Pirat@ge: une leçon de hacking

14/04/11 par  |  publié dans : Internet, Médias | Tags : , , , ,

McGyver, une bouilloire, et puis un jour, Julian Assange : le docu Pirat@ge visite l’histoire du piratage informatique. Entretien avec son coréalisateur, Étienne Rouillon.

Résumer en images et en 75 minutes vingt ans d’une histoire souterraine et longtemps invisible : Sylvain Bergère et Etienne Rouillon ont visé haut pour leur documentaire Pirat@ge, une coproduction MK2 / France Télévisions, diffusée le 15 avril sur France 4 (et bientôt visible sur toutes les bonnes plates-formes de téléchargement). Limpide comme un épisode de C’est pas sorcier, Pirat@ge s’adresse aux curieux non initiés. Rencontre avec Etienne Rouillon, qui célèbre avec cette enquête son baptême du feu du documentaire télé.

Hacking, piratage… Comment y voir clair entre les termes ?
Etienne Rouillon : Dans le monde anglo-saxon ou en Allemagne, il n’y a pas de mot équivalent à piratage : on distingue la contrefaçon numérique, le hacking et la cybercriminalité. En France il y a six mois tu demandais à quelqu’un ce qu’était le piratage, on parlait d’Hadopi, donc de la contrefaçon numérique. Aujourd’hui on évoque Julian Assange, Twitter en Libye.
En partant de ce terme-là, hacking, un aspect apparaît peu dans le film, c’est la cybercriminalité. Bien sûr, on ne pouvait pas dire que le monde des hackers est juste beau et gentil, donc on a décrit la dimension criminelle en creux. De fait, on s’est davantage concentré sur les acceptions positives du mot hacking. On ne voulait pas entrer dans la panique totale du “On n’est pas maîtres de nos ordis, ces types peuvent rentrer partout et sont dangereux”.
La cybercriminalité est un sujet en soi qu’il faut traiter, de même que le logiciel libre. C’est cela le moteur même de notre travail : se dire qu’il y a des thèmes à approfondir.

Dans le documentaire, on passe d’un sujet à l’autre comme on cliquerait sur des liens sur une page web. Vous aviez cette volonté d’adapter la forme du film au thème ?
Une des idées était de montrer qu’il y existe un réseau entre les branches du hacking. Dans le film, on passe d’un fait à l’autre comme sur les onglets d’un navigateur où on se déplace comme on veut. J’ai aussi travaillé le film comme ça : avec une fiche Wikipédia ouverte, une page Facebook… En lisant un article celui-ci en appelle un autre, puis un autre, un autre, etc. Ensuite quand tout est ouvert sur le banc de montage, reste à faire le lien entre les différents éléments.
L’idée qu’on a, c’est de faire d’autres films pour creuser certains sujets. Là, on a juste montré le haut de l’iceberg.

Qu’avez-vous pensé du documentaire Gasland, qui aborde le problème du gaz de schiste ?
Ce qui est génial dans ce cas-là, c’est que le réalisateur a commencé seul, en partant d’une lettre qu’ont reçue ses parents. Puis il a remonté le fil sans personne, et ça il le montre bien dans le docu. Nous avons un peu adopté le même procédé : Je n’y connaissais rien au piratage, j’avais croisé certaines histoires sur Internet comme celle de Captain Crunch [un des premiers hackers, piratant des systèmes téléphoniques], mais pour moi c’était juste un nom sur Wikipédia. Et j’ai pensé que ce serait génial d’arriver à réunir tous ces mecs.

 

Derrière ce regard un poil allumé se cache un des fondateurs du hacking, Captain Crunch, pirate avant même que Steve Jobs n’apprenne à allumer un PC…

Comment aborder une réalité encore souterraine, et dont l’activité est en partie illégale, dans un documentaire télé ?
C’était toute la difficulté du sujet. Pour montrer le piratage dans un documentaire, il y a l’option de se baser sur l’actualité : filmer les Anonymous qui participent aux soulèvements dans le monde arabe, ce qui est tout de même très délicat, ou filmer un gamin en train de pirater le site de la Nasa. Dans ce cas c’est compliqué car on ne peut ni montrer le pirate, ni ce qu’il fait puisque c’est illégal. Du coup on se retrouverait à montrer un type flouté qui fait des trucs floutés, ça n’a pas d’intérêt. On a donc décidé de ne pas se baser sur l’actualité mais de trouver certaines images de piratage, et les personnes les plus à même d’en parler. Expliquer plutôt que montrer. Par exemple, les membres du Chaos Computer Club [communauté de hackers basée à Berlin], qui ont pignon sur rue, font parfois des choses illégales, mais dont le but, c’est de parler. Il y a des gens qui sont prêts à s’exprimer.
On a voulu vulgariser le sujet, et fournir les outils aux téléspectateurs pour comprendre ce qui se passe derrière ce mot, piratage.

