Agnès Obel au Transbordeur : ô belle Agnès !

21/11/11 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : , ,

En ce premier dimanche de novembre, le Transbo (comme disent les Lyonnais branchés) accueillait la musicienne au chant d’oiseau. En amuse gueule, le public découvrait Daan Stuyven, un pince sans rire belge à la voix de crooner américain et à l’humour ayant le mérite de faire rire le public lyonnais, réputé pour être parfois un brin frileux, préparant ainsi la salle à la féerie qui va suivre. Après un break un peu long, la charmante et chétive Agnes Obel entrait enfin en scène.

Le décor est sobre : un grand piano à queue noir se dresse, un violoncelle est couché aux pieds d’une chaise. Le classicisme rigoureux de la pochette de l’album pouvait présager une attitude un peu lointaine, voire guindée mais pas du tout. La jeune femme qui nous salue ressemble à une petite fille timide, curieuse et étonnée de voir une salle remplie. Sourire espiègle, natte et petite robe noire simple, son allure charme d’emblée. Elle est accompagnée de sa violoncelliste berlinoise Frédérique Labbow, qu’on croirait sortie d’une peinture flamande. Après une courte intro musicale qui nous transporte dans la rêverie d’un jardin à la tombée de la nuit (Puck, y es-tu?), la harpiste les rejoint. La troupe est au complet.

Quelques problèmes de sons plus tard, la chanson éponyme de l’opus Philharmonics ouvre véritablement cette heure et demie de délices mélancoliques. Les voix cristallines se mêlent, s’éloignent avant de se rattraper par le bout du pied pour effectuer une grande balade funambule. La voix grave du violoncelle apporte la gravité nécessaire, les cordes délicates de la harpe écossaise y ajoutent la fraîcheur et la magie. Parce que c’est intemporel et fragile, on pense à Cat Power, parfois Tori Amos. Les rires enchanteurs qui illuminent l’attente lors de l’accordage sont adorables. On aurait envie de rejoindre ces trois petites fées qui batifolent entre elles, étranges et enfantines, gentiment délurées et indomptables, mais leurs plaisanteries secrètes nous échappent.

MOMENT DE GRÂCE

Au final, on retrouve exactement la beauté de l’album. On est même presque déçu de ne trouver que ça. C’est pourtant déjà énorme. Peu de variations, pas de remix à outrance ou de trémolos de voix forcés : on est dans la pureté et le respect des morceaux originaux. La “star” n’est plus seulement ce petit bout de femme mystérieux dont on a tant parlé, mais véritablement ce trio ensorcelant qui fonctionne en totale harmonie. Après une standing ovation méritée, le rappel clôt en beauté le concert en livrant deux titres superbes. Quand Obel revient au piano et entame le Between the bars de feu Elliott Smith, elle se fait humble, livrant toute l’admiration qu’elle a pour cet artiste trop tôt disparu à mettre au panthéon des “talents de la grâce”. Simple et touchant. Le final l’est tout autant, lorsque les trois musiciennes interprètent Katie Cruel, une folk song plutôt triste venue tout droit d’ Ecosse. Le temps est suspendu. A l’instar du set, cette conclusion est un joli moment de mélancolie lumineuse. Pas celle qui plombe, mais celle qui fait du bien. « Un peu de douceur dans un monde de brutes » qu’elle disait la pub du chocolat.

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