Tandoori, d’Eiffel

01/02/07 par  |  publié dans : Albums, Musique

Eiffel, c’est la réunion de quatre musiciens, venus d’horizons musicaux divers et variés, ayant une réelle connaissance de la musique et soudés autour du couple formé par Estelle et Romain Humeau, l’auteur-compositeur du groupe. Eiffel, c’est un projet musical commencé il y a environ dix ans. A l’époque, cela s’appelait encore Oobik & the Pucks, et entre les différentes galères de maison de disque et autres tracas, on retrouvait déjà ce désir de jouer, de créer et de partager, particulièrement fort chez ce groupe. Dix ans de carrière qui aboutissent aujourd’hui sur un nouvel essai phonographique.

C’est le 15 janvier que Tandoori, la nouvelle production d’Eiffel, est venue remplir les bacs des disquaires. Il s’agit là pour le groupe du troisième album, mais c’est en fait le premier « vrai » album studio, dans le sens où ses aînés furent enregistrés dans des lieux que l’on qualifiera de peu conventionnels : ferme, grenier, cave… Cette fois ci, c’est en Belgique et plus précisément à Bruxelles qu’Eiffel a posé ses flycases, le temps de faire vibrer les murs des studios d’ICP, l’ingénieur du son Michel Dierickx aux manettes.

Pourtant, ce qui frappe avec cet album et qui peut paraître paradoxal, c’est que le son n’a jamais été aussi brut que sur Tandoori, si proche du live. Exit les arrangements complexes chargés de cuivres et de cordes, les longues introductions sur des plages qui autrefois atteignaient aisément les cinq minutes, les parties instrumentales qui emmenaient l’auditeur ailleurs sans qu’il ne s’en rende compte. Cette fois ci, Eiffel taille sa musique à coups de canif, dans le lard, guitares et basse en bandoulière, les fûts martelés. On ressent une formidable énergie qui se dégage de l’ensemble, cette envie du groupe d’aller à l’essentiel, sans détours ni concessions. Un sentiment d’urgence, comme s’il fallait tout lâcher avant qu’il ne soit trop tard.

Au niveau des textes, cet album a de quoi combler les plus exigeants d’entre nous. Alors qu’à l’époque d’Abricotine (premier album du groupe), et en remontant jusqu’à Oobik, Romain avouait composer la plupart de ses chansons sur des textes à base de yaourt, on ressent aujourd’hui une véritable évolution dans la plume « humesque », déjà largement perceptible dans Le ¼ d’heure des ahuris et L’éternité de l’instant, album solo de Romain. La qualité de son écriture se révèle un peu plus à chaque album, puisant ses influences chez de grands noms de la littérature et de la musique, tels que Boris Vian, Serge Gainsbourg, Léo Ferré ou encore Louis Calaferte. Romain s’essaie également au maniement de la langue de Shakespeare, sur des titres coécrits avec son ami Joseph Doherty. C’est d’ailleurs l’une de ces deux chansons qui ouvre l’album : Loony tune for the moon.

Brut de décoffrage, c’est une bonne manière de qualifier cet album. Les titres sont courts, excepté l’excellent Bigger than the biggest, où Romain déblatère un long texte où il crie sa haine contre tout ce qui peut le dégoûter : « Commis d’office / Au commerce inéquitable / Tant des nombres incalculables de dés sont pipés / Dites n’importe quoi / Mais dites le bien / Bradons Dieux à plus offrant sur petite planète affamée ».

Seize titres forment la colonne vertébrale de cet album, seize titres en moins de cinquante minutes. A peine avons-nous le temps de reprendre notre souffle lorsque les guitares finissent de hurler, qu’on nous réinjecte une dose, les amplis poussés à fond. On ne s’en plaindra pas, d’autant plus que parmi toutes ces chansons énergiques se disséminent intelligemment quelques magnifiques ballades qui renouent avec des arrangements pour quatuor. Dispersés est l’une d’entre elles, alliant une guitare électrique au son clair un peu crade et des cordes, le tout embelli par la voix de Romain : « Dispersé / J’étais trop dispersé / Dispersé / Dis, puis je encore me rassembler ? ». On atteint des sommets mélodiques et émotionnels…

Sur Gnomes on my back, on s’amuse à établir des liens entre le gnome d’Eiffel qui se ferait ici l’écho du Giant Jack de Mathias Malzieu. Un petit clin d’œil fort sympathique, qu’il soit volontaire ou non, aux monstres amoureux de la scène rock française que sont les Dionysos. La chanson éponyme, Tandoori, commence sur un arpège nous évoquant la reprise du Plat pays de Jacques Brel, disponible sur le double live sorti en 2004, Les yeux fermés. On approche alors doucement de la fin de l’album, qui se termine sur Une à une : « De l’amour, il en pleuvra sur le bitume / Des lèvres, des secondes épelées une à une / De l’amour il en pleuvra sur le bitume / Cela bat de soi, faudra s’accrocher à la lune / Pour des lèvres, des secondes épelées une à une ».

Pour ma part, il ne me reste plus que quelques jours avant de pouvoir découvrir ces nouvelles chansons en concert. J’aurai sûrement l’occasion de vous en parler, mais avant cela, j’ose vous faire une petite confidence… Tandoori est sans doute l’un des albums les plus marquants de ces dernières années sur le paysage du rock français. Eiffel est en passe de devenir (pour qui n’en serait toujours pas convaincu) un véritable monument du rock français.

Composition du groupe :
Estelle Humeau : guitare, hammond, castagnettes, chœurs
Romain Humeau : chant, guitare, piano, chœurs
Hugo Cesnoz : basse, contrebasse, chœurs
Emiliano Turi : batterie, percussions (remplacé par Christophe Gratien sur la tournée)

Tracklist de l’album :
Loony tune for the moon
Ma part d’ombre
Saoul
Paris-minuit
Belle du jour
Avec des si
Dispersés
Bigger than the biggest
Qu’ai-je donc à donner ?
Shalom
Tandoori
Rien n’est pour de vrai
Gnomes on my back
Tes vanités
L’opium du people
Une à une

Retrouvez les dates de concerts et de nombreuses autres informations sur le groupe sur le site officiel d’Eiffel : http://www.eiffelnews.com

Photos de Fabrice Delanoue (c) Froggy’s Delight.
http://www.froggydelight.com
http://www.tasteofindie.com

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4 commentaires

    Druss  | 02/02/07 à 12 h 20 min

  • Ah je vais les voir ce soir en concert ;-)

  • onomatt  | 09/02/07 à 14 h 10 min

  • Vous pourrez bientôt lire une chronique de leur concert à Corsept dans les brèves !

  • dolly  | 11/02/07 à 18 h 10 min

  • finalement j’aime bien !
    merci onomatt !!

  • faf de bordeaux  | 05/10/08 à 3 h 30 min

  • Merci pour les places.. à tres bientôt, gueule de con.

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