Un individu qui décide de détourner un système, est-ce que ça peut être juste pour le plaisir technique ?
Ce qui unit tous les hackers, “méchants” comme “gentils”, c’est la jouissance d’avoir un objet entre les mains et de se dire : Je vais en faire ce que j’ai envie d’en faire. C’est ce que raconte Maghun [du CCC] avec son histoire de bouilloire : je veux faire chauffer mes saucisses, j’ai qu’une bouilloire, j’ai pas de casseroles comment je fais ? Je vais utiliser la bouilloire pour faire chauffer mes saucisses. On pourrait considérer cela juste comme une réussite pratique, j’ai réussi à manger c’est super. Mais en plus il y a un côté malin, MacGyver. Avec aussi beaucoup d’histoire d’ego : J’ai réussi à franchir le mur devant moi. La fascination qui entoure les hackers dans la société vient de là, car ils nous sont familiers aujourd’hui, mais ils parviennent à manipuler des outils d’une façon unique.

Difficile de croire qu’il n’y a pas d’idéologie, derrière ce détournement…
Quand on a abordé cette question avec un journaliste spécialisé, il nous a répondu que pour lui, le hacking est fondamentalement politique, mais que les hackers, eux, ne sont pas politisés. Les premiers hackers étaient souvent issus de la beat generation, avec un idéal un peu bab… J’ai l’impression que c’est l’exercice du hacking, c’est à dire le bidouillage d’origine, qui a généré un moteur commun. Ensuite, certains se sont politisés, d’autres non. Aujourd’hui le hacking a évolué dans des directions complètement opposées, Wikileaks d’un côté, Facebook de l’autre, Apple encore sur un autre plan.

Les hackers forment-ils un vaste réseau mondial ?
On s’en est rendu compte pendant le tournage. Lorsqu’on a été voir le journaliste Steven Levy, la veille on était avec Captain Crunch, il nous a demandé de ses nouvelles… De même face au prof du MIT qui portait un sweat à l’effigie du Chaos Computer Club, il savait qu’on était passés à Berlin. En menant ce genre d’enquête on entre dans un réseau de gens très accueillants. Il existe des connexions étonnantes qui sont très peu médiatisées.

 

 

De Julian Assange à My Major Company, on n’a pas changé de sujet ?
L’idée était de produire non pas une encyclopédie du hacking, mais d’initier et de donner des outils. Le film s’adresse au grand public. My Major Company est lié au hacking pris dans une acception large. Pour moi c’est un détournement d’un état de fait qui est qu’il faut repenser le système économique lié à la numérisation des biens culturels. Pourquoi on ne peut plus vendre la musique de la même manière, parce qu’elle est téléchargée illégalement. On en est là parce qu’en 99, on téléchargeait des chansons sur Napster ! MMC est un bon exemple d’une marche à suivre, de même que la réussite d’Itunes. C’était important de montrer que le hacking n’est pas fictif, qu’il concerne notre usage quotidien d’Internet.

Si votre film se retrouvait sur des plates-formes de diffusion illégales, comment vous réagiriez ?
C’était drôle, le soir de la projection au cinéma, sur Twitter des internautes demandaient sur quelle plate-forme P2P on pouvait trouver le film… On a passé un an à travailler sur ce documentaire, j’ai donc envie que les spectateurs le voient dans les meilleures conditions. L’essentiel est là. En tant que réalisateur, bien sûr ça me gênerait qu’il soit vu illégalement, pour des questions de droits… Mais à titre personnel, ça me plairait ! ça signifierait qu’on a réussi à intéresser le public.
Pirat@ge, le 15 avril à 22h20 sur France4, puis visible en streaming sur le site de la chaîne.
www.france4.fr/piratage

Suite du dossier Piratage :
* Monfilm.com : interview de J-F Fonlupt
* Le pirate, la faucille et le marteau
* T’as pas 100 balles ? (crowfunding)

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4 commentaires

    oct  | 15/04/11 à 11 h 14 min

  • Hop,
    En Français, connexion s’écrit connexion et pas connection. :D

  • Jeremy  | 15/04/11 à 14 h 38 min

  • J ai vu et beaucoup aimé ! C est intéressant et instructif. Je mettrai quand même un bémol sur la forme qui me semble assez racoleuse et obsolète.

  • Alex_Calibur  | 16/04/11 à 18 h 07 min

  • Gênée de le voir en DL ‘illicite’ pour des questions de droits… Dommage, mais vu que c’est diffusé avec des codecs privateurs dans l’offre ‘ légale’, les H@ckers sont contraints de trouver une autre solution ! Donc oui, ce doc va être ré-encodé et diffusé en P2P ou ftp ou directDL ! C’est garanti. visiblement, vous restez sur des concepts vieillissants, vous n’ avez pas saisi le discourt suite vous avez recueilli!

  • CC  | 14/10/11 à 6 h 17 min

  • “Derrière ce regard un poil allumé se cache un des fondateurs du hacking, Captain Crunch, pirate avant même que Steve Jobs n’apprenne à allumer un PC…”

    C’est quoi cette HORREUR que je viens de lire?????

    Bill Gates ==> Microsoft ==> PC (“Personnal Computer”)
    Steve Jobs ==> Apple ==> Macintosh…

    Tsss.. n00b.

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