Ferré-Martin, la Mémoire et la Mer

21/11/17 par  |  publié dans : A la une, Musique, Scènes, Théatre | Tags : , , , , ,

La mémoire et la mer au Toursky, la Passion selon Richard.

La mémoire, c’est d’abord le souvenir vivant de Léo Ferré qui aimait le Toursky et Richard Martin qui, lui, le vénérait, unis dans leur fraternité libertaire. Ils sont de ces anarchistes dont les bombes sont les mots vibrants des poètes, ils ont chevillé au corps la croyance que l’amour, valeur suprême, finira par triompher, avec pour seule arme la culture et pour seul viatique l’éthique. Des rêveurs sans doute, mais poursuivre ce rêve, faute de changer ce monde qui sombre dans un obscurantisme médiéval à côté d’une vertigineuse montagne de savoir, ça permet de grands moments de rencontre et de partage.

 

 

Les fées ne sont pas toujours bonnes et les faits sont têtus, la réalité matérielle est là, la culture a un coût, les saltimbanques ne vivent pas que d’amour et d’eau fraîche. Faire vivre un théâtre suppose des aides des pouvoirs publics et un prix d’entrée à chaque spectacle.

Alors, pour que le théâtre vive, pour cette troisième soirée de soutien c’est Richard Martin qui occupe la scène, avec l’un des textes les plus emblématiques de Léo Ferré, « La Mémoire et la Mer ». La mémoire est là et la mer n’est pas loin, dans cette ville portuaire chantée par le poète.

« Oh Marseille on dirait que ta voix a changé

on dirait que la carte où partait l’indochine

en se prenant pour toi dans le riz délavé

te pleure avec du sang et puis l’âme marine »

 

 

La soirée était initiée par Gisèle Maurizio puis Natasha Bezhriche, chanteuses qu’on eut volontiers retenues plus longtemps sur scène tant leur interprétation était inspirée. Marseille est une ville aux ressources insoupçonnées. De même pour ce grand orchestre de mandolines dont on n’avait jamais entendu parler, qui soutenait Richard par les compositions originales de son chef, Vincent Beer-Demander. Le Toursky était ce soir là un théâtre à l’italienne.

 

 

Richard est habité, par le texte de Ferré et par sa passion de la scène. Le lion rugit, il brûle encore et toujours de sa passion de saltimbanque et vous emporte dans le flot furieux de cette « Mémoire et la Mer ». Puis il incarne Rimbaud, poète adolescent fulgurant devenu trafiquant d’armes, après avoir abandonnée une œuvre immortelle. « Ah que ma coque éclate, ah que j’aille à la mer ! ». Bien sûr, l’âge pèse encore, même quand il avoue avoir toujours quatorze ans, mais c’est le prix à payer au réel qui ne se plie pas aux réalités de l’esprit.

Longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues. C’est l’âme des poètes.

Jean Barak

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