Séries en série : American Horror Story Asylum

08/11/12 par  |  publié dans : Médias, TV | Tags : , , ,

Ryan Murphy et Brad Falchuk sont deux gros pervers. Au-delà des seuls ornements fétichistes dont ils farcissent la moindre de leur machine (Nip / Tuck et la première saison de American Horror Story. Pour Glee, on ne saurait vous dire…), les voilà prêts aujourd’hui à porter aux nues tous les sous-genres du film de genre, après en avoir exploré un seul (la maison hantée) dans la première saison de leur série horrifique, sans aucune attache scénaristique avec cette nouvelle fournée (précisons donc tout de suite qu’il est inutile d’avoir vu AHS pour aborder AHS Asylum). Passons rapidement – même s’il mériterait qu’on s’y attarde sur plusieurs pages – sur le prodigieux générique dont est affublée la série, pour aller directement au(x) coeur(s) du sujet : l’exploration de l’épouvante jusqu’à satiété et au-delà, chacun des épisodes jusqu’à présent visionnés (trois) étant imbibés d’à peu près tous les éléments propres au genre. Le générique, déjà, sonne l’alerte : tout va y passer, de la possession satanique au tueur masqué, des freaks aux bonnes sœurs pas très catholiques. Et en guise de hors d’œuvre, le pilote nous gâte : les premières minutes ne sont pas encore écoulées que déjà, sous couvert d’une étude minimaliste des conflits raciaux perdurant dans les années 60, les femmes noires dégagent et les petits hommes verts débarquent. On ne s’y attendait pas, et la surprise donne le ton : à la manière d’une Cabane dans les Bois sérielle – bonjour la gageure – Murphy et Falchuk vont donc tout donner. Du sang, du sexe, du meurtre, du bestiaire fantastique savamment garni, et pire encore, si c’est possible. Et parfois aussi, de l’humour froid et bien cinglé. Après un seul épisode, l’indigestion guette. Mais très vite, les enjeux scénaristiques reprennent le dessus, bien que dilués dans un trop plein de tout, et surtout de monstres : les extraterrestres, mais aussi les possédés, les morts vivants, les serial killers, les homophobes…

Le (sublime) générique de la saison 2 de AHS

En creusant bien, au milieu de ce magma horrifique absolument délectable (à condition d’avoir le cœur accroché), on distingue la trame narrative, engoncée dans un lieu unique inspecté à quatre décennies d’écart : un asile, où sont enfermés pèle-mêle une journaliste innocente (mais trop curieuse), une blonde innocente (mais nymphomane), un jeune homme innocent (mais suspecté de meurtre), une brune innocente (dont on ne sait pas encore ce qu’elle fait là), et quelques fêlés de tous poils. Et pour gérer le tout, une religieuse à la cravache leste, une bonne sœur un peu trop bonne, et un médecin inquiétant, adepte du bondage et des expériences scientifiques légèrement nazies sur les bords.

Une seconde saison qui donne les foi(e)s

Murphy et Falchuk font donc dans la surenchère volontaire, mais miraculeusement, AHS Asylum fonctionne. Parce que son pilote décousu de fil blanc nous égare, et qu’on a précisément envie de l’être, devant un tel objet télévisuel : si on regarde AHS, c’est parce qu’on veut avoir peur (à l’image du couple visitant les ruines de l’asile pour s’offrir un shoot d’adrénaline), et sur ce point, on en a pour notre redevance (ou pour notre disque dur). C’est aussi parce que cette saison, bien plus que la première, est ultra-référencée. Quand il ne sera pas occupé à bondir de son fauteuil, le nerd béat s’amusera aussi à relever les emprunts aux grands classiques : Freaks (la Monstrueuse Parade), L’Exorciste, les Romero, les De Palma (les musiques de Carrie au Bal du Diable et de Pulsions retentissent pendant quelques minutes magiques), ou encore Inferno, de Dario Argento. L’étonnante ressemblance physique entre Evan Peters et Malcolm McDowell permet également aux auteurs de citer Orange Mécanique, de Stanley Kubrick, au détour d’une scène qui en dit long sur l’état mental du docteur de l’établissement. On ne s’étonnerait presque pas de voir débouler, dans les prochains épisodes, une tronçonneuse, un loup-garou ou un requin mécanique.
Autre curiosité notable – même si l’entre-deux-saisons avait déjà mis à jour cette particularité – les transferts opérés d’une saison à l’autre, d’acteurs déjà croisés dans la maison de AHS, mais dans les défroques de nouveaux personnages : Jessica Lange, Lily Rabe, Zachary Quinto, Evan Peters… On annonce également le retour de Frances Conroy et Dylan McDermott, tandis que Joseph Fiennes, Chloé Sevigny et James Cromwell apportent du sang frais au casting.

Après trois épisodes, AHS Asylum, bien qu’elle peine à asseoir une intrigue principale lisible au milieu d’un déluge de ramifications narratives, a pris ses marques avec une rapidité hors du commun et une outrance qui laisse pantois. Si on hésite encore à s’intéresser aux séquences liminaires, qui se déroulent au présent dans l’asile désormais désaffecté, on est curieux de voir où vont nous mener les fantômes du passé : celui du tueur Bloody Face, notamment, pendant de chair du fameux “rubber man” de la première saison, et croquemitaine désigné de cette nouvelle mouture.

Au final, AHS Asylum se pose comme l’anti-AHS, en adoptant l’excès comme posture et la lutte entre science et religion comme liant. L’horreur américaine, cette fois, n’est plus celle qui frappe la cellule familiale (infidélités, adolescence difficile, peur d’affronter la maternité dans la saison 1), mais celle qui frappe la “normalité” confrontée à la folie, celle qui frappe le spectateur confronté à un déluge d’effets chocs et choquants. La peur n’est plus allégorique. Elle est à l’image. Et c’est là la plus grande et la plus enthousiasmante transformation subie par la série d’une saison à l’autre.

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