Flamenco azul

10/05/19 par  |  publié dans : A la une, Concerts, Danse, Festival, Musique, Scènes | Tags : , , , , ,

Le Centre Solea peint le flamenco en bleu d’azur

Andando por Soleà

Initié par le Centre Solea, Escuela de Flamenco, et par l’association “Arts et musiques”, Maria Pérez, Directrice du centre, et Claude Freissinier, fondateur d’Art et Musiques ont réalisé cette année 2019 le premier Festival de Flamenco de Marseille. Certes, Marseille est une ville flamenca depuis que les gitans sont arrivés jusqu’en Provence, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, haut lieu de pèlerinage et d’adoration de Sainte Sarah la vierge noire, au XVème siècle. Population nomade issue il y a mille ans du Rajasthan, ils ont essaimé au fil des siècles dans toute l’Europe, les Balkans et le Maghreb. Plus récemment au Sud, leur population a été renforcée par l’arrivée des gitans espagnols que les franquistes n’avait pas eu le temps d’assassiner, puis par ceux qui s’étaient réfugiés en Algérie, chassés par la guerre d’indépendance. Jadis, les juifs et les gitans d’Espagne furent chassés par Isabelle la très catholique, ils se réfugièrent au Maghreb.

Flamenco puro

On s’étonnera donc à peine qu’à la Cité de la Musique un concert de flamenco puro soit magnifiquement porté par la belle chanteuse arabe algérienne, Meryem Koufi.

Meryem Koufi

En fait, Meryem Koufi est une musicologue et une chanteuse surdouée. Si rien ne la distingue d’une chanteuse gitane ou andalouse, du moins aux oreilles d’un aficionado gadgo, elle est passée par l’Inde dont elle a appris et chanté la culture. Elle rêve de Cuba, rien ne l’effraie. Avec Paco Santiago au chant, José Boleco et Manuel Gomez à la guitare, le concert révélait en pleine lumière les métissages sous-jacents, byzantins hindous et hispaniques, transportés par les gitans immigrés du Maghreb.

De même, la querelle entre flamenco gitan ou andalous est depuis longtemps oubliée, la jeune étoile Patricia Guerrero enflammait le plateau de la Friche Belle de Mai.

Patricia Guerrero

Enfin, outre les conférences, stages, master-classe, tablao, projection de films et expositions, le point d’orgue s’est tenu au Théâtre Toursky, terre de flamenco depuis près d’un demi siècle. Avec un plateau prestigieux: à la danse, où les générations s’enchaînent Carmen Ledesma, prestigieuse, Gema Moneo, fière et sauvage, Hugo Lopez à la séduction étrange, et Pedro Cordoba, maître historique incontesté, au chant El Perre y Jesùs de la Manuela, à la guitare les virtuoses Manuel Gomez et Pepe Fernandez.

Andando por Soleà

Duende

Le flamenco est rage et douleur, souffrance de l’exil et appel de la route, amour sans espoir et malheur d’un amour sans retour, violence de la jalousie, séduction agressive. Tout l’érotisme de la danse se dévoile par un mollet nu, un regard incendiaire. “Plutôt affronter dix taureaux furieux qu’une gitane amoureuse” dit le proverbe. La danse est effilée comme une lame, elle cherche la transe, le duende ou le tarab de l’autre côté de la Méditerranée, elle marche à travers la soléa, la fierté de la “race” des princes chère à Tony Gatlif.

Un spectacle incandescent qui transcende les siècles.

Jean Barak

Andando por Soléa

Un festival est destiné à revenir. Il y a fort à parier que 2020 sera de nouveau Azul. En attendant, il y aura bientôt le troisième Festival des musiques du monde, deux jours de “Caravansérail” au Théâtre Julien, avec pour marraine Rokia Traoré, la diva malienne.


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