Gilles, épisode 11 : You’d be a clown

04/10/09 par  |  publié dans : Carnets, Musique | Tags :

On devrait interdire Elton John le samedi matin dans les appartements. On devrait l’interdire tout court. On devrait interdire les mères, aussi, à l’occasion.

Gilles enfonce furieusement son visage dans l’oreiller, il refuse de regarder l’heure qu’il est. Peut-être qu’il est tard, n’empêche, Elton John ne se tolère pas avant 15 heures. Avant 16 heures.
Dans le salon, le son monte.
Elton John ne se tolère PAS.

 

Gilles émerge, traverse sa chambre, croise son visage dans le miroir, vraiment, merci. En entrant dans la salle de bain, il aperçoit sa mère qui danse toute seule au fond du salon. Elle s’est détaché les cheveux, pour agiter ce qu’elle croit sûrement être une crinière sauvage et indisciplinée, et elle bouge. Son jean est trop serré aux fesses et informe en dessous des genoux, sa bretelle de soutien-gorge a glissé sur son bras, elle a revêtu son T-shirt du samedi (« le samedi, c’est nostalgie, mon chéri ! »), celui qu’elle avait acheté au concert du fameux Elton, en 84. Dans une autre vie ce T-shirt fut violet. Là, Gilles ne sait pas trop. Aujourd’hui il dirait jaunâtre, la semaine dernière, c’était bleu. La semaine dernière, Gilles avait passé un vendredi soir génial.

 

Pourquoi a-t-il fallu que les parents naissent dans les années 60, grandissent dans les 70, et s’éclatent dans les 80 ? A vingt près, Anne se déhancherait sur les Beach Boys. Mais non.

 

Au milieu du couloir, Gilles se sent soudain perdu. Comme plus chez lui. Elton l’agresse, l’écœure, l’égare. Retourner dans son lit, ou ouvrir le frigo ? En tout cas, échapper à la groupie, d’autant plus que la phase « back in disco » enchaîne souvent sur le « quart d’heure With or without you ». Et celui-là se digère mal, seule dans son grand canapé blanc. Voir sa mère pleurer met toujours mal à l’aise, quelque part entre la tristesse et la colère, même lorsque celle-ci conserve dans le tiroir de sa table de nuit un article « Mère célibataire : être femme, être soi. »

 

Oh la voilà qui s’approche. « Allez, trésor, viens danser ! »
Merde.

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