Indian Vibes

01/06/07 par  |  publié dans : Musique | Tags : ,

Depuis notre vieille Europe, nous avons souvent cette fâcheuse tendance, de part la richesse de notre culture, à sous-catégoriser celles des pays en développement. Pourtant, les musiques du monde ont elles aussi leur histoire, leur originalité, leur complexité. Et toute la production occidentale, de l’avènement de l’industrie de la musique jusqu’à nos jours, n’hésite pas à aller y puiser (quand ça n’est pas piller…) une certaine authenticité, une fraîcheur et des sonorités nouvelles. La musique indienne ne déroge pas à cette règle. Depuis les années soixante et l’apparition du psychédélisme, elle a rejoint le traditionnel guitare-basse-batterie de certains groupes de rock et de pop, tels que les Rolling Stones ou les Beatles pour ne citer que les plus célèbres. L’instrument qui incarne sans doute le mieux cette assimilation culturelle est le sujet de cet article : le sitar.

Voilà à quoi ressemble un sitar

En matière de musique classique, l’Inde n’a rien à nous envier. Le côté savant de ce style musical n’est pas réservé à notre partie du globe. La rythmique de la musique indienne est sans doute l’une des plus évoluées du monde. Elle comporte, à l’intérieur de chaque temps, des subdivisions, des contretemps, des battements intercalés légèrement avant ou après le temps principal, qui permettent ainsi toutes sortes de subtilités rythmiques donnant corps et profondeur aux compositions. Les râgas (fondés sur des théories musicales) servent de cadre mélodique et chacun d’entre eux est rattaché à un sentiment, un moment du jour ou de l’année. Ces données influencent le choix de tel ou tel râga lors d’un concert, même si cette pratique n’est aujourd’hui plus autant respectée. Il existe quatre grandes familles d’instruments : susira, instruments à vent ; avanaddha, instruments à peau tendue ; ghana, percussions (cloches, gongs…) ; tata, instruments à cordes, son plus célèbre représentant étant le sitar.

Le sitar est donc un instrument à cordes pincées originaire d’Inde et du Pakistan. Dans la musique classique du Nord de l’Inde, le khyal, il joue un rôle prépondérant. Popularisé par Ravi Shankar, il est depuis les années soixante le symbole même de la musique indienne. L’histoire de cet instrument est riche et très ancienne. Il a connu de nombreuses modifications, que ce soit en termes de matériaux de construction, de nombre de cordes ou encore de taille. Ce n’est qu’au milieu du XXe siècle qu’il a acquis la forme et le mode de fabrication qu’on lui connaît aujourd’hui. Il existe d’ailleurs deux principaux types de sitars, l’un reprenant le nom de l’illustre maître précédemment évoqué, l’autre reprenant celui d’un autre virtuose : Ustad Vilayat Khan. Ces deux instruments sont assez similaires mais se distinguent tout de même par un certain nombre de particularités inhérentes à chacun d’eux.

Ustad Vilayat Khan à l’œuvre

L’instrument fait environ 1 m 40 de long et est constitué du mariage d’une demi-calebasse fermée (ayant un rôle de résonateur) par une tablette de bois (habituellement fait de tun ou de teck) et d’un long manche en bois. Ce dernier comporte généralement une vingtaine de frettes (barrettes en métal pour délimiter les différentes cases de l’instrument) mais contrairement à celles d’une guitare, ces dernières sont amovibles pour répondre aux exigences de gammes spécifiques. On retrouve ensuite deux séries de cordes. Les cordes mélodiques qui produisent la mélodie et les cordes sympathiques, qui sont des cordes d’accompagnement, accordées selon le râga utilisé et dont la vibration est entraînée par celle des cordes mélodiques. Elles sont jouées avec un mizrab, sorte de plectre de métal enfilé sur le bout de l’index et elles reposent sur deux chevalets distincts, plats, fait de corne de cerf, d’ébène ou d’os. C’est ce système de chevalets plats, qu’on ne retrouve que sur des instruments indiens, qui donne à l’instrument sa résonance si caractéristique. Voyez vous-même comme le travail de lutherie est minutieux et l’instrument intelligemment conçu…

