20 jours avec Charlotte Gainsbourg

16/12/09 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags :

A l’occasion de la sortie hypermédiatisée de son album IRM, lettre rêvée à Charlotte Gainsbourg.
Les retrouvailles eurent lieu il y a trois semaines, lorsque les salles des MK2 projetaient un extrait de votre nouveau clip (ton nouveau clip ?), duo avec Beck, Heaven can wait.
Quoique. Étais-tu (tant pis) vraiment partie depuis le mois de mai, lorsque Michel Denisot, te recevant dans son Grand journal cannois, diffusait quelques images de l’enregistrement de l’album IRM ? Venue là pour parler cinéma, tu avais été prise au dépourvu. Pas sûr que ça t’ait plu.

IRM est sorti le 7 décembre, soit plus de six mois après le Festival de Cannes, où toi, osée osante, concentrais l’attention pour Antichrist, pour Lars Von Trier, pour ces polémiques vite vieillies. Depuis le printemps donc, l’attente montait, discrète, on y pensait comme ça, Il sort quand, l’album de Charlotte Gainsbourg, déjà ?

J-20 : Le MK2, première étape réussie. Beck et toi vous placez d’office dans un registre cultureux (on n’a pas dit UGC, merci), le clip est beau, drôle, tu portes une robe à la Suzanne Lenglen version Woody Allen à Notting Hill, et tiens dans tes bras un gros bébé moche, leçon de décalage so cool.

J-17: Le clip débarque sur Youtube et la chanson sur Deezer. On va bien voir si Heaven can wait lasse ou s’il relèvera le défi du repeat des journées durant. Aux premières écoutes la chanson caresse. De toute façon, il suffit de voir comme tu planes sur le clip pour sentir que tu n’es pas là pour nous heurter. Ni toi, ni Beck, d’ailleurs. « She’s sliding, she’s sliding », commencez-vous.
Un peu plus tard, Heaven can wait arrive sur Nova (dans la lignée du MK2). A la radio, c’est le rythme qu’on remarque, des ascendants gospel quelque part au fond des refrains.

J-7 : Début décembre, tu apparais sur les couvertures des magazines, placardée dans les rues. Elle : « Le bonheur lui donne des ailes. » Glamour : « Pourquoi on l’aime depuis 20 ans » (qui veut savoir ?). Les Inrocks : « Charlotte Gainsbourg : « Brusquez-moi » ». Next : « Charlotte Gainsbourg la superbe ». A chacun sa part de Charlotte, un coup femme qui doute un autre branchée qui s’ignore. Les journalistes s’appliquent à redire tes blessures, ton miracle d’équilibre intime, et comme tu n’y peux rien si la France est amoureuse de toi. Ajoutons à cela les affiches du film Persécution, où Anglade et Duris t’entourent, et plus un coin de boulevard qui ne t’échappe, sauf que l’album ne sort toujours pas… La perspective d’une indigestion de La Gainsbourg inquiète. L’équipe de promo de ton disque et de ta personne aurait-elle trop bien ficelé le calendrier ? Heureusement, la lecture du portrait/récit de Next rassure, parce qu’il parle de toi avec précaution, et ne prétend pas t’avoir comprise. Il n’y aura pas saturation à la Tautou en son temps. Toi, tu échappes à l’écœurement. Entre les redites des articles et au-delà d’elles, ton visage et tout ton corps comme matières rêvées pour les photographes, et Heaven can wait, encore.

J : Lundi 7 décembre, le voilà, l’IRM (Imagerie par résonance magnétique, titre un peu médical, vaguement poétique). Écoutes. Cet album est flippant, surtout trop tôt le matin. Le Chat du café des artistes, reprise du Québécois Jean-Pierre Ferland, n’aide pas à se réchauffer. Et puis Heaven can wait s’ouvre, implose, et jaillit, les premières douceurs oubliées. Il y a toujours les cuivres et deux voix dans le coton, mais la chanson attaque de front. Waho, Charlotte !
Parfois on ne reconnaît plus ton timbre, alors que dans 5.55, ton précédent album, tu avançais sur le même fil de bout en bout. Me and Jane Doe : ne nous fais pas croire que c’est toi qui chantes, avec ces airs enfantins de Moldy Peaches ressuscité. Greenwich Mean Time agresse presque, tant tu nous as habitués à l’art de la retenue. Verlaine et Apollinaire lévitent autour du disque, pourtant si peu français.

J+1 : Charlotte… je t’aime beaucoup, mais à mes oreilles la plupart des titres d’IRM se confondent encore (déjà ?), sauf Heaven can wait, si différent, peut-être parce que la voix de Beck mène la danse. Tu déclares ne pas te sentir à l’aise en chantant en français. Pourtant, c’est sur Le Chat du café des artistes que ta voix ose le plus une personnalité et une émotion. On le sait depuis l’album Charlotte Forever, ta marque, c’est le dosage minimum, le filet de voix réduit à son délicat nécessaire. Une B.O par ci c’est déchirant, un Di Doo Dah avec Jane Birkin par là c’est délicieux. Mais ici, l’attention dérive, et j’aperçois l’ennui qui…

J+2: Persécution, de Patrice Chéreau, sort aujourd’hui. L’évidence de ta présence au cinéma écarte gracieusement les doutes autour d’IRM. Paraît-il que tu aimerais tenter la scène. De toute façon, tu sais bien que les Français ne te lâcheront pas, eux qui te collent aux basques depuis tes douze ans, attachés à toi comme à une petite voisine qu’on a vue grandir mais à laquelle on n’a jamais parlé. Parce qu’elle n’a pas très envie. Et parce qu’on n’ose pas, elle est trop loin.

Lire aussi:
Antichrist, de Lars Von Trier: la chronique d’Holden.
Cannes 2009, gros plan sur la sélection/

Charlotte Gainsbourg, IRM, Because.
Persécution, de Patrice Chéreau, avec Jean-Hugues Anglade, Romain Duris, Charlotte Gainsbourg.

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