanchisseuse ou domestique ou quelque chose comme ça… Sauf que la mère de Rose mène sa fille sur le pallier du Paradis. Blanchisseuse, peut-être que dans la Mayenne dont est originaire la jeune fille, on dit aussi comme ça…
Rose va donc rechercher sa mère mais finalement trouver les moeurs parisiennes de son époque.

Marguerite Fourchon, la gouvernante. Marguerite gouverne, c’est un fait. D’une main de fer. C’est la femme de confiance d’Hortense, la confidente des poules. Marguerite est de ces employés consciencieux qui feraient le bonheur de bon nombre de chefs de services de la Poste ou des impôts. Le comportement de Marguerite: c’est sa garantie à l’éternel titre d’Employée du mois au bordel. Et pourtant la mère Fourchon ne paie jamais de sa personne.

Les autres habitants de la maison sont: Angèle (la gentille-romantique amoureuse de son Boris, un communard parfois utile), Pierre (le frère d’Hortense) – un parvenu honteux qui aime les femmes de sa sœur d’un amour “pur”, Camélia la toxico…
Suit la masse des clients et individus recommandables ou pas qui seront amenés à se rendre au Paradis.

Parce que Maison Close c’est presque intégralement un huit-clos. Parce que Maison Close c’est un peu comme une comédie de Boulevard à qui on aurait enlevé le côté comédie et où le Boulevard se serait transformé en une place du XVème Arrdt. Et pourtant ça marche.
Le récit parvient sans aucune peine à dépasser la psychologie et l’écriture des personnages, les évènements s’enchaînent avec souplesse et le tout est sacrément réalisé.

Les mâles en manque de sensations seront peut-être déçus car la série réalisée avec maîtrise se pose comme sensuelle et l’omniprésence des corps féminins ne flirte jamais (ou presque) avec le gras. L’avantage c’est que les mecs en couple peuvent regarder ça avec madame sans avoir à dissimuler d’inavouables sentiments et en se préservant de toute pulsion vindicative de Monseigneur l’évêque.

Maison-Close est une des réussites du studio Canal. Canal se prend de plus en plus pour HBO et se met à faire de la “série de cinéma”. C’était pas trop mal tenté avec Mafiosa, réussi avec Engrenages et Carlos: avec Maison Close, le coup de maître est transformé. Julie Lescaut et Joséphine Ange Gardien tremblent sur leurs bases.

Maison Close offre à l’enfant de son époque un cinéma dynamique et propre tout en garantissant à l’esthète (ou à celui qui veut briller dans les salons où l’on cause) de solides clins d’œil à la qualité française: décors splendide, costumes au goût certain, réalisation efficace, bande son travaillée, personnages profonds (si j’ose dire).
Puis ça fume, ça boit, ça tape, ça parle avec gouaille… Il reste un morceau de France dans cette série. C’est assez précieux pour être souligné !
Difficile de ne pas se regarder ce maison sans fouiller dans son vieux stock de copies VHS sponsorisées par Arte pour retrouver Le Plaisir d’Ophuls et de se dire que la qualité française renaît peut-être en ce moment de ses cendres et que sans les intermèdes révolutionnaires-cuculs de la Nouvelle Vague on aurait pu continuer à faire – dans ce pays – du véritable beau cinéma de studio.

Bref une série à suivre, du début à la fin, plus pour le cinéma qu’elle met à disposition du spectateur que pour ses créatures callipyges et leurs hypothétiques philosophies dans le boudoir.

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