Une nuit avec Biolay

02/12/10 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : ,

Il y a encore un an, Benjamin Biolay était bien placé dans ma liste de personnalités détestées, pas loin derrière Zazie et Beigbeder. Et puis il y a eu La Superbe. L’unanimité autour de l’album, les “Tu vas voir c’est génial” de partout, il a donc fallu l’écouter par curiosité et par bonne conscience. Et vlan. Prends-toi ça, prends-toi La Superbe tu ne vas pas t’en relever, et aussi tout de suite ce plaisir de ne pas tout comprendre aux textes, de savoir qu’on pourra y revenir dans longtemps et y saisir autre chose. Maintenant Biolay me plaît autant qu’il m’a agacée.
Le printemps passe et La Superbe boucle toujours. Des affiches placardent dans Paris l’immanquable du moment. Je sonde mon entourage mais au fond, je préfère déjà l’idée d’un tête-à-tête, sentant d’avance que ce concert sera grand, trop grand pour moi et que peut-être, je ne tiendrai pas le coup et qu’il vaudra mieux tomber toute seule.
En effet, je n’aurais pas su assumer mes larmes pendant deux chansons entières. Ton héritage : pas étonnant que ça coule, Biolay de profil au piano qui accumule les déchirements comme des perles sur un fil, “si tes illusions s’écroulent le soir de tes 20 ans”… C’était du tout cuit pour bon public. Mais pleurer sur La Superbe, je m’y attendais moins. A force, cette chanson commençait à puer le clip MCM ou la nouveauté ChanteFrance. Mais sur scène, Biolay ose enfin la révolte contenue dans la version album. Il chante fort ou il crie, on ne sait plus trop, puis la chanson se termine comme une fin du monde.
Biolay, qualifié à plaisir de “crooner” et de “dandy” auxquels on accole l’adjectif “moderne” au cas où ça le vexerait, est complètement premier degré sur scène. Ce que je prenais avant pour une distance snob et fabriquée se révèle être juste un chanteur, concentré, dont les grands bras et les mains lourdes ont parfois des mouvements inutiles. Je l’imaginais plus à l’aise avec son corps, or sa présence mêle étrangement un charisme assumé et un flou pas maîtrisé.
Peut-être parce que maintenant on n’achète plus de disques ou parce qu’on écoute les choses moins longtemps, juste en surface, en tout cas les concerts ont ces temps-ci un goût précieux d’authentique. Lorsque c’est réussi, on ne peut pas se protéger.

Benjamin Biolay Live, Naïve. Coffret DVD à 13,50 euros. Coffret CD + DVD à 19,50 euros. Coffret luxe CD + DVD + livre à 55 euros.

Précédemment dans l’Avent-Vrak :
Jour 1 – Les marrons glacés

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1 commentaire

    Pinkfrenetik  | 02/12/10 à 15 h 22 min

  • Très émouvant et intime ton article.
    Comme toi, j’ai détesté Biolay.
    “Quoi ce gars au cheveux gras qui ne sait pas chanter ?”
    Des fois, en y repensant, je me demande comment j’ai pû sortir de telle réflexions. Et comme toi aujourd’hui, je l’aime autant que je l’ai déteste.

    Je suis tombé sous le charme de BB avec la Merco Benz, tiré de son précédent album Trash Yéyé ; mon album préféré.
    Les 3 précédents (Rose Kennedy, Negatif et A l’origine) sont eux aussi déchirants mais beaux, et permettent d’en apprendre un peu plus sur ce poète noir.

    La Superbe, je suis évidemment tombé sou le charme.
    Et pour ma première fois avec Biolay, au Casino de Paris en février, mes larmes se sont mise à couler…

    http://www.pinkfrenetik.com/blog/2009/10/22/music-of-genie/

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