Alex Beaupain, le déluge contre-attaque

21/11/13 par  |  publié dans : Albums, Musique | Tags :

BeaupainIl y a six mois, on vous parlait du dernier opus d’Alex Beaupain, son quatrième album studio solo. Après moi le déluge est revenu dans les bacs ce 18 novembre avec une réédition enrichie de cinq duos inédits. Décryptage.

Beaupain chante d’abord avec Fanny Ardant le titre Baiser tout le temps, écrit par l’ami Christophe Honoré. Le texte, à la fois cru et poétique, est sobrement orchestré à la guitare : « Dis soyons sérieux, allons dans un coin, fumer dans tes yeux, voir passer le temps, et baiser un peu, baiser tout le temps ». La voix si particulière de Fanny Ardant se pose naturellement sur ces mots. Elle, qui avait déjà chanté sur la bande originale de 8 femmes en 2002 ou enregistré un duo, Amoureuse, avec Véronique Sanson l’année dernière, avait accompagné Beaupain sur scène à deux reprises déjà, aussi. On l’avait également vue dans le clip de Mika, Elle me dit, en 2011. La chanson oscille entre désenchantement et tristesse joyeuse : « J’ai l’amour en haine / L’amour rend si bête / Aimons-nous à peine / La vie c’est bien mieux / Sans ce baratin ». Le titre, déjà présent sur la version initiale, gagne du caractère avec la voix de Fanny Ardant. On aime la sobriété du piano, la voix inimitable d’Ardant, on a envie de les voir sur scène ces deux là pour un piano voix.

Julien Clerc, qui lui avait écrit Coule sur la première édition de l’album, s’offre un duo sur la réédition. Des Etoiles Mortes gagne à nouveau avec Julien Clerc un rythme plus enlevé que ce à quoi nous a habitué Beaupain. Mais les paroles restent teintées de cette mélancolie poétique qui est sa marque : « Et le joli ciel que la nuit porte à nos prunelles n’est fait que d’étoiles mortes / Toute la lumière, la douce escorte vient du cimetière des étoiles mortes ». La voix de Julien Clerc avec la voix de Beaupain, c’est un de ces mariages improbable, un peu bancal, mais touchant. Le compositeur d’Honoré tend ici vers la variété au sens large, avec une réussite relative. Plaisant, sans plus.

Les femmes, ça le gagne

Alex Beaupain chante Ose avec Perez, jeune artiste de la veine électro. Sur une instrumentale d’abord sobre, les deux hommes déclament une chanson d’amour dont on ne sait si l’histoire est heureuse ou pas, dont on n’arrive à déterminer s’il s’agit d’une invitation ou d’une rupture, un texte plein d’ambiguïté sur les relations compliquées. La rime est (trop) poussive, la plume de Beaupain, qu’on connaît virtuose et habile, a connu de meilleurs moments. On nous dit « jeune artiste de la veine électro », on attend un morceau surprenant. Les couplets sont prometteurs, mais les refrains décevants, des violons qui se sont échoués là et couvrent les percussions qui, elles, avaient le mérite de commencer quelque chose. Des promesses tuées dans l’œuf donc. Décevant.

Avec Lily Kershaw, il compose Merci, Thank You, qui comme son titre l’indique est une chanson pour l’autre « Pour tes caresses / Comme pour tes coups » sur un rythme enjoué, enrichi de l’anglais de l’actrice et comédienne américaine. C’est une nouvelle chanson sur une rupture, mais sur un ton joyeux : « comment t’expliquer le plaisir que j’ai eu à souffrir » ; « merci même si quand bien même / I’d do it all again ». Un morceau plus proche de ce que Beaupain avait pu composer pour Honoré, avec un vrai humour, un vrai dialogue, une histoire, pour un titre dont le côté doux amer fonctionne particulièrement bien avec la participation de Lile Kershaw. On se rappelle le duo Chiara Mastroianni / Paul Schneider des Bien Aimés. Beaupain aime composer pour les comédies musicales, et ça s’entend !

Après avoir mis en musique Contre le vent sur la première édition de l’album, La Grande Sophie enrichit cette réédition d’un superbe duo, un titre étonnant, Quand je marche, fortement marqué par son style. Alex Beaupain déclame sobrement à des moments plus qu’il ne chante, dans une prestation à mi chemin entre Fauve et le slam, tandis que derrière s’envole la voix claire de La Grande Sophie. Le duo est double, ambiguë, deux morceaux qui s’entremêlent pour illustrer les incompréhensions dans les couples : « Quand je marche / Toi tu t’arrêtes ».

Cinq nouveaux morceaux, donc, à la réussite inégale. C’est un nouveau visage que Beaupain veut donner à son album, une façon de faire le lien entre le compositeur césarisé et le chanteur encore trop confidentiel. Alex semble regretter de faire du Beaupain, mais nous on l’aime pour ça. Celui qui s’excusait presque de ne savoir écrire que des chansons d’amour sur des airs tristes s’essaye à autre chose. Ça prend et ça ne prend pas, bilan en demie teinte donc. On retiendra que Beaupain gagne plus à chanter avec des femmes, pour des chansons d’amour, c’est presque logique.

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