Pourquoi j’ai quitté Facebook

16/12/09 par  |  publié dans : Internet, Médias | Tags :

Je pensais que le livre des figures ne me servirait pas à grand-chose. Erreur : il ne m’a servi à rien. Voici pourquoi.
Cher Holden,

Plus tard, quand je serai vieux (enfin, beaucoup vieux que maintenant), je pourrai raconter à mes arrière-petits-enfants que c’est grâce à toi que j’ai connu Facebook comme 350 millions de mes congénères de l’époque (et dans congénère, il y a génère). J’espère que tu en es fier. En attendant, je vais t’expliquer pourquoi je l’ai jeté à la fin de la période d’essai légale. C’est parti.

“Facebook, ça fait tellement partie de la vie des gens… Ça alimente toutes les conversations !” Ah. Comme disait Mafalda, l’inconvénient de ne pas avoir d’oreilles rétractables, c’est qu’on s’expose à entendre des choses pareilles. Au bout de trois mois passés à feuilleter en pointillés le livre des figures, passé le premier mouvement de curiosité, la perplexité devant tous les paramètres à régler, la page d’accueil, le mur, la messagerie, les amis, les invitations, les messages publicitaires, les jeux et les pokes (ben oui, les pokes. La quintessence du truc totalement vain), au bout du compte, ce qui reste est proche du néant.

Sur Facebook, il y a les amis. Ceux que l’on connaît, et les autres. On se met donc à la recherche de connaissances, actuelles ou perdues de vue. Il y en a, deux, trois, quatre… On leur envoie un message pour leur demander s’ils veulent bien devenir notre ami. Alors qu’ils le sont déjà, mais c’est comme ça que ça fonctionne. Soit. Ensuite, il y a les amis de nos amis. On appelle ça un réseau social, selon le bon vieux principe qu’au bout d’une chaîne de six amis, tout le monde connaît personnellement le Président de la République (et au bout de sept, potentiellement n’importe qui sur la Terre). Mais qui a envie de connaître le Président de la République, ou l’ami de l’ami de l’ami de l’ami de son ami ?

Une fois nos amis retrouvés et contactés, il ne reste plus qu’à attendre les messages, ou à en envoyer. Un peu comme avec le courrier électronique, en fait. Tu as quelque chose à dire à quelqu’un, tu lui écris, et éventuellement il te répond. Simple. Trop simple. Et tellement ringard ! Sauf que là, si un de tes amis écrit quelque chose, pas forcément à toi, à tout le monde en général et à personne en particulier, tous ses amis (donc pas forcément les tiens) peuvent réagir. Soit par un petit commentaire, soit avec un pouce levé suivi de la mention “j’aime ça”. Cool ! Tu imagines dire à quelqu’un quelque chose, drôle, futile ou pertinent, et que ce quelqu’un te regarde en levant le pouce et en disant “j’aime ça” ? Ben voilà, bienvenue sur Facebook.

C’est ce qui fait la grandeur (?) et la misère de cet entre-deux bizarre, à la frontière entre le général et le particulier, l’intime et l’universel, le public et le privé. Impossible d’y mettre des choses aussi personnelles que dans un courrier (papier ou mail), voire dans une conversation téléphonique, puisque ce qui est dit sera exposé à un cercle plus ou moins grand de lecteurs (avec toutes les dérives que cela implique). Et si c’est pour parler de choses qui peuvent intéresser a priori n’importe qui, ça ne va pas non plus, puisque seul un petit nombre d’amis pourront les lire. Autant publier un article sur un blog ou sur un site, comme celui-ci. La décision récente de Facebook de permettre aux utilisateurs de choisir les destinataires d’un message (famille, amis, tout le monde) va d’ailleurs dans ce sens. En français, on appelle ça un message électronique, et ça fait vingt ans que ça existe.

Alors, au début, on va sur Facebook une fois par jour, deux fois, puis on l’oublie pendant quelques temps, on y retourne, on y cherche vaguement quelque chose qui accroche l’œil, hormis bien entendu des publicités vantant les mérites d’un collier pour chien anti-aboiements. On s’aperçoit que les quelques amis qu’on a retrouvés, ceux qui existaient avant Facebook (et qui existeront encore après), font comme nous et n’écrivent presque rien. Qu’à côté de ça, les vrais moments d’échange et de partage se font ailleurs, par les rencontres, les coups de fil, les mails, voire même les forums de discussion.
Jusqu’au jour où quelqu’un nous dit : “Facebook, ça fait tellement partie de la vie des gens… Ça alimente toutes les conversations !” Interloqué, on tente alors de protester : non, non, ce n’est pas vrai, ne généralisons pas, je connais plein de gens qui se moquent complètement de Facebook, et ce sont des gens bien, et jamais je n’ai parlé de ça avec eux… Et puis on se dit qu’après tout, à quoi bon continuer ? N’est-il pas plus juste d’en sortir et de retourner à la vraie vie ? Il y a tant de choses importantes et enrichissantes à faire, et si peu de temps pour ça !

Allez, salut Holden, et au plaisir de te voir en vrai.

Lire la réponse d’Holden : pourquoi je reste sur facebook
et l’arbitrage d’Engy : pourquoi facebook reste quitte

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

1 commentaire

    thibalu  | 31/12/09 à 6 h 24 min

  • Bonjour,
    C’est ce matin en cherchant quelques articles sur la peur de l’engagement que je suis tombé sur un article extrêmement intéressant de 2004 sur votre ancien fanzine ditaime et, appréciant le style, en suis arrivé à feuilleter sur votre successeur fanzine, que je découvre donc.

    Je suis en assez profond désaccord avec votre argumentaire : vous n’abordez pas par exemple l’outil album photo qui est d’une simplicité désarmante et qui permet d’avoir des retours directs par la facilité d’y poster des commentaires et de les diffuser à tous ses amis. Je suis parti une année à l’étranger et tenais un blog : au début, je mettais mes photos sur pikéo ; lent à charger, lent à faire défiler, peu de retour, j’ai vite changé et sans regret pour facebook.

    Ensuite le second outil dont vous ne parlez pas et qui se trouve fort pratique en ces temps de réveillon c’est l’outil évènement : l’amie qui organise le nouvel an s’est chargé de créer un “évènement” privé où elle invite tout le monde et donne toutes les informations sur les modalités de la soirée (participation financière, tenue exigée..), les différents itinéraires pour se rendre sur place et les contacts téléphoniques. Extrêmement pratique puisqu’elle a invité plus de 60 personnes (sachant qu’une bonne moitié ne pourrait certainement venir), bien plus rapide et bien moins coûteux que de contacter individuellement ne serait-ce que la moitié de ces personnes (un travail pyramidale pouvant être effectué de la part des amis proches). L’invitation à l’évènement incluant une demande de réponse (“je viendrais”, “peut-etre”, “non”), il ne lui reste plus qu’à contacter les personnes qui ne seraient pas allées consulter leur facebook durant ce laps de temps et celles qui ne sont pas inscrites sur le réseau.

    Enfin ce n’est pas là, loin s’en faut, la raison principale de mon commentaire, je souhaitais simplement vous faire part de mon intérêt pour votre magazine à travers les quelques pages que j’en ai feuilleté et que je suivrais avec attention toute parution de nouvel article.

    Bon travail.
    Thibault

Laisser un commentaire