Gilles, épisode 12 : James Dean for a day

22/11/09 par  |  publié dans : Carnets, Musique | Tags :

« Hey, Sugar.»

Il fait encore nuit derrière la vitre du bus, qui va très vite sur l’autoroute. Les poteaux électriques et les lignes blanches s’enfuient sous le regard à un rythme régulier, rassurant. Gilles se demande s’il appellera quelqu’un « Sugar », un jour. S’il existe des gens, des filles, à qui ça plaît vraiment.

Lui aimerait bien dire « Sugar » à quelqu’un. Sugar, ça te dit d’aller voir Neil Young en concert?

Sugar serait OK pour le concert. Mais pas OK comme une folle, elle ne se jetterait pas dans ses bras avec une euphorie désespérée, genre ce n’est pas raisonnable mais carpe diem. Pas comme la mère de Gilles qui le jeudi précédent, était rentrée à la maison avec un billet d’avion pour son fils et les mains qui tremblaient d’imploration.

Son Sugar et lui seraient riches. Ils iraient voir Neil Young parce qu’ils en auraient envie.

 

En attendant Sugar, Gilles s’est levé avant 5 heures ce matin, ses yeux brûlent de fatigue, mais le mal de tête se dissipe tandis que le bus avale les kilomètres jusqu’à l’aéroport. « J’ai pensé que ça te ferait du bien, de prendre l’air ! Philippe et Marion sont ravis de te voir !», a assuré sa mère. Surtout, toi tu seras bien contente d’avoir l’appart pour toi, mais passons.

 

A une époque, quelqu’un a appelé Anne « Trésor », « Chérie ». Elle ne le dit pas mais c’est certain, c’est visible, à la manière dont parfois elle s’ennuie.

Dès qu’il pense à son père, Gilles a l’impression de devenir un personnage de Plus belle la vie. « J’ai ressenti un manque toute mon enfance », « Le dimanche après-midi je fouille encore les cartons interdits à la recherche d’une trace », « Est- ce de ma faute ? »… Mais que ressentir d’autre ?  Gilles lui en veut. Pas tant d’être parti, que de l’obliger à envisager cette absence par des formules impersonnelles, des grossiers clichés. C’est vexant et triste de se sentir aussi banal que le courrier des lecteurs de Psycho Mag.

Alors juste pour lui, Gilles imagine sa mère « Sugar » il y a vingt ans, son père lui offrant, en surprise, une place pour le concert d’Elton John.

 

Le bus ralentit et entre dans la zone de l’aéroport. Sur le parking, une petite fille et ses parents chargent leurs valises sur un chariot. Tiens, peut-être que Chloé sera là aussi.

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