Blur revient

24/05/10 par  |  publié dans : Artistes, Musique | Tags : , ,

Pour beaucoup, Blur, c’est d’abord Girls and boys (1994), tube encombrant de jeunes Anglais en survêts, dont un blondinet pas encore charismatique – Damon Albarn. Pour les fans, il y a une vie avant Girls and boys, et avant le LP dont ce titre est extrait, Parklife. Cet album ultra pop est en effet le troisième du groupe, révélé outre-Manche par Leisure en 1991 et Modern life is rubbish deux ans plus tôt.

De Leisure, on retient She’s so high, où la guitare légèrement saturée de Graham Coxon sert le texte mielleux de Damon Albarn, Repetition, où le même Albarn semble poser les prémisses de ce qui sera, quelques années plus tard, le son Gorillaz. Surtout, Leisure renferme le précieux Sing et ses nappes vocales hypnotiques, pépite méconnue réhabilitée en 1995 par le film de Danny Boyle, Trainspotting.

Seuls les fans du groupe se souviennent malheureusement de Modern life is rubbish, qui décline les thèmes développés dans Leisure, avec efficacité mais sans audace, malgré les très bons Chemical world et For tomorrow. Ce qui n’empêche pas l’album de se hisser à la sixième place du top cent des meilleurs albums anglais établi en 2006 par le NME. Le minimum syndical, Blur ne s’en contentera plus, conscient que ce deuxième opus, aussi réussi soit-il, peut facilement pousser le groupe à l’indolence. Alors que leur rival historique, Oasis, capitalise son succès sur une pop éculée faussement indisciplinée, Blur sort l’artillerie lourde.

De la Brit pop au Lo-Fi

Véritable réservoir de tubes, Parklife permet au groupe de rencontrer le succès au delà de l’Angleterre, grâce à Girls and boys – loin d’être le meilleur titre de l’album, par ailleurs – chanson que Damon Albarn finira par ne plus supporter. Véritable ode aux moindres recoins de leur pays (on en ressort avec l’impression d’avoir fait le tour de Londres), Parklife, exécuté avec une application de premier de la classe, parait bien lisse comparé à ce que proposeront plus tard Albarn et ses comparses. Mais qu’importe : musicalement, il est juste parfait. Au point qu’après plusieurs écoutes, on se surprend à regretter qu’il ne soit plus rugueux.

En 1995, autre coup de maître, le toujours très pop-propret The great escape, d’où émergent les hits instantanés Country house et Charmless man ainsi qu’un duo avec Françoise Hardy (To the end, déjà présent dans Parklife, où Damon poussait les vocalises tout seul).
Après quatre albums, Blur est catalogué : ils sont à Oasis ce que les Beatles étaient aux Rolling Stones. Besoin d’un dessin ?

Pourtant, le groupe s’apprête à surprendre le public à plus d’un titre. En 1997, la pop gentillette laisse la place au rock (presque) furieux d’un album simplement intitulé… Blur. Tout en marquant l’apogée du mouvement brit-pop dont le groupe est le fer de lance (Oasis n’ayant pas fait long feu), ce nouvel album s’éloigne pourtant des riffs mignons et des refrains sirupeux pour amorcer un virage inattendu vers un son résolument alternatif. Rock style. Blur conquiert enfin les États-Unis grâce au phénoménal Song 2 – 2 minutes 02 au compteur, deuxième single de l’album, où il occupe la deuxième piste. Song 2, ou comment une parodie de musique grunge se prend heureusement à son propre piège, valant au groupe son plus gros succès. Sous l’influence de Graham Coxon, le disque donne le grand rôle aux guitares (électriques, sèches, accordées, désaccordées…), et propose quelques titres expérimentaux dont les sidérants Theme from retro et Essex dogs (où les cordes saturées côtoient les perceuses). Avec cet album, Blur annonce un changement de style confirmé en 1999. Cette année là, le groupe s’envole pour l’Islande, dans le but d’y dénicher de nouveaux sons.

Avec 13, l’électro s’invite chez Blur

Sous la houlette de William Orbit, Blur tente l’électronique, distillé par petites touches dans le sublime 13. Réalisé de manière peu conventionnelle, ce sixième album est le fruit de séances d’improvisations retravaillées en aval par Orbit et Albarn. Exit la brit-pop, place au lo-fi* et aux expérimentations sonores. Après les personnages délibérément caricaturaux des trois premiers albums de Blur, l’écriture d’Albarn se fait plus personnelle. Influencée par sa rupture avec sa compagne, No distance left to run fait un tabac, tout comme Tender et surtout, Coffee and TV, l’une des meilleures chansons du groupe. Une fois n’est pas coutume, c’est Coxon qui donne ici de la voix, laissant le soin à Albarn d’assurer les chœurs.

Probablement l’album le plus réussi du groupe, 13 marque pourtant le début de sa dispersion. Excédé par le comportement de Graham Coxon – très dépendant à l’alcool – Damon Albarn le congédie. Son absence se ressent fortement dans Think tank (2003), où les styles foisonnent. Les mélodies très efficaces et les rythmes groovy et fortement électro de Think tank confirment l’éclectisme de Blur, mais la nouvelle configuration du groupe (sans Coxon mais avec un saxophoniste) déstabilise le public.

Damon Albarn profite de cette parenthèse dans le parcours de Blur pour explorer de nouveaux territoires musicaux – bandes originales de films, un album en Afrique, deux nouveaux groupes (Gorillaz et The good, the bad and the queen), un opéra rock (Monkey, journey to the west), des participations aux albums d’autres artistes… Albarn cartonne. Mais il n’oublie pas Blur. Réconcilié avec Graham Coxon, le chanteur reforme le groupe le temps d’un concert historique à Hyde Park en 2009, et le temps d’un single, ce fameux Fool’s day que l’on croirait tout droit sorti du diptyque Blur-13. Une mélodie redoutable, un son granuleux, une voix légèrement éraillée par 20 ans de carrière. Blur est de retour ? Oui, dans la mesure où Blur n’est jamais vraiment parti. Outre l’épisode Coxon et les ambulations artistiques d’Albarn – qui transforme en tube tout ce qu’il touche – Blur n’a jamais officialisé la fin de son aventure, encore moins la séparation du groupe. Reste à savoir si Fool’s day sera un premier pas vers la réalisation d’un nouvel album.

Fool’s day, un single tiré à 1 000 exemplaires mais disponible un peu partout sur la toile.

*Lo-fi (low-fidelity, en opposition à haute fidélité ou hi-fi) est une expression apparue à la fin des années 1980 aux États-Unis pour désigner certains groupes ou musiciens underground adoptant des méthodes d’enregistrement primitives dans le but de produire un son sale, volontairement opposé aux sonorités jugées aseptisées de certaines musiques populaires. (source : Wikipedia)

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2 commentaires

    Jeanphi  | 21/05/10 à 4 h 44 min

  • Très bien, je valide.
    Tu ne cites pas le film dont Damon Albarn a réalisé la bande son (avec Michael Nyman), Ravenous. Le morceaux phare de la BO : http://www.youtube.com/watch?v=YHVXAMVC53M&fmt=18
    Trop puissant ‘tain mec.

  • Sab  | 21/05/10 à 11 h 15 min

  • Albarn est un génie, Ravenous / Vorace (un peu à chier, le titre français) est juste l’un des plus grands films anglais de tous les temps, et la musique est à tomber par terre. J’avais peur d’être hors sujet, mais tu fais bien de le signaler ici.

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