Gilles, épisode 17 : Into my own parade

18/06/10 par  |  publié dans : Carnets, Musique | Tags :

Gilles sent qu’il s’est un peu perdu ces derniers temps, et dans cette situation il n’y a rien de mieux à faire que d’en revenir aux fondamentaux, loin des choses qu’on écoute parce qu’on nous a parlé de, parce qu’on nous a dit que, parce que si, c’est vrai, c’est incroyable ce truc.
A cause de Julien, Gilles s’est perdu dans la musique d’aujourd’hui. Une espèce d’électro qui remue beaucoup, où les voix sont trop loin et trop uniformes. Gilles n’est définitivement pas né à la bonne époque, mais ça ne le gêne pas plus que ça.

Un souvenir pas très réel d’une guitare sur un bateau ou dans une cuisine. De miettes de BN tombant sur un ventre humide et salé, ou d’orteils frôlant à peine le carrelage frais. C’est très facile à inventer, un souvenir : deux photos d’une époque racontée, une personne absente, et voilà une fiction en place d’une mémoire. Gilles se concentre et tente de retrouver quelque chose qui lui appartienne vraiment. Il y a bien la fois dans la voiture… non, ça aussi c’est du fabriqué. Gilles cherche encore.

Le voilà. Une nuit où Maman n’était pas rentrée, Gilles avait cinq ans, et le matin, il avait pleuré en voyant la place vide dans le lit. Papa et lui s’étaient retrouvés en tête à tête pour le petit déjeuner. Pour consoler Gilles, Papa avait promis des brioches, plein de brioches, autant que Gilles en voudrait. Attends moi cinq minutes, sois sage ! Il était rentré de la boulangerie avec des pains au raisin. Il n’y avait plus de brioches, ils ont été dévalisés mon chéri, sans doute le fan club régional de la Brioche, tu sais ils sont très influents par ici, ils arrivent quelque part et “haut les mains, vos brioches”, la boulangère était effondrée, tu l’aurais vue…
Il n’y avait plus non plus de lait frais dans le frigidaire, juste une brique tiède dans le placard.
Pour combler la gêne Papa avait mis de la musique.
Quoique. Y a-t-il eu vraiment de la musique ? Agacé, Gilles interrompt la chanson. Il est donc incapable de préserver un souvenir qui lui soit propre ? Même pas vingt ans et déjà la tête qui valse ?

La texture répugnante des raisins secs est là, pourtant. Et les miettes aussi, au creux du nombril.

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