Agnes Obel, héroïne hitchockienne

21/11/11 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags : ,

Mystère. Délicatesse. Douceur. Ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit quand on pense à Agnes Obel (prononcer “Agneuss Obeul”), de son vrai nom Caroline Thaarup Obel, jeune Danoise de 30 ans ayant grandi à Copenhague et résidant à Berlin depuis quelques années. Cette artiste prometteuse, jusqu’alors inconnue dans notre pays, fait parler d’elle depuis quelques mois. Et pour cause : cette sylphide venue du froid a enchanté nombre d’oreilles avec son premier album d’une grâce inouïe, Philharmonics (sorti le 4 octobre sous le label Pias).

La demoiselle a grandi entourée de pianos, conversant avec Debussy, Bartok, Satie (dont on retrouve l’influence, notamment le traitement des silences, dans certains titres) ou encore Joni Mitchell, qu’écoutait sa mère. Un peu timide, elle fait ses premières armes au sein du groupe Sohio (aux côtés du producteur Elton Theander) et commence à fabriquer ses propres chansons dans son coin. L’une d’elles, Just so (entêtante petite balade tout droit sortie d’une boîte à musique) est repérée sur Myspace et devient la musique d’une pub en Allemagne (pour Deutsche Telekom), fait assez rare pour une simple démo. S’ensuivent la rencontre avec le label Pias, la préparation d’un EP puis d’un album  – qu’elle produit elle-même -, une série de concerts à travers l’Europe… et plus de 40 000 exemplaires vendus sur le seul territoire français ! Le mystère Obel opère.


Sa musique est un formidable accompagnement aux derniers jours d’été indien et aux premières lueurs rousses de l’automne. Car elle semble se fondre dans les saisons de passage. Quelque part entre spleen et rêverie anodine, ses ritournelles troublent l’âme. Lui font écho. Piano, harpe, violoncelle et voix enchanteresses s’entremêlent pour tisser un écrin à la fois rassurant et étrange. Comme le sorcier Merlin à qui on ne peut donner d’âge précis, Agnes Obel a dans ses traits et dans ses chants ce petit quelque chose échappé d’un autre temps, d’indéfinissable et d’intrigant. Avec sa blondeur, son regard perdu et insaisissable, cette gravité derrière une apparence juvénile, elle ressemble à une héroïne hitchcockienne ; forte, vulnérable, troublante (la pochette de Philharmonics est d’ailleurs une référence directe au film Les Oiseaux.) Sa musique lui ressemble. On y rencontre les tracas de l’amour ( Close watch, reprise de l’un des plus beaux titres de John Cale, évoque l’amour et la crainte de s’y perdre), la nature, les légendes celtiques et scandinaves (le délicat The beast), le temps qui passe et la question du choix (l’hypnotique Riverside par exemple parle du risque et de la peur auxquels nous sommes confrontés lorsque vient le moment de se jeter à l’eau et de suivre le courant, où qu’il nous mène). Lorsqu’elle hésite avec les mots anglais, la musique prend le relais. Et ça suffirait presque tant elle est ensorcelante et lucide, rappelant parfois pour celui qui accepte de s’y perdre, les écrits de Keats ou Dickinson. Parole de romantique qui s’assume donc, son Philharmonics est juste l’un des plus beaux albums de cette rentrée 2011.

Photo de Une © Franck Eidel

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