Après avoir développé le côté technique de l’instrument, revenons plus en détail sur l’intégration du sitar dans la musique occidentale actuelle. La musique hindoustanie a su préserver sa pureté classique tout en s’adjugeant une place de choix dans la fusion moderne actuelle, qu’elle soit mariée au jazz, au rock, à l’électro… Comme nous l’avons déjà vu, le rock et la pop s’en sont servis dès les années soixante alors que le psychédélisme se développait. Les musiciens ont trouvé dans le sitar une certaine originalité, ses vibrations spécifiques évoquant de mystérieux effets exotiques chez l’auditeur. On a donc pu retrouver le sitar sur les scènes de grands festivals, comme celui de Monterey en 1967 ou de Woodstock en 1969, où Ravi Shankar vint charmer les oreilles des hippies américains à la recherche de nouveaux sons planants, histoire de rentabiliser un maximum acides et marijuana. George Harrison, l’un des quatre garçons dans le vent, fut disciple de Ravi Shankar qui lui enseigna son art. Et aujourd’hui encore, le sitar trouve une place de choix dans certains groupes comme The Brian Jonestown Massacre, dont le leader Anton Newcombe apprécie cet instrument si particulier.

Brian Jones

La France compte également quelques sitaristes. Brigitte Menon en est sans doute l’un des meilleurs représentants. Elle a étudié le sitar en Inde pendant plusieurs années, et devient en 1992 lauréate de la fondation de Yehudi Menuhin, pour qui « elle est la preuve que la musique indienne est universelle ». Amoureuse de la musique classique hindoustanie, elle joue également au sein de diverses formations de fusion jazz – musique indienne : Mukta et Aumja. Voilà pour le côté jazz, mais le sitar se marie également à d’autres styles. Ananda Shankar (neveu de Ravi Shankar), jusqu’à son décès en 1999, a développé le métissage de la musique indienne avec la pop électro, en jouant de son instrument d’une manière plus occidentale que son oncle, mais très entraînante.

Brigitte Menon

De plus, le sitar est aujourd’hui facilement amplifiable, ce qui facilite son utilisation dans des contextes de musiques actuelles. Il existe également la guitare-sitar. Cet instrument s’apparente beaucoup plus à une guitare électrique qu’à un sitar, mais propose un système de cordes sympathiques imitant celui du sitar, permettant a priori de se rapprocher de ses sonorités. N’en ayant jamais eu un entre les mains, je ne peux pas directement le confirmer : à tester ! Pour les guitaristes en mal de sonorités originales, Danelectro (fabricant de matériel de musique) propose une pédale d’effet appelé « Sitar Swami », pas vraiment réaliste, mais à essayer pour le fun ;-)

Pour conclure , je vous invite à effectuer quelques recherches sur différents sites qui proposent d’écouter des morceaux en streaming afin de découvrir le sitar à travers quelques morceaux, spécialement :

The Beatles :
Within you without you, sur l’album Sgt. Pepper lonely Hearts Club Band :
Chef d’œuvre composé par George Harrison. John Lennon dira plus tard de ce morceau qu’il est probablement l’un des meilleurs d’Harrison. Bel hommage rendu.
Norwegian wood (the bird has flown), sur l’album Rubber Soul :
Une jolie ballade acoustique, qui n’a pas grand chose à voir avec la Norvège, mais n’en reste pas moins magnifique.
Tomorrow never knows, sur l’album Revolver :
Un morceau patchwork, conglomérant tout un tas d’idées et où le sitar joue un rôle de fil conducteur.
The Rolling Stones :
Paint it black, sur l’album Aftermath :
L’un des plus gros tubes des Stones, où Brian Jones, guitariste des premières heures du groupe et rapidement attiré par les sonorités orientales, joue du sitar.
The Brian Jonestown Massacre :
Super-sonic, sur l’album Give it back :
Anton Newcombe y joue du tambura, proche cousin du sitar au niveau de sa sonorité.
Mukta :
Bindi, sur l’album Indian sitar & world jazz :
Groupe français formé autour de Brigitte Menon au sitar (qui officie également au sein du groupe Aumja), au style musical parfaitement défini par le titre de l’album.

Et bien sûr, vous pouvez écouter n’importe quel autre morceau plus traditionnel, en vous penchant pourquoi pas sur les maîtres que sont Ravi Shankar (sa fille Anoushka se débrouille elle aussi magnifiquement bien, sans compter une autre de ses filles, Norah Jones, dans un tout autre style) et Ustad Vilayat Khan. Je vous invite également à faire un tour sur ce site Web, qui propose quelques extraits audio et vidéo, ainsi que de nombreuses informations :

http://www.sitar-music.com
Association SITAR – Society for indian traditional art research

Si vous êtes sur Montpellier, n’hésitez pas à y faire un tour, et pourquoi pas découvrir le sitar lors d’une initiation !

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1 commentaire

    Dolly  | 01/06/07 à 18 h 43 min

  • Belle découverte !! Merci Matt !!

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