Cabaret Rouge au Festival d’Avignon 2017

12/07/17 par  |  publié dans : A la une, Concerts, Musique, Scènes | Tags : , , ,

 

Le rouge est mis en Avignon

 

Ça commence par “El pueblo unido jamas sera vincido” des Quilapayun et le cœur vous serre, on sait l’assassinat d’Allende et le triomphe de Pinochet, la dictature, les tortures et les disparus sans sépulture. Alors on ne cesse de le chanter, c’est déjà ça. Puis la Varsovienne, “En rang serré l’ennemi nous attaque, pour notre cause soyons prêts à mourir”…Puis Berthold Brecht, “L’homme veut manger du pain, oui, il veut pouvoir manger tous les jours, du pain et pas de mots ronflants, du pain et pas de discours”, l’appel du Komintern, “Nous ne craignons pas les tortures et la mort, en avant prolétaires, soyons prêts, soyons forts” enfin tous les chants de lutte -ou presque- qui ont accompagné l’histoire des peuples de gauche à travers le monde. 

Soudain un grain de folie les saisit, et ils hurlent ensemble la prière punk des pussy riot pour le départ de Poutine, qui leur a valu la prison.

 

Norah Krief

 

Espagne au cœur

 

En ce temps là on chantait rouge, il y avait un sens de l’histoire, des hommes et des femmes s’engageaient jusqu’au sacrifice pour que des temps meilleurs adviennent.

En apparence c’était simple, il y a eu le Front Populaire, en Espagne la victoire des républicains et leur gouvernement démocratiquement élu. Contre eux le “golpe”, le coup d’état des militaires putschistes, Franco et son armée de mercenaires soutenus massivement par les fascistes Italiens et les nazis allemands. N’écoutant que son courage qui ne lui disait rien Blum s’est abstenu de les aider, alors trente cinq mille “têtes brûlées” de cinquante trois pays sont venu combattre aux côté des républicains espagnols, quinze mille y ont laissé la vie. Il y avait les inconnus, mais également Ernest Hemingway, André Malraux, Arthur London, André Marty, Robert Kapa et Gerda Taro dont les images nous bouleversent encore, et de nombreux autres. Il y avait aussi Eric Arthur Blair, connu sous le nom de Georges Orwell, auteur de “1984” que le drame espagnol lui a inspiré. A lire ou relire absolument en ces temps où le ventre est plus que jamais fécond d’où est surgi la bête immonde.

 

Norah Krief

 

Et puis nos avons appris que les staliniens ont massacré les communistes du POUM qui ne l’étaient pas, staliniens, massacré les anarchistes, puis exécuté presque tous les russes survivants des brigades, il ne fallait pas laisser de témoins. Les russes ont aidé parcimonieusement l’Espagne républicaine contre tout le stock d’or de leur banque nationale et les ont abandonné quant Staline a fait alliance avec Hitler. Il y a eu le chant de Makhnovtchina et ses” drapeaux noirs dans le vent” l’anarchiste ukrainien qui combattait les nazis avant d’être massacré par les armées de Staline, le texte a juste été un peu modifié: “Au printemps les traités de Lénine ont livré l’Ukraine aux Allemands” est devenu “A l’appel du grand Lénine se levaient les partisans”. Alors les souvenir qui affluent pendant ce spectacle rouvrent les vieilles blessures qu’on croyait suturées, mais sans doute le faut-il encore et encore pour ne jamais oublier, les justes comme les assassins.

 

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Norah Krief

Les passionnés de théâtre la connaissent dans “Ivanov”, “Les trois sœurs” de Tchékhov, “La double inconstance” de Marivaux, “Italienne avec orchestre” ou “Le mariage de figaro” de Beaumarchais, “Henry IV” et “les sonnets” de Shakespeare, “le misanthrope” et “le malade imaginaire” de Molière,  nombre d’autres encore, tout citer serait fastidieux. Ils savent moins qu’elle chante depuis dix ans, pas avec un filet de voix et en mangeant le micro, elle a des accents prophétiques de passionaria, qu’elle chante Monthéus  et la grève des mères pour ne plus fournir de chair à canon aux tyrans, ou Ay Carmela et El ejercito del Ebro. Quand elle ose au deuxième rappel interpréter Oum Kalsoum, elle est bouleversante. Même si elle avouait peu après que ses genoux s’entrechoquaient. Fred Fresson chantait seul au piano “Les Anarchistes” de Léo Ferré, tout en nuance, et David Lescaut “Tire une balle dans ma tête”, de sa composition.

La Revue Rouge est bien plus qu’un tour de chant, mise en scène par Eric Lacascade c’est une pièce de théâtre chantée, et magnifiquement.

A voir et à revoir.

 

Norah Krief

 

Au piano Fred Fresson, à la basse Philippe Thibault, a la batterie Flavien Gaudon, a la guitare et à la trompette David Lescaut.

 

Norah Krief

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