Fugitives de Moriarty : on the road again

16/10/13 par  |  publié dans : Albums, Musique | Tags :

avion

On a découvert la bande à Rosemary en 2007 avec la balade entêtante Jimmy et le formidable album Gee Whiz But This Is a Lonesome Town, devenu disque d’or un an à peine après sa sortie. Deux ans après le second essai, Missing room, la troupe franco-américaine Moriarty revient aux sources de la musique folk avec leur nouvel opus, Fugitives, qui sort le 14 octobre chez Air Rytmo, label fondé par le groupe. Dans ce joli disque aux accents country-blues qui sent le whisky et la botte de foin, Moriarty reprend les titres de pionniers comme Woodie Guthrie (héros sans conteste de Bob Dylan), Willie Mc Tell, John Hurt, Hank Williams et d’autres célèbres songwriters américains.

Avant Dylan, avant Robert Zimmermann, il y avait les ancêtres, songwriters & bluesmen du nom de Woody Guthrie, Hank Williams, Mississippi John Hurt, Blind Willie Mc Tell… Il y avait aussi les chansons transmises à l’oreille de génération en génération, sans qu’on puisse retracer leur auteur ou leur origine exacte. Le band explique : « Hantés par ces fantômes et en compagnie de quelques connaisseurs, nous avons plongé dans ce passé pas-si-lointain pour en ramener cette collection de chants à la fois archaïques et modernes, qui racontent ensemble une histoire d’amour et d’abandon, de séduction et d’addiction, de meurtres passionnels, de vengeances et de fuites en avant ».

Western musical

Dans cet opus une fois de plus fortement influencé par la musique du Sud des États-Unis, on croise ainsi une galerie de fugitifs en tous genres, amants assassins et bandits de grand chemin, redresseurs de torts, mères abandonnées par leurs hommes accros au jeu ou à la bouteille, cowboys exploités, une femme adultère et fière (la douce complainte Matty Grove), un marchand de bonbons coquin, ou encore un veuf inconsolable (Belle)…

La voix féline et plaintive de Rosemary se mêle à l’harmonica (jouissif dans Candyman), au kazoo, au banjo et autres scies musicales et accordéons. On fait un bond dans le passé, la poussière américaine du début du siècle titille les narines et les saloons mal fréquentés nous font de l’œil.

L’histoire de ce bel album-hommage a commencé en 2012 avec une exposition de la Cité de la musique consacrée à Bob Dylan, lorsque l’institution a demandé à Moriarty de créer un spectacle autour des influences musicales du troubadour américain.
Ces morceaux, la plupart datant d’entre 1930 et 1940 ont été écrits par les pionniers de la country et du bues (Woody Guthrie, Hank Williams ou Willie Mc Tell). D’autres, remontant au 19e siècle, sont des airs traditionnels dont les auteurs se sont perdus dans l’Histoire. Mais elles ont toutes un point commun : ce sont les aventures des paumés, des oubliés, des prisonniers en tout genre (le son de chaînes dans le lancinant Saint James Infirmary), victimes d’une certaine réalité de la Conquête américaine si souvent idéalisée. Ces Bonnie and Clyde en salopettes crottées qui ont traîné leurs santiags le long des villes et routes américaines parfois inhospitalières.

Les fruits d’une rencontre

Car il ne faut pas oublier que toutes ces chansons qu’on dit « américaines » viennent d’ailleurs. Elles sont le fruit de l’immigration, d’une rencontre de différentes contrées (Appalaches, Écosse, Irlande…), de gens qui ont immigré et ont mélangé leurs influences. A l’instar de ce melting-pot culturel, les Moriarty racontent ces histoires en puisant dans les rencontres faites au gré de leurs concerts à travers le monde. Les artistes Don Cavalli, Wayne Standley, Mama Rosin et le malien Moriba Koïta (qui joue du n’goni sur Ramblin’ man) prêtent ainsi leur savoir-faire à certains titres.

Sur le disque, deux chansons sont en français, créées par des Cajuns, descendants des Acadiens (Canada) arrivés en Louisiane après la déportation : les très jolis titres Matin pas en mai et Belle (avec les Suisses de Mama Rosin, spécialistes de la musique Cajun) rendent compte de la poésie qui émane parfois du malheur : « T’abandonner c’est dur Belle, mais t’oublier c’est long Belle ». Sur le sulfureux et plus moderne The Dying Crapshooter blues, le côté rock’n roll du band se réveille, enrichissant encore l’ensemble.

Enfin, comme pour boucler la boucle et finir de rendre hommage à ses ancêtres, la chanteuse invite son père, Wayne Standley, à venir chanter et taquiner de l’harmonica notamment sur le titre Pretty Boy Floyd, un des plus réussis et émouvants (avec Down in the Willow Garden) du disque.

Embarquez à travers le Mid-West américain, les paysages de bayous, de déserts et de canyons. Embarquez avec les Fugitives de Moriarty.

packshot-webTracklist :
1. Candyman
2. Buffalo Skinner
3. Matty Grove
4. Matin pas en Mai (feat. Mama Rosin)
5. Ramblin Man (feat. Moriba Koïba)
6. Little Sadie
7. Pretty Boy Floyd (feat. Wayne & Rosemary Standley & Moriba Koïba)
8. Moonshinner
9. Down in the Willow Garden (feat. Don Cavalli)
10. Belle (feat. Mama Rosin)
11. The Dying Crapshooter blues
12. Saint James Infirmary
13. Oklahoma (feat. Wayne Standley, Moriba Koïba)
14. Fair and Tender laidies
15. Belle (feat. D. Khan, Pradeep, F. Shah)

En savoir plus :
* http://www.moriartyland.net/
* https://www.facebook.com/moriartytheband?fref=ts

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