Pourquoi Facebook reste quitte…

16/12/09 par  |  publié dans : Internet, Médias | Tags :

Verlad, Holden, il faut vraiment vous faire un dessin ?
Cher Verlad, cher Holden,

Vous n’avez rien compris.

Ça débat sur des usages personnels et ça occulte tout l’intérêt du site, qui réside dans les autres : Facebook est le miroir des âmes et un outil de leurs scrutateurs. A l’ère du 2.0, le jeu est simple : dis moi comment tu facebook et je te dirais qui tu es. Ça marche aussi pour vous deux : dites moi comment vous ne facebookez pas et je dévoilerai vos phobies sociales. Ahah !

Comme toute communauté, Facebook cristallise, à chacun la vitrine figée de sa personnalité. Pour peu on parlerait de la galerie marchande des affinités mais on préférera la sociologie pour s’extasier : quel grandiose terrain de jeu ! Ne regardez plus le doigt quand on vous pointe le phénomène, c’est agaçant messieurs, ce n’est pas de Facebook qu’il faut parler mais des pratiques de ses habitués. Ça se joue autour du mot trivial des communicants : la réappropriation. Celle qui fait que la paille dans les mains du singe lui permet d’accéder à la fourmilière et la poutre dans celle de l’humain lui fait construire des maisons alsaciennes, voyez l’idée.

Les parodies et stand-ups sont passés avant moi, Facebook est une mine à absurdités – nous sommes tous très humains. Résumés des sketchs précédents : il y a les passéistes qui regardent les profils de leurs exs “marié, trois enfants? Quand même”. Les futuristes qui préparent leur tableau de chasse, mignonne l’amie d’ami, “it’s complicated, j’ai mes chances”. Et ceux qui vivent au présent, marquent leur territoire sur le wall de leur date, “sait-on jamais”. On utilise le franglais, on se sent malin mais il y encore moyen d’aller plus loin. Parce que s’inventer “en couple” avec son meilleur pote, ça veut dire quelque chose pour le délire ou l’amitié, comme être sœur avec sa sœur ou mère de sa colloc.

Ambassadrice d’Envrak, je ne refuse pas de friends requests, je peux vous ouvrir mon profil – de plus chers Verlad et Holden, je vous ai souvent espionnés !
Côté contacts, d’autres font le tri mais à quoi bon, il y a toujours moyen de se perdre dans trop de visibilité. Lui, par exemple ne me parlera jamais, il fait son parc zoologique Facebook pour dire en soirée geek qu’on était ensemble au lycée.
Trève de notifications, j’ai cette connaissance aux deux profils actifs, sur l’un elle ment, sur l’autre elle ment. La vérité, ses fréquentations la connaissent (éventuellement). Maintenant que je lis entre ses private joke, j’en apprends plus – je crois – qu’avec des statuts onomatopés. Intriguée, j’avais interrogé sa schizophrénie dans un message électronique (- oui Verlad). On avait échangé sur l’hypocrisie, sa grande peur des timides plus que des beaux-parleurs, chose qu’on n’aurait pas fait en soirée parce qu’on se serait plutôt demandé nos occupations : “j’écris pour un webzine et toi ?”.
“Tiens c’est marrant – j’aurais jamais cru y a cinq ans, on bosse tous deux dans la culture maintenant”, j’élargis mon réseau professionnel en même temps que j’en prends connaissance. Et je me ferme peut-être des portes en ne portant pas de masques, en laissant mes collègues traverser les frontières. S’exposer, on ne sait jamais si c’est faire preuve de trop d’ego ou l’effriter mais Facebook me propose la transparence, un labo où ne pas me cacher.

Pourquoi ai-je bloqué le flux de celui qui propagande mais pas de celle qui pense que personne ne l’écoute, à tort ou à raison. Je crois qu’elle s’en fout, elle veut juste parler, lâcher sa logorrhée jusqu’à faire eyes contact. “Zut, je m’intéresse”. Tant pis, tant mieux. Pour peu on réapprendrait les relations superficielles, pas eues depuis le bac. Une seconde chance sociale ?
Une opportunité quand il y a la famille biologique qu’on voit peu, qu’on aime souvent de loin faute de près. Qu’on rapproche d’un profil, qu’on dégèle de photo, qu’un peu d’humour pousse à chater : “tu vas bien ?”. Je me renseigne juste, pas le temps de faire mieux que veiller, planning d’ange gardien. Mais n’est-ce pas mieux que quand on ne faisait rien?
J’ai des amis qui s’entendent sur les commentaires, mon deuxième prénom c’est Meetic. Ceux qui font de la photo, entre mégalomanie et délire artistique. Les grands gamers sont chronophages, les amateurs de quizz téméraires, les groupes m’informent sur leurs sens de l’humour, l’état de leur libido ou leur suivi de l’actualité. Entre ceux qui découvrent, qui postent, qui taguent… et se détaguent, on peut à peine en faire une liste. Facebook pourrait bien représenter la diversité humaine – rien que ça -, la vraie vie virtuelle, un brin générationnelle.

Mon profil psychologique, et Envrak dans tout ça ? Allez Holden, tu sais bien, on est friends. Mon pet fait des câlins à celui de ton amoureuse les rares fois où il sort et il arrive qu’on se capte le temps d’un bonjour sur le chat. Verlad est parti ? Oui j’ai lu ça, dommage, je ne saurais pas s’il like mes nombreux links.
Lire la lettre de Verlad : pourquoi j’ai quitté Facebook
et la réponse d’Holden : pourquoi je reste sur Facebook

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1 commentaire

    thibalu  | 31/12/09 à 6 h 31 min

  • Je voulais mettre un “j’aime” sur votre article mais je n’ai pas trouvé le bouton..

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