Spectreman : LA solution contre la pollution

01/04/10 par  |  publié dans : Médias, TV | Tags :

“La planète : Terre… La ville : Tokyo… Comme toutes les villes à la surface du globe, Tokyo est en train de perdre la bataille contre ses deux ennemis les plus mortels : la dégradation de la nature et la pollution ; en dépit des efforts désespérés de toutes les nations, l’air, la mer, les continents perdent de plus en plus leur capacité à entretenir toute forme de vie… Quel est leur dernier recours ? SPECTREMAN !”

Voilà comment débute chaque épisode.

L’histoire : Le Docteur Gori, un gorille mutant de la planète E, s’enfuit suite à un coup d’état raté. Ses semblables l’ayant condamné à un lavage de cerveau (qui devait le rendre inoffensif ; la peine de mort n’existant pas sur cette planète), il se fait la malle avec le général des armées Karas à bord d’une soucoupe. Ils errent durant des années jusqu’à arriver dans notre système solaire. Le docteur Gori est fasciné par la beauté de la Terre, qu’il compare à une émeraude suspendue dans l’Univers. Mais cette émeraude a un défaut : La pollution. Le docteur Gori est très affecté par le comportement des humains vis-à-vis de la Terre (La planète E fait partie des plus civilisées, pacifistes du cosmos) qu’il compare à un suicide collectif. Il décide alors de créer des monstres à partir de la pollution des humains et qui se nourriraient de cette même pollution.

Spectreman, grenelle de l’environnement à lui tout seul

Pendant ce temps, Le fédération inter-spatiale (Nébula 79, Ordinator en français) a vent des plans du docteur Gori et envoie sur Terre un agent : Spectreman. Sa mission : protéger les planètes sous développées d’une destruction causée par des envahisseurs ou par elle-même (on comprend aisément qu’il aura double mission). Spectreman est un androïde surpuissant capable d’adapter sa taille à celle d’un monstre géant, doté d’un cerveau positronique survitaminé.

Dans la vie, Spectreman s’appelle Georges (en français et en anglais), Joji Ganmo en japonais, et travaille à la brigade anti-pollution (une bonne couverture pour enquêter tranquillou). Sa particularité : il ne peut pas se transformer quand il le veut, c’est Nébula 79 qui l’autorise ou non. A force de vivre parmi les humains, Spectreman entrera souvent en conflit avec sa planète d’origine, surtout quand il s’agira de tuer des humains cobayes du docteur Gori (Nébula 79 le désactivera plusieurs fois pour insubordination).

Série over-kitsch ou série visionnaire ?

Difficile de répondre à cette question, tant cela dépend de la manière dont on regarde la série. Alors oui en effet, on en a bouffé des monstres en carton, des fermetures éclairs même pas cachées, du maquillage putassier, mais Spectreman répond à un code culturel différent du notre (malgré la volonté d’américaniser les noms dans le générique, peut-être pour glamouriser la série) et surtout, les premiers épisodes (65 au total) furent tournés en 1970 avec 20 dollars de budget chacun (je réponds aux crétins incultes qui, la série étant arrivée en France en 1982 dans récré A2, pensaient qu’elle avait été tournée la veille et donc comparaient un toku* à Starwars.)

A cette époque (début des années 70), les sujets abordés par Spectreman constituaient déjà un thème d’actualité au Japon au travers de Minamata, énorme catastrophe écologique de l’archipel avec le déversement, par une usine, de 1932 à 1966 de mercure dans les étendues d’eau, contaminant le poisson, provoquant des maladies neurologiques, tremblements et tendances suicidaires d’abord chez les chats, puis les hommes (une trentaine de milliers de victimes, au bas mot). La série est malgré tout visionnaire, car même 40 ans après, nous sommes confrontés au même problème : la pollution, la disparition de certaines espèces, consommer les ressources de la Terre sans se préoccuper de demain… si bien que l’on peut se demander qui est vraiment le méchant dans l’histoire : est-ce Gori, qui se fait chevalier blanc et veut en quelque sorte soigner la Terre des mauvais traitements des humains en les exterminant grâce aux monstres dérivés de leur propres excès ? ou est-ce Spectreman, qui s’interpose toujours et par la même protège des criminels qui ont tout détruit et pollué au cours de leur histoire ? La réponse se trouve selon la sensibilité de chacun.

A noter que Spectreman n’a été diffusé qu’une seule fois en France et qu’à l’heure actuelle, personne n’a les droits d’exploitation de la licence chez nous. Une édition DVD existe bel et bien, mais il vous en coutera dans les 300€ pour avoir la série complète avec la piste japonaise uniquement.

Hommage au père de Spectreman

Outre la crise, l’arrêt de ugly Betty et la nouvelle série V (comme si il n’y avait pas assez de malheurs dans ce bas monde), le 1er janvier dernier, Tetsuo Narikawa, l’acteur principal de Spectreman, est décédé d’un cancer du poumon à l’âge de 65 ans. Né en 1944, Tetsuo Narikawa était 7e dan (JKF) de karaté Gensei-ryû et enseignait de manière professionnelle dans son dôjô près de la gare de Komae, en banlieue de Tokyo depuis 1982, date à laquelle il mit fin à sa carrière d’acteur pour se vouer entièrement au karaté. Une consécration, car il sera le président de la fédération internationale de karaté Gensei-ryû.
*Le tokusatsu désigne une série live à bas prix, elle-même composée de plusieurs sous-genres descendant généralement des combats de monstres qui ont fait le succès du cinéma de science fiction japonais, plus particulièrement Godzilla.

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

Laisser un commentaire