T’as pas 100 balles ?

14/04/11 par  |  publié dans : Internet, Médias | Tags : , ,

Note sur un modèle participatif promis à un grand avenir – si le système ne met pas la main dessus.
Power to the people : l’idée maîtresse du XXIème siècle ?

A l’heure du piratage, de la baisse des revenus, du séisme numérique, il y a :

1) Ceux qui se lamentent en regardant le train passer (ils sont nombreux)
2) Ceux qui font comme si de rien n’était en pariant sur l’Hadopi (les loueurs de VOD, dont certains pratiquent des tarifs proches des usuriers russes)
3) Ceux qui tentent des trucs hybrides dont on ne sait pas trop si ça va marcher (le mur payant du NYtimes, Deezer et Spotify)
4) Les nouvelles majors qui ont retourné le système à leur avantage (Apple),
5) Ceux qui tentent de changer les choses en incluant le consommateur comme un élément de l’équation, et non pas son problème.

Ils s’appellent Ulule, Mymajorcompany, Jaimelinfo, monfilm.com, myshowmustgoon. Tous ont en commun de pratiquer le crowdsourcing et le crowdfunding, et tous veulent remettre la création au centre de l’arène. Si le crowdsourcing a déjà fait ses preuves en étant à l’origine du succès de Wikipedia ou de l’IMDB (les internautes agissant en sous-traitants bénévoles pour alimenter les pages du site), son petit frère le crowdfunding suscite depuis peu un engouement significatif. Il aura suffi du succès de Demain la veille en 2004 (campagne de souscription pour la production d’un court-métrage sur le web, après que ses réals se sont fait retoquer des commissions de financements classiques) pour montrer la voie. Il s’agit pour les artistes et les porteurs de projets de tous poils de se vendre sur internet pour aller chercher l’argent directement chez les internautes. Puisque le consommateur n’est plus dupe, puisqu’il sait que l’industrie peut se passer de nombre d’intermédiaires, et puisque la publicité, « cey le mal », autant renvoyer la balle aux premiers concernés : “et vous, vous feriez quoi à notre place ? Pourquoi ne pas vous impliquer en mettant une petite obole ?”

Exemple d’un projet atypique financé sur Kisskissbankbank, un reportage photo sur la pollution du Rhône

Tandis que Mymajorcompany (adossée à la Warner pour la distribution) a déjà accouché de Grégoire et Joyce Jonathan (et une trentaine d’autres artistes) produits par les internautes, myshowmustgoon entend faire souscrire ses visiteurs à la production de spectacles vivants, et Kisskissbankbank ou Ulule invitent à financer des films, des carnets de voyage, des expos photos, du design, des opé humanitaires. Jaimelinfo propose de financer les prochaines enquêtes de Rue 89 et autres pure players journalistiques. On est pas loin du système de micro-crédit : une pièce contre la réalisation d’un rêve, à votre bon cœur messieurs dames.

Les créateurs de start-ups ont leurs business angels, l’artiste fauché devra peut-être composer avec l’internaute de moins de 50 ans. A y regarder de plus près, on observe un retour du mécénat à l’ancienne, quand les Shakespeare et Molière devaient aller demander “protection” à la cour des rois, ou plutôt quand vous alliez vendre des tickets de tombola de l’école pour financer une classe verte en Italie. Rien de bien révolutionnaire en soi, même si nombre de sites proposent des contreparties aux dons (places de spectacles, DVD du film, souvenir personnalisé…). Si ce n’est que ces systèmes se reposent sur internet, celui là même qu’on accuse de tuer la création artistique. Il y a une sorte de retour de flamme positif, de l’ordre du comment un truc aussi éthéré que le web peut nous remettre au centre des pratiques culturelles, quand les majors nous ont longtemps pressé le citron. L’idée est bel et bien de se défaire d’une machine écrasante considérée comme injuste et cupide. Et peut-être, mine de rien, de se réapproprier les moyens de production culturels.

(un ange passe, il y a marqué Marx sur son t-shirt*)

La simple évocation de Grégoire et Joyce Jonathan – consensuels à mort – a de quoi faire douter du supposé vent d’air frais du bidule. Ce pourrait être la victoire du populisme avalisé en triple exemplaire (lire sur Envrak “Le BA-BA du bla bla”), dont on connaît les dangers – votez 1 pour donner la cagnotte à Djézon, 2 pour vomir sur Cindy, 3 pour déshabiller Mallaury. Au contraire. Un coup d’œil permet de juger de la diversité des projets proposés. Et même si on a effectivement trouvé une demande de financement de classe verte (!), les tréfonds de ces sites regorgent de rêves partis au casse-pipes (typiquement, si la somme demandée n’est pas réunie dans le temps imparti, personne n’est débité et le porteur doit repartir de zéro, ailleurs).

On ignore si le mouvement perdurera et s’étendra. Les plus optimistes espèrent que cela permettra de sensibiliser l’internaute à la valeur de la production artistique (lire l’interview de Jean-François Fonlupt). Il y a cependant toujours le risque que le chaland, sans cesse sollicité, ne sache plus à quel sein se vouer, comme c’est périodiquement le cas avec le marché des causes humanitaires.

En attendant, la création est morte. Vive la création !
Suite du dossier Piratage :
* Pirat@ge : une leçon de Hacking
* Monfilm.com : interview de J-F Fonlupt
* Le pirate, la faucille et le marteau

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Print
  • email

2 commentaires

    FABrique d'Artistes  | 16/04/11 à 09:16

  • Je voudrais vous signaler le lancement il y a quelques semaines de http://www.fabriquedartistes.com qui est spécialisé dans les projets de promotion des artistes plasticiens (peintres, sculpteurs, designers, photographes, …). Il ne s’agit pas uniquement d’un site qui va collecter les fonds des internautes, mais cela commence par un coaching des artistes dans la définition de leur projet, dans leurs objectifs et, une fois que les fonds sont collectés, dans l’exécution par des professionnels du marketing de ce plan de promotion de façon à atteindre les objectifs définis initialement dans le projet. Cela doit allier à la fois l’émergence d’artistes pas encore reconnus, l’accompagnement marketing d’artistes qui ne sont pas des professionnels de la vente et une participation active du public à la construction d’une carrière d’artiste et au partage des revenus ainsi générés.

  • Holden  | 16/04/11 à 12:11

  • Le message est passé, et l’initiative est belle. Bon vent !

Laisser un commentaire