Sens critique, mention passable

07/10/10 par  |  publié dans : Internet, Médias

Lister, compiler, noter, classer, trier, archiver, liker, commenter vos habitudes culturelles, ça vous plait ? Sens Critique est fait pour vous.
Après quelques mois de bêta, Senscritique.com ne devrait plus tarder à ouvrir au grand public. Amis monomaniaques, amis no-life, c’est à vous qu’il s’adresse, en vous ouvrant un lieu où vous pourrez lister, compiler, noter, classer, trier, archiver, liker, commenter vos habitudes culturelles de tout votre saoul.

Entre la base de données et le réseau social, Senscritique se présente comme une interface dédiée aux œuvres d’art. Films, séries, jeux vidéo, BDs, des centaines disponibles immédiatement à la notation et au commentaire dans une avalanche de listes. Prenez Gamekult (site de jeux vidéo, fondé par les mêmes têtes à l’origine de Senscritique), ajoutez une louche de Twitter et un soupçon de Facebook. On est à la fois follower et followé, on surveille l’activité des autres sur son mur (“untel a aimé la critique de machin sur Inception“), on note les films notés par les autres, on commente (“suis pas d’accord avec toi”, “moi j’aime pas”), on critique les critiques, on se fait des “amis”, on regroupe les œuvres dans des listes. Les 15 meilleurs films de ma vie, les 15 films que j’attends avec impatience, parfois des plus farfelues : “Top 15 Films qui tentent de relancer la mode du caleçon long intégral avec plus ou moins de succès, Top 15 Oh, ça alors !!! Une valise abandonnée pleine de billets (ou d’or, de bombes nucléaires, de microfilms, de drogue, d’éditions originales du manifeste du parti communiste…). Les plus actifs sur le site ont droit à des ‘badges’ de type “succès”, comme dans les jeux vidéos, qui apparaissent sur leurs profils. Ou comme aux manèges quand on tire le pompon.

Voilà voilà.

Des individus téléréalisés aux possibilités d’emprunt de l’État, tout se note ma bonne dame. Et sur internet, rien ne se perd, tout se compile, pour le plus grand bonheur des liens sponsorisés. Avec, sur Senscritique, cette pointe de geekyness (insérer une traduction ici) propre aux usagers de Twitter (où se sont diffusées les invitations au bêta-test). Ce que ça change ? Bah, les senscritiqueurs font moins de fautes d’orthographe que les spectateurs sur Allociné. Quoi qu’il en soit, Senscritique pousse le vice – ou la vanité de ses utilisateurs – jusqu’à afficher la répartition des notes d’utilisateurs par diagrammes et camemberts : “Untel a noté 45% de films; 30 % de séries, 10% de jeux vidéo”… Aujourd’hui, il faut des schémas pour tout. Les cerveaux sont trop ramollos pour ingérer autre chose que des listes et des dessins.

Dans les temps où on bossait sur ce genre de sites, on en rigolait dans les rédactions : “Tu les lis, toi, les critiques des internautes ?” “Pfff. Nib. Mais ils adorent ça”.

Les créateurs de SC sont donc complétement dans l’ère du temps du rés-onanisme (je, je, je m’affiche, mes goûts, mon moi) avec même un train d’avance sur la logique qui promet que, dans un futur proche, toutes nos possessions culturelles seront archivées sur des serveurs et des disques durs (moins la résistance des amoureux du papier). Senscritique, ça va avec ta dévédéthèque sur disque dur.

C’est rigolo deux minutes. Mais il faudra quand même nous expliquer comment certains arrivent à comparer entre eux quelques 2000 ou 3000 films (fan des schémas et de la logique mathématique what the fuck, sache qu’à raison d’1h40 par film, 3000 films ça représente 208 jours de visionnage dans ta life) et à leur attribuer qui un 9, qui un 10 ou un 3 (et pas 4), sur des œuvres vues il y a parfois 10, 15, 25 ans, etc. Et puis c’est quoi la différence entre un 8, un 9, un 10 ? Entre un film génial avec deux défauts et un film excellent à la limite du chef d’œuvre ? Entre un chef d’œuvre majeur et un chef d’œuvre mineur ? Vous arrivez à quantifier ça, vous ? Les mecs, où vous mangez beaucoup de poisson, ou bien nous avons trop abusé des cigarettes magiques (qui, c’est bien connu, niquent la mémoire).

A moins que, de ces films, livres, etc, ne restent que quelques souvenirs, qu’une vague émotion, qu’on quantifie un peu au pif en 4 centièmes de secondes avant de zapper : “Next”. On peut ainsi se voir décerner un “badge” de mitrailleur en ayant noté 666 œuvres en 24 heures. Merci Senscritique.

Enfin, et surtout, on nous dira comment après avoir subi les notes du CP à la fac, on aurait encore envie de passer son temps libre à en donner à ses coups de cœurs et coups de gueule.

Senscritique, ça doit être un truc de premier de la classe, en fait.
Pas rancuniers, on a des invitations pour SensCritique à vous passer en attendant l’ouverture définitive du site. contact [at] envrak.fr

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