Benjamin Biolay à Aix: quelle aventure !

01/04/10 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : , ,

On a succombé. Après 9 ans et 7 albums, il fallait bien que ça arrive. Mais si La Superbe a été dés sa sortie, proclamé meilleur album du chanteur, c’est oublier un peu vite que Rose Kennedy (2001), Négatif (2003) et surtout, A l’origine (2005), recelaient de sacrées pépites. Biolay dépoussière aujourd’hui ces standards, magnifiés par le live et le lâcher-prise d’une voix qui s’affirme enfin. A l’origine, Biolay susurrait beaucoup. Maintenant, il chante. Démonstration faite à Aix en Provence, le 19 mars dernier.

Direction le Pasino : la salle se veut chic, elle est surtout très moche par abus de sobriété. Il y fait trop chaud, et à une poignée de rangées de la scène, ça sent la cigarette. Personne ne fume, pourtant. Les sièges sont inconfortables. D’ailleurs, on s’étonne de voir des sièges, dans cette salle. Même si la musique de Biolay se prête mal au pogo, on aimerait l’applaudir debout. Qu’importe…

A l’heure H, les lumières s’éteignent. La silhouette de BB dans l’obscurité, ça nous émoustille d’emblée. Biolay a besoin de s’échauffer : sur Tout ça me tourmente, il se contente de poser sa voix. Le public repose la sienne – le délire, c’est pour plus tard. L’assurance scénique acquise, le set démarre enfin avec Même si tu pars, qu’on avait aimé dans A l’origine. L’album frustrait par moment, car Biolay y réglait le volume de sa voix au minimum. Plus besoin de tendre l’oreille quand l’artiste est sur scène. Pourtant, ses musiciens jouent fort, les bougres. Et ils jouent bien, même si l’émotion, ils la laissent au chanteur, et à sa voix nonchalante. Harpe, thérémine, violoncelle, synthé à gogo… Parfois, on se surprend à penser à Giorgio Moroder, mais on le garde pour soi, parce qu’on se demande si on n’est pas à côté de la plaque. Le “son” Biolay, c’est ça.

Et le piano. Il trône au milieu de la scène, mais il faut attendre une bonne demi-heure pour que le chanteur s’y mette enfin, à l’occasion d’un volet plus intime. Désormais seul sur scène, Biolay se met à nous parler. On pensait qu’il nous avait oubliés, à force de l’entendre dire “bonsoir”, “merci” et rien d’autre. Il raconte comment Ton héritage, écrite pour sa fille, a laissé cette dernière presque indifférente. “Elle a entendu les premières notes, elle m’a dit ‘ohlala non, c’est trop triste, c’est affreux !’ Mais moi je l’aime, cette chanson, quand je la joue, c’est un peu comme si j’étais avec elle”.
Devant nous, une jeune fille à lunettes remue fébrilement la tête. On la sent bien partie pour finir la soirée dans les pommes.

Photo : Marion Exposito.

Nous, on attend Brandt Rhapsodie, car on a décrété que c’était la plus belle chanson du monde. En attendant, on apprécie : Biolay chante et c’est beau. Biolay bouge et c’est beau aussi. Biolay joue avec le pied de son micro comme un dandy avec sa canne. Et c’est beau. On a les yeux en forme de cœurs, et la jeune fille aux lunettes n’en peut plus : si elle avait un briquet, elle le sortirait, là, tout de suite, et elle ne serait sûrement pas la seule. On met la main dans la poche, au cas où, et on se souvient qu’on est non-fumeurs.

Le 3ème tiers démarre, les musiciens reviennent : c’est fini, l’intimité. On pousse à nouveau les décibels, les boucles électroniques hypnotisent, et si la tension est palpable à ce moment précis, c’est parce que le public attend. La superbe. Dés que les premières notes de La superbe se feront entendre, le public criera de bonheur. On le sait, Benjamin Biolay le sait aussi. Alors quand le violon débarque – et que le public crie – il allume une clope. Il l’a méritée, celle-là. Les spectateurs sont complètement love, et la jeune fille aux lunettes a les bras aux ciels. Nous, on attend Brandt Rhapsodie.

Benjamin Biolay photographié par Olivier Roller

C’est inattendu mais c’est ainsi : le plus grand moment de la soirée, c’est A l’origine. Ce titre-là, Biolay le chantait dans son album en noyant sa voix sous des nappes de synthé. Époque révolue : sur scène, le chanteur chantonne, puis chante. Puis crie, mugit, hurle. On ne s’y attendait pas du tout, et on se dit que Biolay est passé à côté de sa vocation : chanteur de hard metal. Le public adore, et la jeune fille aux lunettes s’est mise debout sur son siège. On n’écoutera plus jamais A l’origine comme avant. D’ailleurs on ne l’écoutera plus du tout : on achètera l’album live.

Après ça, on renonce à attendre Brandt Rhapsodie, et on suppute que l’absence de Jeanne Cherhal y est pour quelque chose. Le concert, lui, n’est pas terminé. Après un formidable duo virtuel avec Marylin Monroe (Les cerfs-volants), et un clin d’œil, dans sa version live de Négatif, au Clint Eastwood de Gorillaz (vous avez bien lu. Gorillaz), il faut encore que Biolay se fasse ovationner et pour ce faire, rien de mieux que de le demander en chanson : ce sera donc Padam. “J’attendais en vain que le monde entier m’acclame, qu’il me déclare sa flamme, dans une orgie haut de gamme”. Mission accomplie, à tel point que tout le monde en redemande. Un rappel, puis deux, puis trois… Il revient à chaque fois, Biolay, jusqu’au petit miracle final : Brandt Rhapsodie. A ce moment précis, toute la salle est debout. Si on mesure moins d’1m60, on ne voit plus Biolay. Malheur : on ne l’entend pas non plus. Son micro a choisi le bon moment pour tomber en rade. On n’entend plus que la voix d’Audrey, la choriste, et la voix de la choriste est sans commune mesure avec celle de Jeanne Cherhal. Celle de Biolay revient pour le 3ème couplet, mais il est déjà trop tard : Brandt Rhapsodie, c’est raté. Heureusement, on a A l’origine, nouvelle plus belle chanson du monde. Et heureusement, on a Benjamin Biolay. On a succombé. On y retournera.
Prochains concerts : Colombes – Théâtre L’avant scène (jeudi 01 avril), Les Sables d’Olonne – festival Nouvelle chanson (samedi 10 avril), Enghien les Bains – théâtre (samedi 17 avril), Poitiers – Confort moderne (vendredi 23 avril), Orléans – l’Astrolabe (samedi 24 avril), Clermont-Ferrand – coopérative de Mai (jeudi 29 avril), Nevers – Maison de la culture (vendredi 30 avril).

Photos : Marion Exposito / Olivier Roller

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2 commentaires

    nempower  | 07/04/10 à 23 h 15 min

  • Album super génial…Commentaires au top…

  • rada  | 31/01/11 à 3 h 19 min

  • moi je t aime benjamin …c des cons les autres….. ta musique….. j aime tout chez toi ta superbe coiffure tout koi bisous Nadine

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