Fiesta des Suds : Danakil, Groundation, et les gros pétards

21/10/11 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : ,

Jeudi soir, La Fiesta nous a offert un bain de jouvence sonore qui sentait bon les grillades estivales histoire de prolonger encore un peu l’été, et ses soirées roots à gratter des guitares sur la plage au coin du feu. Ah nostalgie… Laissons-nous gentiment embarquer dans le mini van Volkswagen, en route pour le pays des Bisounours.

Danakil ou le reggae marshmallow

21h, alors que Danakil entre en scène, on s’attarde dans la cathédrale d’images des 20 ans de la Fiesta où une jeune femme scotchée devant une projection murale des festivités passées aurait pu nous mettre la puce à l’oreille quant au ton de la soirée… Perchée ?

Avant d’être happés par le même syndrome hypnotique on file à l’extérieur, direction le Chapiteau, il fait froid mais là-bas ça chante déjà alors on presse le pas. Le Chapiteau est bien rempli et le parquet commence à trembler. C’est que ça sautille sévère les rastas man, et d’entrée de jeu ! Projetés dans un univers qui n’est pas le nôtre, on se faufile dans les premiers rangs au beau milieu de joyeux fêtards -pétard à la bouche- et on se dit qu’on ne va pas faire long feu. Il ne nous faudra pas plus de 5 minutes pour nous fondre dans la masse serrés comme des sardines, la tête embrumée et le rire niais. Ça SAUTILLE, beaucoup, ça SOURIT beaucoup, et oh grande surprise, ça CHANTE aussi beaucoup. C’est qu’ils roulent leur bosse depuis 10 ans, les compères de Danakil ; et de toute évidence ils ont embarqué du monde sur leur passage. Le chanteur leader -aux dreds aussi longues que les spliffs de Bob Marley -est content. Il a la banane, il tend son micro à la foule, Marseille est bon public et reprend en chœur ses textes en français un brin coups de gueule et militants, et emplis de bons sentiments ; assez clichés, en somme. Pas une grande différence entre rap et reggae franchouillards. Et sans grande surprise, ça fonctionne. Sans surprise non plus, les mélodies aux rythmiques usées ne laissent pas de place à la folie -c’est du préformaté- mais elles vous surprennent à sautiller harmonieusement avec votre voisin de droite tandis que celui de devant lève son poing en cadence.

Ce qui sauve le groupe : le chanteur rapporté -un sénégalais rencontré lors de l’enregistrement de leur dernier album à Bamako- au timbre de voix traditionnel qui donne du relief et de la crédibilité à leurs compositions, alternant flow hip hop et chants africains. Voilà leur bonne étoile, leur petit truc en plus qui apporte un peu d’exotisme à l’ensemble. Car outre ce chanteur black, le groupe n’a rien de bien original avec ses musiciens (cuivres, guitare, batterie) presque tous dreadloksés.
On sent la catastrophe arriver lorsque le chanteur à midinette annonce « une spéciale dédicace à toutes les ladies » pour le prochain morceau. On lui trouve alors une forte ressemblance avec M.Pokora, et on pouffe de rire en s’étonnant d’être seule dans l’assemblée à trouver ça too much de marshmallows. On frôle alors l’overdose. Il nous achèvera enfin par la reprise de Non, je ne regrette rien de notre Edith nationale emportée par la foule dans une communion surprenante (quoi que déjà reprise en version rap dans le film La Haine). On aurait presque préféré pour une fois que le chanteur se frotte plutôt à la langue anglaise, histoire de ne pas tout comprendre à ses paroles et ne pas être amusés par tant de gnangnans.
Et puis le reggae, ça se chante en anglais !

GROUNDATION ou la fusion du reggae et du jazz

23h, à peine eu le temps d’avaler des beignets de légumes et un poulet tandoori, on rejoint le chapiteau qui est cette fois-ci plein à faire péter les lattes du parquet. Technique du faufilage aiguisée, on se retrouve bien placés au milieu d’une foule qui a changé d’univers et qui semble planer dans les hautes sphères. Trois ou quatre tombent comme des mouches dès les premiers morceaux (la faute au son jazzy ?), mais les Envrakés –en grands professionnels- résistent et gardent le cap ; objectif : découvrir ce qui fait frétiller la populace à l’annonce de la venue du groupe californien dans les docks marseillais. On découvre un chanteur, Harrison « Professor » Stafford, guitare à la main, à l’allure d’un gourou –gringalet, longue barbe, petites lunettes, et kipa (ou pas) tricotée sur la tête- qui déploie son énergie positive face à une foule d’emblée conquise, accompagné de deux choristes blacks aux voix puissantes et six musiciens (cuivres, percu, guitare, basse et clavier).

La comparaison avec Danakil est sans appel, on a devant nous un groupe de musiciens de jazz qui jouent un reggae faisant la part belle à de longues plages instrumentales qui mettent la foule en délire, là où Danakil faisait plutôt office de chauffeur de salle. Les musiciens s’accordent tour à tour des solos (d’impro ?) pointus, on sautille moins, car on observe les artistes, et on se délecte de tant de virtuosité. Des morceaux bien ficelés, extrêmement bien arrangés et qui durent, de quoi ravir les novices comme les plus avertis. Et pour finir, comment passer à côté d’une reprise de Bob quand leur précédente tournée lui était dédiée ? C’est avec un Could you be loved fédérateur que Groundation aura fait un clin d’œil au maître, entraînant les spectateurs dans une ferveur positiviste.

Le petit moins: Bien entendu, un chanteur de reggae a toujours des rainbow dans la voix qu’il nous balance à chaque fin de morceau à grand coups de « peace and love mes frères, nous sommes tous unis sur la planète terre, vous êtes formidable Marseille… », ça sent plus le show à l’américaine et les phrases répétées machinalement dans toutes les villes de passage, mais le public y croit et gigote. N’est-ce pas là l’essentiel ? On ne leur en voudra pas. On annonçait l’avant-première de leur huitième album comme étant novateur et à voir en live, Envrak vous conseille plutôt de l’acheter pour vous laisser le temps de le distiller allongé dans votre canapé bien au chaud.

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1 commentaire

    mercier  | 13/04/12 à 7 h 27 min

  • Quand on connait pas le reggae on se permet pas de juger :)

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