[Test] Dead Space 3 : une belle machine qui ronronne un peu trop

13/03/13 par  |  publié dans : Jeux Vidéo, Médias | Tags : , ,

Si vous avez raté le début… en allant dépanner le vaisseau ISS Ishimura dans le premier Dead Space, sorti en 2008, le jeune ingénieur de l’espace Issac Clark avait dû se frayer un chemin, pétoires laser à la main, au milieu d’extraterrestres dégueus et colonisateurs de cerveau – les Nécromorphes – jusqu’à l’horreur totale : découvrir que sa copine, Nicole, avait préféré se tirer un coup de pistoblaster plutôt que de risquer voir l’humanité assujettie à des cafards cosmiques.

Dead Space avait créé la surprise, mash-up vidéoludique d’Alien et de Resident Evil, où le survival horror prenait élégamment le pas sur le shooter à la troisième personne pour créer une atmosphère terrifiante à souhait. Cinq ans et deux jeux plus tard, au début de Dead Space 3, Isaac est à deux doigts de finir dans le caniveau, genre  Bruce Willis dans Die Hard 3. Malgré une psychothérapie au forceps dans Dead Space 2, son passé avec les Nécromorphes lui bouffe le cerveau, au point qu’il vit reclus, et a fait fuir son nouvel amour, la charmante Ellie. Issak en est réduit à contempler ses loyers en retard et son expulsion prochaine, quand une faction de militaires vient l’enfumer comme un rat et l’embarquer dans une nouvelle aventure, où la survie du monde libre reposerait – encore – sur lui. Cerise sur la comète : Ellie et son nouveau mec sont du voyage. A contre-coeur mais pas trop, Isaac rempile, avec comme secret espoir de reconquérir sa belle.

L’horreur en 5.1

Le premier jeu avait suffisamment de colonne vertébrale, le studio suffisamment de savoir faire, l’éditeur suffisamment de moyens pour que le concept tienne la route sur une troisième itération, même si le deuxième opus avait déjà prêté le flanc aux critiques. Ce Dead Space 3 est donc beau à voir et à écouter : son ambiance sonore – marque de fabrique de la série – est vraiment crado et terrifiante… le son 5.1 est quasi obligatoire. Le gameplay est bien foutu, malgré un atelier de création d’armes fastidieux au début. Le procédé ajoute une touche de diversité en plus, même s’il est en pratique facile de ne se spécialiser que dans deux armes (pour nous : une mitraillette et un lance bolas électrique particulièrement destructeurs). Par certains côtés, Dead Space 3 est la somme des deux autres et révèle tout le potentiel de la série… alors qu’il aura fallu presque 2 fois plus d’épisodes à Assassin’s Creed pour atteindre ce pallier là. Il y a suffisamment d’action, de variété et d’intérêt pour largement justifier – et c’est le but – un achat d’une cinquantaine d’euros.

Impossible cependant de passer sous silence des menus défauts qui, s’ils ne sont pas rédhibitoires, se montrent un tantinet tue l’amour.

Il y a les munitions et recharges de vie disponibles en illimité au niveau normal, qui rendent le jeu bien plat, à l’image d’un Bioshock 2 qui dispensait de plus en plus de munitions à mesure qu’on avançait dans l’aventure (= joueurs chevronnés, passez direct en hard). Et puis on saisit l’occasion pour lancer aux développeurs qu’on s’est lassés de ces histoires racontées par des messages audio, ou pire, sous forme écrite, qui vous interrompent toutes les 5 minutes. Au bout d’un moment, ça ne sert plus à rien : on les ramasse sans les lire, parce qu’on a vraiment autre chose à faire que de découvrir la vie du fils d’un 4ème rôle qui s’est fait dessouder avant notre arrivée. Afin d’être tout à fait justes : précisons que ce reproche vaut encore pour 95% des titres AAA…

Moitié Alien 2, moitié The Thing, 100% générique

Et puis il y a les gros défauts, qui voient le scénario saborder complétement ses passages les plus intéressants en les empilant les uns à la suite des autres comme autant de moments obligés et donc dénués d’intensité dramatique, qui font l’effet de remplissage et de délayage dans un film de 18 heures*… par ailleurs parsemé de moments de bravoure explosifs tout aussi mécaniques. A cet égard, le trio amoureux Isaac – Ellie – Le nouveau mec d’Ellie (une caricature de militaire ras du front et braillard) promettait beaucoup, il est ici particulièrement sous-exploité… et ne laisse qu’une interrogation : savoir ce qu’il en aurait été entre les mains de Naughty Dog, le studio derrière Uncharted. La réalisation est à l’avenant, techniquement irréprochable, dramatiquement sans relief. Le succès d’un Uncharted ou d’un The Walking Dead en 5 épisodes tient au fait que derrière le spectaculaire, on s’attache aux personnages, ils restent un moment avec nous après qu’on a éteint la console. Difficile d’en dire autant d’Isaac, tant il semble coincé dans sa combi.

Enfin : jeux vidéo / cinéma presque même combat : c’est devenu un mantra ; répété à longueur de chroniques ici. Ils partagent leur grammaire, il sont en proie aux mêmes écueils. Coûts de développement inflationnistes, concentration des moyens et des budgets vers les licences les plus grands public, aversion du risque – et donc, suites réalisées sans passion -, humain sacrifié sur l’autel du spectaculaire et de la pyrotechnie… Dead Space 3 en est une certaine illustration. Moitié survival dans l’espace, moitié actioner bourrin sur une planète battue par le blizzard, le jeu cherche à vouloir séduire le curé et le profane, l’amateur de sueurs froides et l’amateur de boum boum… et perd une partie son âme – son ambiance ! – au passage.

Dead Space 3 est à Dead Space ce qu’Alien 2 est à Alien. Une suite bien calibrée – aux deux sens du terme – et par là dénaturée, victime d’un gros sentiment de déjà vu et de superfétatoire, jusque dans sa séquence post-générique, plus putassière, tu meurs.

Dead Space 3 n’est pas un mauvais jeu, loin s’en faut. Mais devant cette belle machine ronronnante, quelques bâillements ne sont pas à exclure.

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*18 heures, la durée de vie pour un joueur moyen, en terminant la campagne principale et 80% du jeu au total, après avoir exploré tous les recoins et avoir inutilement perdu du temps sur des passages pourtant pas bien durs. Un très bon point, d’autant que les différents modes de jeux, familiers des aficionados, permettent facilement de doubler voire tripler cette durée. Et ce sans parler du mode coopératif, qui propose une expérience alternative bienvenue, puisqu’un personnage relégué au second plan dans la campagne principale prend ici toute sa part aux côtés d’Isaac, avec un gameplay et une narration sensiblement différents.

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