The Walking Dead, morts d’ennui

02/12/10 par  |  publié dans : Médias, TV | Tags : ,

On a l’impression de les connaître par cœur, les zombies. Depuis George A. Romero, on sait qu’ils peuvent courir très vite (28 jours plus tard, Danny Boyle 2002), être franchement marrants (Shaun of the Dead, Edgar Wright, 2004) et se prêtent très bien aux geekeries (Bienvenue à Zombieland, Ruben Fleischer, 2009). Cette année, la Fnac y consacre une page spéciale dans son catalogue de Noël. Actuellement, ils squattent les jeux vidéos avec le fendard Dead Rising 2. What else ? Peut-être The Walking Dead, dernière production de qualité made in USA aussitôt adoubée par la critique ici bas dès le premier épisode. Pas de quoi s’extasier pourtant devant cette série adaptée d’un comics et mise en images par Franck Darabont, habitué du bis et principal translateur de Stephen King au cinéma (Les Evadés, La ligne Verte, The Mist à lui tout seul).

Personnages du comics et leurs versions télé

L’épisode pilote a beaucoup fait parler de lui. Le shérif Rick Grimes s’y réveillait d’un coma dans un hôpital, pour découvrir les couloirs puis la ville déserts hormis une marée de cadavres en putréfaction. Voitures arrêtées n’importe comment au milieu de la route, rue désertes, magasins pillés – la fin de la civilisation comme si on y était. Sauf si on se souvient d’une scène identique dans 28 jours plus tard de Danny Boyle, où le héros se réveillait dans un hôpital, pour découvrir les couloirs puis Londres déserts hormis… D’entrée, The Walking Dead se place sous le signe de l’hommage, donc, allant jusqu’à emprunter les noms de ses personnages à ceux de Romero, à faire marcher ses zombies à deux à l’heure, où à situer une séquence dans un centre commercial (c’était l’argument de Zombie). Un passage obligé, serait-on tenter de dire, tant l’ombre tutélaire du père Romero se fait encore aujourd’hui sentir, même si celui-ci foire un film sur deux.

Au gré des épisodes suivants, le spectateur affamé n’aura cependant pas grand chose à se mettre sous la dent. Grosso modo, une poignée de survivants se regroupent pour survivre dans un monde post-apocalyptique infesté de gens morts debout. Il y a un leader – le shérif – sa famille, plein de gentils et quelques méchants. Entre les clichés et la narration qui semble faire du sur place, on peine à se sentir concerné pour les personnages, incarnés avec plus ou moins de bonheur. Il y a les habitués de Franck Darabont (Jeffrey Demunn, éminemment sympathique) ou encore la transfuge de Prison Break et un shérif adjoint, tous deux têtes à claques. La plupart sont, au mieux, moyennement intéressants. Aussi on a peur de voir le mystique arriver à grand galop quand un personnage se met à creuser des tombes “parce qu’il l’a vu en rêve”. Pas longtemps après, évidemment, les événements se précipitent et donnent à ces tombes leur utilité. C’est l’un des moments qui font qu’on a parfois l’impression d’être dans Le Fléau de Stephen King.

Les zombies c’est devenu très populaire. Peut-être trop, même.

Il y a quelques surprises. Des moments touchants d’intimité brusquement interrompus par la loi de la jungle. Et un gang de latinos qui finira par défier tous les clichés. Il y a du lourd, même, dans la direction artistique, la photo (AMC, la chaîne productrice, commence à sérieusement maîtriser son sujet, après Mad Men et Breaking Bad), les effets spéciaux et notamment les maquillages. Ces derniers ont d’ailleurs été confiés au maître incontesté du genre, Greg Nicotero, déjà à l’œuvre sur l’excellent Diary of the dead de… George Romero. Mais en 2010 – l’heure des Lost et des séries multi-primées, n’est-ce pas au fond le minimum syndical ? Les séries américaines nous habituent au meilleur. The Walking Dead, pour l’heure, est incapable de convaincre.

Lu sur les Inrocks

Aussi on attendra un petit peu avant d’affirmer comme tout le monde que “The Walking Dead, ça déchire”. Alors que la première saison – 6 épisodes – touche à sa fin le 5 décembre, même pas sûr qu’on soit de retour devant le poste pour la saison 2, à vrai dire. Regarder des séries en 2010, mine de rien ça prend un temps fou. Lost : 84 heures. Mad men : 36 heures, Breaking Bad : 25 heures, Dexter : 60 heures – et c’est pas fini. On ne parle même pas des petites françaises qui montent (et font monter la température). Un tri s’impose, sous peine de finir en burnout. Désolé, les zombies. Bisous.

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5 commentaires

    Ranskalainen  | 02/12/10 à 20 h 03 min

  • La saison 2 ne risque pas d’être meilleure car il a été annoncé il y a quelques jours qu’il n’y aurait plus de réel staff d’écriture mais juste une succession de pigistes… Bref, ça risque vite de tomber dans le grotesque scénaristique.
    Dommage, la bd est réellement excellente.

  • Holden  | 03/12/10 à 13 h 52 min

  • Merci pour ces précisions utiles même si je ne partage pas ce motif d’inquiétude. Comme toute série, la trame s’écrit à plusieurs mains, qu’elles soient régulières (pools de scénaristes) ou pigistes. Et le tout est toujours sous le contrôle du (des) shows-runners / producteurs exécutifs qui valident les scénarios ou pas – ici, Darabont donc.

  • milenko  | 03/12/10 à 16 h 14 min

  • Un pilote magnifique, bonne ambiance, belle réa, des zombies à faire pâlir… des zombies (wouah… bicycle girl), et un lowtempo inhabituel mais vraiment efficace.
    mais àpres, le drame… ça se distance du comic en créant des subplots invraisemblables ou en introduisant des élèments bien trop tôt. Tout ça en stand alone. j’ai mal à mon Kirkman. Personnellement je reconnais pas le comic.
    Walking Dead fait pourtant un carton aux States. Une réussite grâce à son écriture… ou malgré son écriture…?
    Darabont à écrit les deux premiers scripts et à reécrit partiellement les 4 derniers. Je crois qu’il a compris qu’il fallait qu’il tienne la baraque tout seul et il a viré tout le monde. Un espoir pour la saison 2, du neuf.
    En attendant j’en reste au comic et à Dead Set.

  • Boud'  | 03/12/10 à 16 h 37 min

  • Dead Set, ou comment parler de zombies sans jamais citer Romero : OUF ! Ça au moins, c’était original. Ok, ils n’avaient pas Nicotero, ils n’avaient pas de fric, mais ils avaient des tas de bonnes idées et beaucoup d’humour. Ça oui, je valide

  • milenko  | 03/12/10 à 16 h 47 min

  • ah, par contre les références à Romero je les ai pas vu.

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