Report FiMé 2013 : Une édition “Irrésistible” [1/3]

18/11/13 par  |  publié dans : Concerts, Musique | Tags : , ,

Pour fêter ses 9 ans d’existence, le Festival International des Musiques d’Ecran a choisi comme thème « Les Irrésistibles », rendant ainsi hommage aux grands comiques du cinéma muet. Pendant 10 jours, Laurence Recchia et Luc Benito, directeurs du festival, ont une fois de plus prouvé leur créativité et leur envie de communiquer la passion de l’art cinématographique conjuguée à celle de la musique. Nous y avons croisé Chaplin, Laurel et Hardy, Max Linder, Buster Keaton ou encore Georges Méliès. Mais pas que ! Retour sur une semaine burlesque et magique.

Jour #1 : Harold Lloyd ouvre le bal !

Pour l’ouverture du Festival, le ciné concert se tient pour la première fois au Cinéma Le Royal, seul cinéma d’art et d’essai indépendant de Toulon. C’est un lieu charmant, intimiste et feutré avec ses fauteuils bleu foncés et ses bonnes ondes qui ne déroge pas au credo du FiMé : « Un film, un artiste, un lieu ». C’est donc un endroit parfait pour accueillir cette œuvre américaine en noir et blanc dont Harold Lloyd tient la vedette. Avec Monte là dessus, œuvre réalisée par Fred Newmayer en 1923, on ne pouvait pas mieux commencer la semaine. On a tous en tête cette scène connue d’un homme à lunettes accroché désespérément à une horloge en haut d’un building américain. Mais connaît-on vraiment ce comédien, Harold Lloyd ? J’avoue que c’est une grande (et belle) découverte pour moi.

Le film est très drôle, la meilleure jauge étant le rire des enfants, qui s’esclaffent à chaque pitrerie de ce vendeur de tissu menteur et maladroit (notamment dans la scène des souris). Pour l’anecdote (avouée par l’un des musiciens), Harold Lloyd était grièvement blessé à la main pendant ce tournage. Lors de l’ascension de l’immeuble, c’est pourtant lui qui monte, avec… une main en plastique ! L’illusion est parfaite. On est acteur ou on ne l’est pas.

Côté musique, le groove est bien là. Les musiciens Laurent Marode (au piano), Karim et Abdesslem Gherbi (respectivement à la contrebasse et à la batterie) forment un trio jazz des plus enjoués. Leur accompagnement spontané et enlevé n’a rien à envier aux B.O des comédies de Woody Allen et colle parfaitement à l’humour du film. Ils ont pourtant travaillé dessus sans relâche pendant 3 mois, même si une partie est improvisée : « La partition, c’est le film.On s’inspire des scènes, de l’ambiance. Les actions rythment les différentes séquences musicales. Si on arrive à se faire oublier, c’est que le public a vraiment adhéré au film et à notre musique, que le pari est gagné ». Haut la main, messieurs.

Harold Lloyd

Jour #2 : Un Keaton épique ♥

Rendez-vous incontournable du festival, le ciné-concert de l’Opéra de Toulon est comme tous les ans très attendu. Il est vrai que le lieu a de la prestance, avec ses somptueux balcons rouge et or et son parquet en bois qui craque. Qui dit écrin majestueux dit œuvre intemporelle. Cette année, Buster Keaton investit les lieux avec grande classe. Dans Le Mécano de la General (réalisé par Keaton et Clyde Bruckman en 1927), l’acteur interprète un cheminot aux faux airs de John Lennon, qui partage sa vie entre sa fiancée et sa locomotive. Se situant en pleine Guerre de Sécession, ce film d’aventure montre un Keaton nature (pas de maquillage ni de costume, cheveux longs aux vents), homme d’action grisé par le danger et le vent des grandes plaines américaines. Dès que la fiancée est enlevée par des espions nordistes, la course-poursuite est lancée. Le mécano fait tout pour sauver sa belle et se montrer digne d’elle, lui qu’on refuse d’enrôler dans l’armée sudiste. Les gags et les cascades rocambolesques sont de rigueur bien entendu. Après un premier film très urbain la veille, cette deuxième séance est sauvage, grandiose, haletante.

Le japonais Joe Hisaishi (compositeur officiel de Hayao Miyazaki et Takeshi Kitano, ainsi que grand admirateur de Buster Keaton) signe pour l’occasion une création originale. Sa musique apporte le souffle épique et la virtuosité nécessaire à cette œuvre « des grands espaces ». Dans cette partition à la fois moderne mais fidèle à l’esprit du cinéma muet, on retrouve la pâte de celui qui a immortalisé les dessins animés Le Voyage de Chihiro ou Le Château ambulant. Il y a de l’humour, de la poésie, de la délicatesse (saupoudré de harpe, valse de violons), de la force et de l’humilité dans cette musique, élégamment interprété en direct par l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon. L’attachant thème du cheminot hante l’esprit longtemps encore après la projection. Un gros coup de cœur musical pour un moment suspendu et magique.

Jour #3 : Bon Anniversaire Max Linder !

Dans les années 1910, l’acteur et réalisateur français Max Linder, avec son personnage de dandy raffiné, fait glisser progressivement le cinéma de la bouffonnerie vers la comédie, aidé par l’émergence de l’industrie du cinéma et des premiers grands studios cherchant à élargir leur public. L’Oeuvre de Linder aura une forte influence outre-Atlantique, où le genre comique a un nom, slapstick (traduit en France par burlesque), puisque son personnage de gentleman sportif, courageux et cocasse inspirera Chaplin pour inventer le vagabond.

La troisième soirée du festival est donc consacrée à ce père du burlesque, dont le cinéma fête les 100 ans cette année. Rendez-vous à la Maison des Comoni (salle de spectacle souvent dédiée aux représentation jeune public), où l’ensemble Télémaque (musique contemporaine) rend hommage à trois épisodes représentatifs de son travail. Les courts-métrages « Amour tenace », « Max a peur de l’eau » et « Entente cordiale » se succèdent pendant une cinquantaine de minutes, narrant les prouesses comiques de l’acteur dans l’eau, sur des patins, des skis ou à la vaisselle ! Chaque court est un moment d’inventivité qui conjugue avec bonheur l’expérimentation audacieuse et l’adhésion du public. La qualité du noir et blanc, la profondeur de champ et le montage rythmé de ses films placent définitivement Linder au dessus-du lot de ses contemporains de l’époque. La musique intimiste et feutrée du trio accordéon-percus-clarinette quant à elle apporte successivement douceur, suspens et air de guinguette à l’ensemble. Une belle façon de découvrir ou redécouvrir le talent de ce génie oublié et à qui le cinéma français doit finalement beaucoup.

En savoir plus : www.fimefestival.fr
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